‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 13 sur 199 · Encycl. Libertas prœstantissiynum · texte numérisé non relu

Encycl. Libertas prœstantissiynum

3. Au fond, ces deux termes se repoussent. Et c'est pourquoi il nous arri vera de les employer, non pour leur sens logique, mais pour l'acception historique qu'ils offrent au lecteur et qui désigne une des formes du libéralisme qne nous devons combattre.

Que faut-il entendre par cette appellation mixte? C'est, d'après la définition de Mgr Cavagnis \ le système de ceux qui en droit et d'une manière abstraite veulent bien reconnaître la supériorité de l'Eglise sur l'Etat et l'importance d'une alliance entre ces deux sociétés, mais qui en fait ou dans la pratique, surtout pour le présent et pour l'avenir, se font de l'ordre social une conception basée exclusivement sur la séparation de la politique et 'de la religion, sur l'esprit de concession, de conciliation, de tolérance, de liberté largement octroyée au bien et au mal, à la vérité et à l'erreur. Ce qu'est le concessionnisme dans les questions de science sacrée et de doctrine chrétienne, le libéralisme dont nous parlons l'est dans les problèmes politico-religieux.

Cette erreur n'est pas un mythe. Elle hantait le cerveau des rédacteurs de V Avenir, lorsque emportés par un zèle plus ardent qu'éclairé, ces champions des idées nouvelles, par la plume ou sous l'inspiration de Lamennais, s'écriaient : u Qu'est-ce que l'Eglise a gagné à son union avec les gouvernements passés? En échange d'honneurs et d'avantages contestables, elle a été liée, enchaînée, compromise, opprimée 2 ".

Les tenants du catholicisme libéral, sans regrets pour l'ancien droit social qu'ils jugent sommairement et souvent avec mépris, s'orientent avec une joie non dissimulée vers l'horizon des libertés modernes. Bien loin de travailler à ramener la société aux principes et aux doctrines qui régissent normalement les rapports de l'Eglise et de l'Etat et que les Papes ne cessent de proclamer dans leurs encycliques, gaiement, résolument, ils s'établissent dans le fait actuel comme dans une situation définitive: on dirait qu'ils sont heureux de voir le règne de la thèse renversé, et le règne de V hypothèse florissant partout sur ses ruines. La condition de l'Eglise aux Etats-Unis est leur idéal ; ils n'ont

1. Instii. j uris publici ecclesiastici, Vol. I, n. 537 (3e éd.)

2. Paroles citées par Duballet, V Eglise et V Etat, t. II, p. 241.

pas assez d'éloges pour l'exalter l; et ils souscrivent volontiers et sans réserve à cette déclaration faite naguère par un religieux français: "J'ai dit, et je le répète, que la liberté de droit commun, c'est-à-dire, que la liberté publique est pour l'Bglise une situation meilleure que celle de la protection et du privilège 2."

En terminant cette rapide esquisse des opinions ou mieux des erreurs relatives au droit public ecclésiastique, je tiens, Messieurs, à faire une remarque: c'est que le cours que j'ai l'honneur d'inaugurer devant vous ce soir n'est pas une œuvre de polémique, mais une œuvre d'enseignement et d'exposition doctrinale. Dans le développement des thèses ou la réfutation des systèmes qui attireront tour à tour notre attention, je ne veux faire d'autres allusions ni d'autres applications que celles qui se dégagent d'elles-mêmes de l'exposé calme, consciencieux et impartial de la vérité.

Ces leçons pourront paraître à plusieurs trop sèches, et trop peu affranchies des locutions et des formules dont s'euveloppe le langage philosophique ; on y regrettera sans doute l'absence de ce charme littéraire dont les esprits délicats sont si friands, de ces ornements de style qui ne déparent jamais, nous aimons à le reconnaître, même les plus hautes et les plus austères vérités. Si nous nous attachons de préférence et autant que possible au genre didactique, c'est que d'une part cette méthode, si favorable à la clarté de la pensée et de l'expression, convient mieux aux sciences théologiques et rationnelles, et que de l'autre nos mains, habituées depuis longtemps aux rudes travaux de la glèbe, ne se sentent que peu d'aptitude à manier le pinceau.

Il ne nous reste plus qu'à indiquer en peu de mots les autorités sur lesquelles nous nous proposons, en des matières parfois

1. Voir Y Eglise et le Siècle de Mgr Ireland. Préface par l'abbé Klein ; — aussi Vie du P. Heckcr, par le P. Elliot. Préf. de Mgr Ireland et de l'abbé Klein.

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