Clément XII, Const. du 24 avril
5. Beaucoup de franc-maçons repoussent comme calomnieuses les accusations portées contre les Loges. Rappelons à ce propos les justes remarques
tères recouvrent la servitude la plus aveugle, le matérialisme le plus brutal, et souvent les pratiques les plus monstrueuses, n'est pas seulement opposé à la loi morale ; il constitue un péril grave, une menace continue pour la paix et la sécurité des Etats ^. C'est en effet à la faveur de ces ténèbres, dans l'obscurité des clubs voilés de vocables trompeurs, que s'aiguisent les poignards, que s'organisent les complots, que se machinent les émeutes et les
faites par Léon XIII (encycl. Humanum génies) : '* Ce que nous disons doit être entendu de la secte maçonnique envisagée dans son ensemble, en tant qu'elle embrasse d'autres sociétés qui sont pour elles des sœurs et des alliées. Nous ne prétendons pas appliquer toutes ces réflexions à chacun de leurs membres pris individuellement. Parmi eux, en effet, il s'en peut trouver, et même en bon nombre, qui, bien que non exempts de faute pour s'être affiliés à de semblables sociétés, ne trempent cependant pas dans leurs actes criminels et ignorent le but final que ces sociétés s'efforcent d'atteindre. — De même encore il se peut faire que quelques-uns des groupes n'approuvent pas les conclusions extrêmes auxquelles la logique devrait les contraindre d'adhérer, puisqu'elles découlent nécessairement des principes communs à toute l'association. Mais le mal porte avec lui une turpitude qui, d'elle-même, repousse et effraye. — En outre, si des circonstances particulières de temps ou de lieux peuvent persuader à certaines fractions de demeurer en deçà de ce qu'elles souhaiteraient de faire, ou de ce que font d'autres associations, il n'en faut pas conclure pour cela que ces groupes soient étrangers au paete fondamental de la franc-maçonnerie." (Cf. The Cathol. Hncych, vol. IX, pp. 772-77S)'
I. Avec un rare sens politique, l'hon. Edward Blake, au Parlement canadien, le faisait courageusement remarquer, lorsque, en 1884, dans le discours qu'il prononça pour s'opposer à la reconnaissance légale et corporative des Orangistes, il disait : " Je ne suis favorable à la reconnaissance par l'Etat d'aucune société secrète. Je crois que les tendances du secret même sont pernicieuses; qu'il contient en lui-même la probabilité du mal; qu'il exige jusqu'à un certain point le sacrifice de l'individualité et de l'indépendance et qu'il fournit aux chefs entreprenants de très grandes facilités pour égarer les membres... Ceux qui parlent du caractère bienfaisant des sociétés secrètes ont lu, je crois, l'histoire des premiers siècles et de ceux qui les ont suivis, et surtout de ceux qui sont venus bien après, l'histoire de l'Europe, du Royaume- Uni et des Etats-Unis, d'une autre façon que celle que j'ai adoptée pour la lire. Je crois qu'une grande partie des perturbations sociales et politiques qui se sont produites dans ces pays est due aux sociétés secrètes... La difficulté à propos de la reconnaissance par l'Etat réside dans le fait que la société est secrète: on ne peut déterminer, vu qu'elle est secrète, jusqu'à quel point elle peut s'écarter du but avoué qu'elle prétend poursuivre; jusqu'à quel point, étant ostensiblement une société religieuse et de bienfaisance, elle peut devenir une société politique; jusqu'à quel point, étant loyale, elle peut aller dans la direction opposée. Je dis donc que l'Etat ne devrait pas reconnaître les sociétés secrètes liées par serment. C'est dans la nature de ces sociétés de devenir tyranniques et despotiques, etc. "
révolutions \ Le vrai et le bien n'ont rien à craindre de la lumière ; la publicité, au contraire, est la frayeur des méchants : elle projette sur leurs pensées une transparence (jui les accuse, et elle montre leurs plus noirs desseins dans un réalisme qui les condamne.
