‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 64 sur 199 · Rome pendant le concile, Introd., p. CVII · texte numérisé non relu

Rome pendant le concile, Introd., p. CVII

pouvoir. Quelle que soit, dans nos Etats modernes, la part d'autoritée attribuée aux parlements ou aux assemblées délibératives, ce n'est certes pas dans le spectacle du parlementarisme qu'il faut chercher l'image de la constitution de l'Eglise. Jésus-Christ, en la créant, s'inspirait d'une pensée plus ferme et d'un idéal plus élevé. Il n'a pas voulu fonder sur les sept collines de Rome une monarchie constitutionnelle.

Grande assurément est la mission des conciles. Je ne parle pas seulement des conciles particuliers, mais encore et surtout des conciles généraux. Ce sont des moyens agréés de Dieu, quoique librement déterminés par son Vicaire, de rendre plus lumineuse l'étude de certaines questions, plus éclatante et plus solennelle la manifestation de certaines vérités, plus imposante et plus efficace l'action dogmatique et disciplinaire de l'Eglise sur l'esprit des princes et la conscience des peuples. Mais ces moyens ne sont ni toujours possibles, ni promptement utilisables, ni régulièrement nécessaires. C'est ce qui inspirait au comte de Maistre 1 ces paroles d'une si haute et si remarquable justesse : u Une souveraineté périodique ou intermittente est une contradiction dans les termes; car la souveraineté doit toujours vivre, toujours veiller, toujours agir. Il n'y a pour elle aucune différence entre le sommeil et la mort. Or, les conciles étant des pouvoirs intermittents dans l'Eglise, et non seulement intermittents, mais, de plus, extrêmement rares et purement accidentels, sans aucun retour périodique et légal, le gouvernement de l'Eglise ne saurait leur appartenir. Les conciles, d'ailleurs, ne décident rien sans appel, s'il ne sont pas universels, et ces sortes de conciles entraînent de si grands inconvénients qu'il ne peut être entré dans les vues de la Providence de leur confier le gouvernement de son Eglise".

Si l'on voulait une comparaison pour mieux marquer le rôle des conciles œcuméniques dans l'Eglise, on pourrait l'emprunter aux assemblées délibérantes de l'ancienne monarchie, et dire

i. Du Pape, I. I, ch. 2.

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avec l'auteur déjà cité 1 que les conciles sont " les états-généraux du christianisme rassemblés par l'autorité et sous la présidence du souverain". Mais ce n'est là qu'une comparaison, et il suffirait de presser les termes pour en faire jaillir des différences notables.

Certains écrivains 2 soucieux d'éclairer de leurs lumières le concile du Vatican, allèrent jusqu'à suggérer de modifier l'organisation des Congrégations romaines, et d'y introduire une forme nouvelle par laquelle l'épiscopat pourrait prendre une part habituelle dans l'administration générale de l'Eglise. Ils osaient s'écrier: "Que la papauté cesse donc d'être exclusivement italienne pour redevenir par son union intime avec l'épiscopat non seulement européenne, mais universelle et vraiment humaine !"

Ce langage étrange sous une plume catholique, et ces vœux outrageants pour le Saint-Siège partaient d'une fausse notion de l'Eglise et d'une conception erronée de son gouvernement. Notre-Seigneur n'a pas préposé plusieurs têtes à la haute direction de la société religieuse : une seule a reçu ce mandat. Et quoiqu'il importe que le chef de l'Eglise soit en communication étroite avec les membres de la hiérarchie catholique, qu'il prenne contact avec eux, qu'il les voie et les entende, et qu'il se rende compte par leur entremise des besoins et des aspirations du peuple chrétien, ni lui ni les conciles n'ont la faculté de changer ce que Dieu même a établi, et de faire d'un pouvoir monarchique un gouvernement aristocratique 3. La forme des sociétés humaines peut varier ; celle d'une société façonnée

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