‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 109 sur 199 · Bianchi, ouv. cité, t. II, pp. 86 et suiv · texte numérisé non relu

Bianchi, ouv. cité, t. II, pp. 86 et suiv

dès qu'elle le put, celui de juger et de condamner les lois civiles, en ce qu'elles ont de contraire aux lois divines et ecclésiastiques.

Les Papes firent davantage. Ils étendirent leur pouvoir jusqu'à la personne des souverains, tantôt en les dépossédant de leur trône, tantôt en fixant et en affermissant sur leur tête le diadème impérial.

C'est ce qui ressort, en premier lieu, de l'ancienne discipline pénitencielle à laquelle les princes chrétiens, non moins que les simples fidèles, étaient soumis i. Les rudes sanctions dont l'Eglise primitive faisait usage dans la répression des délits les plus graves, et le régime d'une pénitence publique qui devait les expier, comportaient l'interdiction de toutes les fonctions profanes, tant civiles que militaires. Et cette interdiction était tellement liée au système alors en vigueur que les rois euxmêmes, avant de suivre cette pratique expiatoire, devaient déposer leur couronne. Ce fut le cas d'un prince puissant, Wamba, souverain d'Espagne, qui, ayant voulu par piété s'astreindre au régime pénitenciel, ne fut admis à revêtir l'humble habit des pénitents qu'après avoir abdiqué la puissance royale entre les mains de son fils.

Nous avons déjà fait allusion à un événement qui tient la plus large place dans l'histoire de la société chrétienne, et sur lequel il importe de revenir: le rétablissement, dans la personne des princes français, puis plus tard des princes germains, de l'empire romain d'Occident.

Léon l'Isaurien, empereur de Constantinople, ayant publié contre les saintes images des édits pleins d'impiété, le souverain pontife Grégoire II crut devoir, pour cette raison, détacher le peuple romain et toute l'Italie de l'empire. De son côté, Grégoire III, effrayé par les dangers dont la ville des Papes était menacée, se tourna vers un haut fonctionnaire de France, Charles Martel, pour lui offrir, s'il voulait en assumer les responsabilités, le titre et la dignité de patrice de Rome. Ce fut

i. Ibid , t. I, liv. III, ch. 2.

le premier pas vers la constitution de ce vaste empire chrétien dont Charlemagne allait bientôt *, et de façon très solennelle, recevoir la couronne des mains du pape Léon III. Les princes carlovingiens qui, dans la suite, gravirent les degrés du trône impérial, durent également au Pape l'honneur de cette dignité. Puis, quand, vers le milieu du dixième siècle, le titre d'empeseur passa au roi des Germains, Othon le Grand, ce changement ne s'opéra que par l'entremise et l'autorité du Saint-Siège, et c'est encore du Siège apostolique que le collège des sept électeurs, chargés en Allemagne de choisir le roi à qui devaient échoir les honneurs impériaux, tenait son mandat.

En présence de ces faits parfaitement avérés, Bianchi formule, en faveur du pouvoir indirect de l'Eglise sur le temporel des souverains, le raisonnement suivant 2 : " Si l'on étudie comme il faut les raisons qui ont déterminé tout d'abord les pontifes romains à adopter cette conduite, on verra qu'ils se proposèrent en cela le bien général de l'Eglise et qu'ils ne firent qu'user du pouvoir spirituel qu'ils ont reçu de Dieu pour la gouverner, puisque du moment où l'empire romain eut embrassé la loi chrétienne dans la personne de Constantin, comme la dignité impériale est la première et la principale entre les princes chrétiens, les empereurs sont devenus par là même les défenseurs et les protecteurs nés de la religion et de l'Eglise. Et, comme les empereurs d'Orient avaient failli à ce devoir qui leur incombait particulièrement, et qu'au lieu de défendre l'Eglise ils s'étaient faits ses persécuteurs, les papes se virent obligés premièrement de soustraire les peuples à leur obéissance, et ensuite de relever l'empire d'Occident pour procurer à la religion et à l'Eglise romaine un défenseur muni de toute l'autorité nécessaire. Tel fut, en effet, le premier titre que Grégoire et Etienne conférèrent à Charles Martel et à Pépin en les faisant patriciens de Rome; telles furent les conventions que ce même pape Etienne

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