La seule connaissance des vraies doctrines maçonniques devrait suffire pour éloigner de l'association qui les professe tous les esprits de bonne foi. Ces doctrines, dégagées des symboles nuageux qui les masquent et des formules élastiques qui les enveloppent, se ramènent au système de la raison pure, émancipée (selon le langage de la secte) du joug de la révélation et de l'empire surnaturel constitué par l'auguste Fondateur de l'ordre chrétien ^.
Dans le système maçonnicjue, l'Eglise, la papauté, la hiérarchie, ne sont que des institutions vieillottes, nées de puériles et superstitieuses chimères, et qu'il incombe à la raison adulte de discréditer et de renverser. Contre les dogmes que l'on déclare déchus, une science infatuée d'elle-même se dresse et s'affinne. Le ma-, riage perd son caractère sacré, la famille sa base essentielle, dont la loi divine assurait l'inébranlable solidité. L'école devient îc théâtre d'un enseignement sans Dieu et, pour mieux dire, contre Dieu. Une liberté sans limites est attribuée à la conscience libérée de toute règle et de tout frein. Et pendant que, par tous moyens, la franc-maçonnerie s'efforce à marquer de son empreinte les particuliers et leurs œuvres, son influence croissante pénètre dans les hautes sphères sociales, et c'est pour présider à la confection des lois, et pour hâter le divorce que les sectes veulent consommer entre l'Etat et l'Eglise. Conséquence naturelle, aboutissement logique des principes antichrétiens sur lesc[uels les Loges basent leur propagande et leur action.
Cette propagande fait des progrès énormes, et cette action se manifeste dans les événements les plus graves de l'histoire contemjx)raine. Au fond de la persécution religieuse qui sévit en tant
î. Cf. Deschamps, oiiv. cit., t. I, ch. III, art. 3.
2. Deschamps, ibid., ch. I, art. n ; The Cath. EncycL, end. cit.
de pays, et derrière les questions pragmatiques qu'agitent tant de gouvernements, c'est la main des maçons et de leurs alliés que nous discernons \ Cette main remuante prétend refaire le monde. Enhardie par ses succès, elle ne dissimule même plus ses gestes de violence. Ouvertement, audacieusement, elle frappe, elle élimine, elle écrase tout ce qui fait obstacle à la réalisation des desseins de la secte.
En 1869, ^^^ moment même où s'ouvrait à Rome le grand concile œcuménique appelé à prononcer sur la société moderne des paroles de sallit, un convent réunissait à Naples des francs-maçons de presque tous les pays, et l'on y votait à l'unanimité la Tésolution suivante ' :
Les libres penseurs reconnaissent et proclament la liberté de conscience et la liberté d'examen. Ils considèrent la science comme l'unique base de toute croyance, et repoussent en conséquence tout dogme fondé sur une révélation quelconque. Ils réclament l'instruction à tous les degrés, gratuite, obligatoire, exclusivement laïque et matérialiste. En ce qui concerne la question philosophique et religieuse, considérant que l'idée de Dieu est la source -^et Iç soutien de tout despotisme et de toute iniquité, considérant que la religion catholique est la plus complète et la plus terrible personnification de cette idée, que l'ensemble de ses dogmes est la négation même de la société, les libres penseurs assument l'obligation de travailler à l'abolition prompte et radicale du catholicisme, à son anéantissement par tous les moyens, y compris la force révolutionnaire.
Voilà, certes, un programme libellé avec franchise, et qui, cette fois, émerge avec netteté de l'ombre trompeuse; et nous devons rendre à la franc-maçonnerie cette justice que, partout, elle s'y est montrée inviolablement fidèle.
En 1873, P^^ 1^ déclare sans détour les sectes responsables et inspiratrices de la guerre violente déchaînée contre l'Eglise ^. En 1884, Léon XIII, effrayé d'un mal si profond, publie sur la secte maçonnique ce mémorable document qui la dissèque et la révèle dans son esprit intime, dans son rôle essentiellement antireligieux, et dont l'écho retentit aux oreilles des catholiques endor-
1. Voir Lecanuet, L'Eglise de Prance sous la troisicme Republique, pp. 482-490; Delassus, oux. cit., t. I, pp. 292 et suiv. ; etc., etc.