‹ Droit public de l'égliseChapitre 137 sur 241 · Encycl. Rerum novarum · texte numérisé non relu

Encycl. Rerum novarum

j. Œui'es polémiques, IVe série, pp. 104-195.

sigiiilkatif dont certains pays donnent le spectacle, dé l'audace et des progrès de plus en plus redout«bîe3 du socialisme coïncidant avec l'assaut livré par les pouvoii.> publics à la propriété ecclésiastique.

Pour échapper au reproche de violer le droit de propriété et d'ébranler par leurs injustices les bases même de Tordre social, les spoliateurs de l'Eglise s'abritent sous un prétexte qu'ils croient être une raison péremptoire. Ils clament du haut de toutes les tribunes que les possessions du clergé appartiennent à la nation, c'est-à-dire à. la communauté des fidèles, à la collectivité des citoyens; partant, que les gens d'Eglise ne sont que de simples administrateurs de la fortune publique; et que l'autorité civile, investie d'un domaine éminent sur les biens même religieux, peut, quand les circonstances le réclament, disposer souverainement de ces biens.

Et si l'on demande sur quoi s'appuient ces propositions à la fois libertaires et régaliennes, la réponse, dégagée de son enveloppe oratoire, se résume en deux mots: c'est que les biens ecclésiastiques viennent du peuple, et qu'ils ont été donnés pour le peuple.

Nous avouons ne pouvoir nous rendre compte de la force concluante de cette logique.

Quelle que soit l'origine des biens possédés par le clergé, et par les institutions ou les associations qu'il dirige, du moment que des titres valables établissent la légitimité de ces possessions, ne sont-elles pas absolument indépendantes de la source d'où elles émanent? Le peuple fut le donateur: soit. Le donataire est le corps ecclésiastique régi par la hiérarchie. L'autorité religieuse n*exerce-t-elle pas sur toutes les valeurs à elle confiées, et dûment concédées à l'Eglise, le même droit, certain, indiscutable, de propriété dont jouit tout légataire ou tout donataire légitime?

Et qu'importe que beaucoup de ces biens (nous ne disons pas tous) aient été légués ou octroyés sous la condition expresse qu'on en consacrerait les revenus à améliorer le sort du peuple? Jamais, nous le verrons plus loin, condition similaire ne fut mieux respectée, ni plus intégralement réalisée. Il y eut sans doute des abus : l'histoire impartiale les constate et les déplore. Mais ces profusions honteuses ne furent, somme toute, que des exceptions mal-

heureuses; et elles ne sauraient nous empêcher de voir dans l'Eglise de tous les temps, et de tous les pays, Tincomparable bienfaitrice de toute les classes sociales, notamment des classes indigentes, et cela non seulement dans ie domaine spirituel, mais encore dans la sphère des intérêts tem|X)rels.

La thèse des adversaires ne peut donc tenir debout; et c'est en vain que, pour l'étayer, des juristes en quête d'arguments sont allés jusqu'à invoquer l'exemple des peuples païens chez qui les pouvoirs publics s'emparaient, en cas de nécessité, des biens consacrés au culte, « Ils ignorent, écrit judicieusement M. Bourgain ^, que chez les Grecs et chez les Romains la religion et l'Etat se confondaient, que le ctilte n'était qu'un service administratif, le sacerdoce qu'un office public, et que, selon ce principe, l'Etat seul administrait les biens sacrés, excepté ceux qui étaient des propriétés particulières, construisait de nouveaux édifices et réparait les anciens, puisait, en cas de besoin, dans le trésor des temples, sans rendre compte à personne des emprunts qu'il faisait ou des pillages qu'il commettait, et seul, dans les derniers temps du paganisme, en convertissait les revenus à d'autres usages, les vendait, les donnait, les confisquait, ou les détruisait à son gré, pendant que les prêtres n'étaient que de simples magistrats nommés par la cité pour garder chacun son temple et accomplir chacun son rite, »

Sous le régime chrétien, au contraire, l'Eglise et l'Etat se présentent comme deux pouvoirs essentiellement distincts et parfaitement atitonomes ; et les gouvernements civils, quels qu'ils soient, et en quelque jiénurie qu'ils se trouvent, ne peuvent s'approprier les ressources du clergé et du culte sans franchir la limite de leur sphère propre, et sans s'arroger les droits et les attributions de l'autorité religieuse.

Des chefs d'Etat ont perpétré ce coup d'audace. C'est une usurpation flagrante, insolente, et rien ne saurait suffire à la légitimer, ni l'urgence des besoins alléguée par le fisc, ni les beautés d'un renoncement qu'on se garde de pratiquer soi-même, mais auquel on voudrait, avec un rare cynisme, assujettir l'Eglise.

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