‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 98 sur 199 · Rom., XIII · texte numérisé non relu

Rom., XIII

que, dans le domaine bien inférieur des choses physiques, cette sagesse a si parfaitement coordonné les forces et les causes naturelles, et créé entre elles un accord si général qu'aucune d'elles ne gêne les autres, et que toutes, au contraire, concourent dans un magnifique ensemble à réaliser la fin vers laquelle tend l'univers. Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances une entente pleine d'harmonie, qu'on peut justement comparer à l'union qui existe entre le corps et l'âme. "

M. Bm. Olivier, partisan, nous l'avons vu, de l'indépendance mutuelle des deux pouvoirs, ne croit pas que le droit de l'Eglise et de l'Etat de statuer à part, et par conséquent d'une manière contradictoire, sur les mêmes matières, entraîne quelque inconvénient au point de vue pratique 1. Mais le docte publiciste, ébloui par le spécieux de son système, se trompe étrangement. N'est-ce pas en effet sur le terrain pratique, et dans l'hypothèse concrète que l'Eglise et l'Etat s'ignorent et en s'ignorant se contredisent, que l'on fait aux sujets de ces deux sociétés la plus pénible et la plus gênante des situations? Et n'est-ce pas aussi cette situation même, cette regrettable nécessité pour un citoyen de désobéir à l'Etat en obéissant à l'Eglise et de désobéir à l'Eglise en obéissant à l'Etat, dont Eéon XIII, dans les paroles citées plus haut, a si lumineusement signalé les inconvénients?

Sans doute une entente quelconque, telle qu'on en voit s'établir entre deux nations rivales, pourrait jusqu'à un certain point remédier à ce malheur. Mais cet accord est-il toujours facile? La disparité des intérêts temporels et spirituels ne crée-t-elle pas à l'entente des deux pouvoirs un obstacle plus grand que celui qui résulte du conflit d'avantages purement matériels? Et si toute tentative d'accord et d'arrangement pacifique échouait? " Alors, dit M. Olivier, il ne restera plus pour trancher les difficultés entre l'Eglise et l'Etat qu'un moyen, la force: la force morale du côté de l'Eglise, et la force matérielle du côté de

i. Ouv. cité, t. I, p. 85.

l'Etat K " Un système social ne saurait plus ouvertement faire aveu d'impuissance. Ce n'est point là l'équitable solution d'un problème de droit, mais le sacrifice voulu, et l'abandon résigné de ce droit lui-même aux tyranniques invasions de la force brutale.

Le politique gallican André Dupin, dans son Rapport sur les travaux inédits de Portalis, repousse avec énergie le dualisme que la théorie de l'égalité des deux pouvoirs introduirait dans le gouvernement de la société humaine. Il n'hésite pas à déclarer "qu'on ne peut admettre deux puissances absolument égales, dont le concours produirait une sorte de manichéisme politique, et n'aboutirait qu'à des luttes périlleuses ou à une négation sans issue 2. "

Toutefois, si le gallicanisme politique refuse, avec M. Dupin,, de voir dans l'Eglise et l'Etat deux puissances d'égale dignité et de parallèle influence, s'il ne croit pas plausible que Dieu ait ainsi créé et mis en face l'une de l'autre deux sociétés vouées dès leur berceau à de fatales discordes et à un état d'antagonisme aussi fécond en différends que dénué de tout moyen de les terminer, ce n'est pas pour reconnaître la supépiorité de l'Eglise sur l'Etat, c'est plutôt pour élever l'Etat au-dessus de l'Eglise.

Ce système de subordination de l'Eglise à l'Etat, on prétend l'appuyer sur les livres inspirés eux-mêmes, notamment sur ces paroles de l'apôtre saint Paul : Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit 3 ; c'est-à-dire (traduisent nos adversaires) que tous les hommes, personnes physiques et personnes morales, individus et corps sociaux, s'inclinent devant l'autorité séculière et obéissent à ses ordres.

C'est là, on l'avouera, une version assez libre, élargissant à plaisir le texte sacré, et moins faite pour en rendre exactement le sens que pour offrir quelque appui à une théorie chancelante.

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