Id., p
Faudrait-il en conclure que l'Eglise elle-même reconnaissait la légitimité de cette pratique ?
Rien ne le démontre.
Et, d'abord, nous ne pouvons admettre qu'aux yeux de l'orthodoxie catholique, l'exercice de l'exclusive ait jamais pu paraître une prérogative inhérente à la souveraineté laïque. Le régalisme, qui mit en oeuvre cette prétention, est né d'un principe faux ^, et l'Eglise, gardienne indéfectible du vrai, se serait trahie elle-même, si elle n'avait de tout temps réprouvé ce système en toutes ses conséquences. C'en est une, et non la moins grave, d'accorder aux puissances politiques un droit propre de s'immiscer dans l'élection du chef de la société religieuse. Toute intervention non ■ autorisée du pouvoir temporel dans les affaires spirituelles heurte la constitution même de l'Eglise, sa liberté juridique, son indépendance sociale.
De ceci, théologiens et écrivains catholiques n'ont, semble-t-il,. aucune peine à convenir. Ce qui a pu autrefois les diviser, c'est cette autre question, connexe, mais distincte: l'usage fréquent do veto d'exclusion n'impliquait-il pas un droit coutumier, appuyç sur des raisons valables, et sanctionné tacitement par l'Eglise?
Plusieurs Font prétendu ^, non peut-être sans quelque apparence de vérité. A dessein, nous employons le mot « apparence » ; h car, en y regardant de près et en étudiant attentivement les textes où se reflète la pensée traditionnelle de l'Eglise, il est aisé de se | convaincre que jamais celle-ci n'a vu d'un œil approbateur le veto des puissances.
En 1562. Pie IV, dans le document même ^ où étaient comme codifiées les règles constitutives du Conclave, enjoignait aux Cardinaux « de remplir sans parti pris et sans passion leur devoir
1. Droit public de l'Ef/lise. Principes généraux, leçons première et huitième.
2. Voir Dictionnaire de théologie catholique, t. III, col, 721. — Lucius Lec^tor, que nous nous sommes souvent plu à citer, fait dans son bel ouvrage (PP- 571-580) un plaidoyer discret en faveur du droit de veto ou de l'exclusive. Ajoutons, pour être juste, que ce livre a été écrit avant l'acte de Pie X dont nous parlerons bientôt.