‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 182 sur 199 · De laicis, 1. III, c · texte numérisé non relu

De laicis, 1. III, c

et d'autres avec lui affirment que l'autorité se trouve d'abord dans la multitude comme dans son sujet, cette manière de parler doit s'entendre non pas d'un sujet exerçant le pouvoir ou en possédant les droits, mais plutôt d'électeurs naturellement appelés à déterminer par leur choix le dépositaire légitime de la puissance sociale. En ce sens, il est vrai de dire que là où l'autorité, au point de vue concret, dépend du fait de l'élection populaire, elle provient immédiatement, quant à son actualisation, non pas de Dieu lui-même, mais de la multitude qui par son vote doit en fixer le sujet. — Telle paraît bien être la pensée de Bellarmin ; car, après avoir dit que le pouvoir existe primitivement dans la multitude, l'illustre théologien ajoute que celle-ci, étant incapable de l'exercer par elle-même, est, par droit de natme, tenue de la transmettre à un seul ou à un petit nombre. D'où il conclut que l'autorité, actualisée dans son sujet, émane de Dieu moj^ennant l'élection du peuple.

Que penser de saint Thomas? — On ne saurait nier qu'il existe deux ou trois passages 1 propres à laisser croire, du moins de prime abord, que, selon l'angélique Docteur, le peuple peut parfois exercer la souveraineté. Néanmoins, hâtons-nous de le dire, rien ne semble plus facile que d'expliquer ces textes dans un sens conforme aux doctrines de Léon XIII,

En effet, là où l'on pourrait croire que le saint Docteur reconnaît au peuple une autorité souveraine, peut-être ne veut-il parler que d'Etats embryonnaires, de républiques tellement petites que les chefs de famille y puissent par eux-mêmes, sans trop d'inconvénients, gérer les affaires publiques. Or, ces cas sont accidentels et n'entrent point dans le cadre d'une théorie générale sur le sujet du pouvoir.

Peut-être encore, ce qui est probable, s'agit-il dans ces textes non pas de la multitude de tous les citoyens, et de tous les hommes d'un pays, mais de celle, plus restreinte, que le suffrage du peuple déîïigne et appelle juridiquement au gouvernement de l'Etat.

Aussi bien, dans certain endroit de la Somme théologique 2, saint Thomas nous explique ce que signifie, sous sa plume l'expression assez équivoque de régime populaire. C'est un gouvernement, dont les différents membres peuvent être élus par le peuple et choisis parmi le peuple. Or, on en conviendra, ceci n'a rien de commun avec la souveraineté dont le radicalisme et le libéralisme révolutionnaire se plaisent à investir toutes les classes sociales.

Concluons de ce qui précède que, si quelquefois le peuple peut élire son souverain, s'il peut lui-même choisir, comme dans la plu-

1. Sotn. théol., I-IIse, Q. XC, a. 3 ;— aussi Q. XCVII, a. 3 ad 3.

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