Ibid., p
2. Cf. Lucius Lector, ouv.cit.; Dictionnaire de théologie catholique Vacant- Mangenot, t. III, col. 708 et suiv. (Letouzey et Ané, Paris). — L'organisation du Conclave, pris dans son sens formel d'assemblée cloîtrée, date de Grégoire X (1274).
aux cardinaux électeurs les hommages et les vœux de leurs gouvernements respectifs \
Mais, sous l'empire des idées régaliennes dont, de bonne heure, tant d'hommes politiques se montrèrent imbus, certains monarques, nous l'avons vu, s'étaient attribué la tâche et l'honneur de faire et de défaire les Papes, et l'esprit qui leur avait inspiré cet empiétement n'était pas mort. On le vit bien, lorsque, en 1241, l'empereur d'Allemagne Frédéric II tenta, par tous les moyens, d'influencer le vote du Sacré Collège. Une tactique nouvelle s'inaugurait.
C'est surtout au. XVIe siècle que cette méthode d'ingérence et de pression morale, adaptée au nouveau mode électoral, prit des proportions sérieuses ^. Ne pouvant plus, par une action directe, intervenir dans l'élection du Chef de l'Eglise, les princes essayaient du moins, grâce à des intelligences habilement ménagées au sein même du Conclave, d'en contrôler secrètement et indirectement les opérations. On en vint peu à peu à désigner ouvertement, par l'entremise d'un cardinal ami, ceux des candidats dont on redoutait davantage l'accession au trône apostolique. Et c'est ainsi que se constitua ce qu'on a appelé le veto des puissances ou Vexchisive, privilège revendiqué par les trois principaux souverains catholiques, l'Empereur, le roi de France et le roi d'Espagne. D'après l'usage, « cette exclusion ne pouvait être formulée qu'une seule fois par chaque puissance et contre un candidat unique ^ ».
Nul doute que les gouvernements qui la pratiquèrent n'aient vu dans cet usage l'exercice d'un droit véritable, légitimement introduit par les circonstances et par la coutume dans les élections papales. Pendant plus de deux siècles, ils en usèrent au gré de leurs préférences, de leurs ambitions, de leurs aspirations.
1. Lector, ibid., ch. XII. — Profiter de cette circonstance, comme le fit, par une harangue solennelle au Conclave de 1829, Chateaubriand, pour rappeler aux électeurs pontificaux leur devoir, serait une impertinence et une maladresse peu dignes d'un personnage diplomatique.