LE GRAND PERIL SOCIAL
Pour Tobservateur attentif et judicieux, la société actuelle présente aux regards un étrange contraste, aussi lamentable que saisissant.
D'une part, et dans des pays qui se targuent de civilisation et de tolérance, toute congrégation religieuse, toute association même, organisée en vue d'un but religieux, excite la défiance, provoque l'intervention jalouse et abusive des gouvernements.
D'autre part, de très nombreux groupements d'hommes pervers, dissimulés dans l'ombre de loges mystérieuses, et liés et solidarisés par de redoutables serments, jouent en toute liberté un rôle néfaste, déploient hors de tout contrôle une activité pernicieuse et désorganisatrice. Semblables aux excroissances parasites qui ravagent les plantes les plus vigoureuses, ces groupes occultes s'attachent opiniâtrement au corps social : ils en rongent la moelle ; ils en épuisent la sève ; ils en corrompent tous les organismes; sous leur influence délétère, la politique n'est plus qu'une lutte d'intérêts, la morale fait place à l'impiété, la vie religieuse reflue vers sa source.
Ce travail dissolvant et démoralisant s'opère par tous les instruments et dans tous les domaines. Presse, littérature, théâtre, imagerie, législation, sciences, pédagogie théorique et pratique, tout est mis en œuvre pour démolir pièce à pièce l'antique société chrétienne et pour y substituer un ordre de choses diamétralement opposé. A travers certaines évolutions de tactique, et malgré certaines diversités de méthode, c'est, en définitive, vers ce but que convergent tous les efforts. Et l'œuvre fatale s'accomplit avec une telle fixité de plan, avec une telle concordance de
moyeiTs, avec une telle persévérance d'action, qu'il paraît impossible de n'y pas voir une directon unique, systématique, tenace, à laquelle mille agents obéissent, et de laquelle mille influences dépendent.
Un écrivain ecclésiastique, dont le sens et la sagacité égalent l'érudition et la doctrine, publiait naguère sur ce sujet un important ouvrage \ Appuyé sur des textes clairs et armé de la plus ferme logique, l'auteur n'hésite pas à dénoncer et à stigmatiser la franc-maçonnerie comme l'une des causes les plus efficaces des événements et des bouleversements qui acheminent le monde chrétien vers sa ruine. Et il ne fait, en cela, que répéter et répercuter le cri d'alarme poussé, il y a près de quarante ans, par le pape Léon XIII :
A notre époque, s'écriait l'illustre Pontife 2, les fauteurs du mal paraissent s'être coalisés dans un immense effort, sous l'impulsion et avec l'aide d'une société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la société des francs-maçons.
Laissons à d'autres ^ le soin de faire la lumière sur les origines encore obscures, et sur les progrès sinueux et enchevêtrés de cette organisation ténébreuse. Dès la première moitié du dixhuitième siècle, nous la voyons sévèrement censurée et formellement proscrite par Rome *. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, l'Eglise s'est fait un impérieux devoir d'en surveiller tous les agissements, et d'en signaler aux âmes crédules et au public inattentif les œuvres suspectes et le danger toujours croissant.
Dans la constitution même des sectes maçonniques gît un principe souverainement antisocial ■^ • Le secret absolu et formidable derrière lequel la franc-maçonnerie s'abrite, secret dont les mys-
1. Mgr Delassus, La conjuration antichrétienne (3 vol.), Desclée, de Brouwer & Cie.