LES POUVOIRS FONDAMENTAUX DE L'ÉGLISE
Messieurs,
Dans les leçons qui ont précédé, nous nous sommes efforcé de définir la nature même de l'Eglise, ses caractères généraux de société parfaite, les éléments constitutifs dont elle se compose, la forme véritable de son gouvernement.
Ces notions premières nous ouvrent la voie à une étude plus large et plus compréhensive des pouvoirs dont Dieu a investi la société religiense, et qui sont comme les organes ou les instruments par lesquels cette grande institution sociale déploie et met en oeuvre ses divines énergies.
Laissant de côté le pouvoir d'ordre dont les fonctions relèvent spécialement du droit privé, nous aurons à nous occuper dans la présente leçon du pouvoir de juridiction. Ce pouvoir, il est vrai, s'étend tout à la fois au for intérieur et au for extérieur ; mais comme les questions du for intérieur appartiennent au domaine fermé de la conscience, il est évident que seule la juridiction extérieure entre dans le cadre du droit public et doit faire l'objet de nos études.
Cette juridiction peut prendre divers noms selon les diverses formes de l'activité juridique propre aux sociétés parfaites. De là les divisions du pouvoir de juridiction données par les auteurs, divisions quelque peu différentes les unes des autres, et dont la meilleure paraît être celle qui est proposée par l'illustre philosophe et publiciste Taparelli.
La juridiction en effet (nous ne parlons ici que de juridiction ecclésiastique) a pour but le gouvernement de la république chrétienne. Or, pour bien gouverner les fidèles, il faut d'abord les instruire, non pas d'une façon quelconque, mais avec toute l'autorité déléguée par Dieu à ses représentants : c'est le rôle du pouvoir d1 enseignement \ Il faut de plus leur tracer la voie qu'ils ont à suivre, les règles de conduite que la prudence suggère, les plans et les moyens d'action que la fin de la société demande : c'est le rôle du pouvoir législatif. Ces lois sages une fois édictées, il faut encore en assurer la pleine et prompte observance : c'est l'office du pouvoir exécutif, auquel sont confiées soit des personnes â diriger, soit des choses à administrer. Enfin, comme la puissance chargée de l'exécution des lois peut, dans l'exercice de ses fonctions, se heurter à des obstacles sérieux, tantôt d'ordre moral, tantôt d'ordre physique, on lui adjoint un double pouvoir, le pouvoir judiciaire ayant pour but de dirimer juridiquement les questions en litige, et le pouvoir coactif dont la mission est de faire respecter, même par la force, les décisions de la loi et de triompher de toutes les résistances.
Il y a trois ans, l'épiscopat d'Angleterre, dans une lettre collective 2 contre le catholicisme libéral, censurait énergiquement certains catholiques, lesquels font école dans presque tous les les pays, et traitent à la légère, vont même jusqu'à rejeter divers enseignements de l'autorité ecclésiastique.
Notre intention n'est pas d'insister longuement sur ce sujet ni de rappeler sur quelles démonstrations s'appuie le magistère que l'Eglise tient de Dieu lui-même 3. Observons seulement, à l'encontre du rationalisme et du libéralisme contemporain, que
1. Quelques-uns se demandent si ce pouvoir est vraiment juridictionnel. Nous le croyons ; car proposer avec autorité les vérités de foi et de morale révélées par Dieu, et les défendre semblablement contre l'erreur, comporte plus qu'un simple ministère de persuasion.