Allard, ouv. cit., t. V, p. 252 (2e éd
C'est la faculté accordée aux individus de professer librement le christianisme.
Dans la seconde, il est question du corps des chrétiens, de la corporation, de la communauté chrétienne, à laquelle les biens enlevés doivent être restitués. C'est la reconnaissance civile de V Eglise catholique. " Son domaine collectif est nettement mis à part de la propriété individuelle ; son droit d'être et de posséder, antérieur aux persécutions et supérieur aux lois qui l'avaient contesté, est avoué par l'effet rétroactif donné aux mesures prises pour le rétablir ; l'Eglise acquiert définitivement, vis-à-vis de l'Etat, cette personnalité morale et civile qu'elle essaya jadis d'abriter sous le couvert des lois relatives aux associations funéraires, et qu'un édit solennel lui permet aujourd'hui * de prendre sans subterfuge, au grand soleil, à la face de tous. Désormais elle pourra, dans la sphère immense où Dieu l'appelle à se mouvoir, exercer librement tous ses droits et remplir toute sa mission 1 ".
C'était donc la liberté, une liberté pleine et franche, octroyée à l'Eglise par le pouvoir civil ; ce n'était pas encore, officiellement du moins, la protection d'une puissance alliée proscrivant le culte païen et faisant du christianisme la religion de l'Etat. Cette union juridique des deux pouvoirs devait s'accomplir principalement sous les fils de Constantin (Constance et Constant), puis, après le règne de Julien, restaurateur des idoles, par les soins de Gratien et de Théodose.
Quand on embrasse du regard l'ensemble des persécutions qui assaillirent l'Eglise primitive et qu'on se demande quels vents soulevèrent de si affreuses tempêtes, il est sans doute permis de voir dans les préjugés du peuple et dans les passions des princes deux puissantes causes de tant de cruauté et de tant de haine. Aux yeux des populations fixées et hypnotisées dans le culte des faux dieux, les chrétiens, refusant opiniâtrément de prendre part à ces superstitions, n'étaient que des athées capa-
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bles et coupables de tous les crimes. Souvent aussi des mobiles tout personnels, comme la cupidité, la jalousie, l'esprit de vengeance, armèrent les empereurs contre les disciples du Christ.
Il semble bien toutefois que ces motifs et ces prétextes aient été dominés, surtout à partir du troisième siècle, par une autre cause: le préjugé politique, la persuasion que l'Eglise nouvelle, opposée au culte officiel de l'Empire, à l'ensemble de ses mœurs, et à bon nombre de ses lois, était une menace pour la sécurité et la vie même de l'Etat 1.
Certes, rien n'était plus mal fondé. Si la foi chrétienne prescrivait des dogmes et dictait des règles de conduite incompatibles avec le paganisme, pas plus à Rome qu'ailleurs montraitelle de l'hostilité envers les institutions civiles existantes. Nous en avons pour garant l'apôtre saint Paul, dont les enseignements, après ceux de Notre-Seigneur 2, sur le pouvoir des princes et l'obéissance des sujets, ont servi de base aux traditions jamais interrompues de loyauté et de patriotisme qui sont l'honneur de l'Eglise. L,e grand docteur s'adresse aux catholiques de Rome 3 : Que toute personne, dit-il, soit soumise aux autorités supérieures; car il rfy a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. O est pourquoi celui qui résiste à P autorité résiste à V ordre établi par Dieu; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes. Car les princes ne sont pas à craindre pour les bonnes actions, ?nais pour les mauvaises. Veux-tu ne pas craindre P autorité? fais le bien, et tu recevras d'elle des éloges. Car le prince est le ministre de Dieu, pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n'est pas en vain qiûil porte Vêpée. En effet, il est le ministre de Dieu pour le venger, en montrant sa colère à celui qui fait le mal. Il est doue nécessaire de vous soumettre, non seulement par crainte de la colère, mais aussi par conscience.
1. Allard, Dix leçons sur le martyre, IV : Les causes des persécutions.