I. Sess. IV, ch
les évêques ne sont pas de simples vicaires et délégués du Pontife romain, mais que, comme lui, sous lui et avec lui, ils jouent le rôle de véritables pasteurs préposés par Jésus-Christ au gouvernement des Eglises particuiières.
Sans étendre leur juridiction jusqu'aux intérêts généraux de l'Eglise, — lesquels relèvent directement et uniquement de l'autorité suprême, — ils exercent tous les pouvoirs que requiert le bien spirituel des diocèses confiés à leur sollicitude. Ils dépendent sans doute de Rome ; mais cette dépendance, qui les subordonne à un pouvoir central, en leur assurant les lumières et la haute direction dont ils ont besoin, ne leur enlève rien de la liberté et de l'initiative indispensables à la vie religieuse, comme à la vie civile et politique des peuples h
Comment les évêques reçoivent-ils la puissance dont ils sont revêtus ? L,eur vient-elle immédiatement de Dieu avec le caractère qu'imprime la consécration épiscopale ? ne procède-t-elle pas plutôt du Pape, de l'homme éminent que Dieu a placé à la tête de l'Eglise pour être l'exécuteur de ses volontés et le dispensateur de ses dons?
La première opinion, suivie par quelques auteurs, peut être soutenue, sans briser l'ordre hiérarchique qui rattache l'épiscopat au successeur de saint Pierre; car, dans cette hypothèse, les évêques, tout en recevant immédiatement des mains de Dieu l'autorité dont ils jouissent, ne sauraient l'exercer sans l'intervention du Pape : le Pape seul assigne aux pasteurs leur champ d'action, et il peut, s'il le juge utile, limiter ou suspendre l'exercice de cette juridiction.
Néanmoins l'opinion contraire semble avoir prévalu dans les écoles catholiques ; c'est celle qu'adopte Cavagnis après Benoît XIV, et il ne manque certes pas d'excellentes raisons pour l'appuyer.
Tout d'abord, cette façon de concevoir la coordination des
i. Voir dans nos Discours et Allocutions le sermon sur " l'autorité religieuse'' du 22 janv. 1899.
pouvoirs dans l'Eglise paraît beaucoup plus conforme aux lois générales par lesquelles la Providence régit l'univers. De même, en effet, que l'action suprême de Dieu se transmet aux causes inférieures par le moyen de causes supérieures, ainsi pouvons nous croire que la juridiction, dont le Pape possède la plénitude, descend à flots mesurés de cette source dans tous ceux que le Pape lui-même appelle au gouvernement des Eglises particulières. — En second lieu, cette explication s'accorde mieux avec les faits. Quand on voit le Pontife romain nommant à son gré les évêques, leur donnant la juridiction avant même qu'ils aient été consacrés, déterminant, limitant, supprimant au besoin leurs pouvoirs, comme il fit en France, pour rendre plus facile l'exécution du Concordat de 1801, n'est-on pas en droit de conclure que lui-même leur confère avec l'institution canonique l'autorité qu'ils devront exercer?
Quoi qu'il en soit, comment ne pas admirer cette constitution puissante de l'Eglise, toujours stable comme l'Eglise elle-même, et qui, selon le mot du cardinal Pie, n'est point sujette à révision ; cette unité si souple, laissant libre carrière aux mouvements variés des parties; cette hiérarchie immense "dont le cœur est à Rome, et dont les bras enlacent l'univers 1 " ; cette distribution des pouvoirs où l'autorité et la liberté, sagement équilibrées, poursuivent d'un commun accord l'œuvre de lumière et de grâce, de vérité et de justice, de conservation et de progrès, que le Maître divin désire voir s'accomplir sur la terre!
Une si merveilleuse organisation, près de laquelle les constitutions faites de main d'homme pâlissent, porte avec elle le signe vivant de son origine et l'éclatante démonstration de sa divinité.
Poussons plus loin notre étude.
L'Eglise catholique présente aux regards le spectacle d'une société partagée en deux classes bien distinctes, la classe des