Ouv. cit., t. VII, p. 406. i
3. Voir à ce sujet Mgr Gerbet, Esquisse de Rome chrétieune, t. I. j
4. Il n'est pas rare au Canada, comme ailleurs, d'entendre des censeur* | malveillants s'élever contre la richesse des églises; ce que nous venons dej dire démontre combien ces critiques sont mal inspirées. |
i'ait mentionner aucune époque de l'ère chrétieinie oîi l'autorité religieuse n'ait fait preuve à l'égard des pauvres, de la sympathie la plus active et du dévouement le plus généreux.
Que d'e secours prodigués, ouvertement et dans le secret, en
i simples aumônes manuelles, régulières ou fortuites! Ces libéra-
j îités, dictées par les nécessités du moment, ont été en quel- -que sorte de tous les jours et de toutes les heures. Dieu seul et ses anges pourraient, d'uîie façon exacte, en dresser le fort
, bilan, et supputer le nombre de ceux qui durent quotidiennement
j À. la mense des moines et à la charité des clercs le soutien de leur
I' vie chanceknte.
Cette charité, au reste, était loin de sufifire, et il fallait, pour
, atteindre tous les maux et satisfaire tous les besoins, que Taction miséricordieuse de l'Eglise s'organisât en œuvres durables. Ces. <euvres ont surgi, merveilleusement fécondes, et on les a vues prendre le nom de toutes les misères, de toutes les faiblesses, de
■ toutes les douleurs, de toutes les indigences. Elles se sont appelées, selon les milieux et selon les âges, écoles charitables, hôtels- Dieu, orphelinats, asiles, maladreries, hospices \ et elles se nomment en outre aujourd'hui maternités, crèches, providences, réfomies, patronages. Elles ont couvert le monde d'un réseau d'institutions animées du zèle le plus pur, de maisons d'enseigiiement, d'assistance, de bienfaisance, de prévoyance, que l'impiété aveugle
i ou haineuse peut, il est vrai, décrier, mais qui n'en sont pas moins
,' Torgueil des nations civilisées.
Lorsque l'on met en. parallèle ce noble emploi des ressources ecclésiastiques, et les sommes folles, fabuleuses, que les gouverne-, ments temporels prodiguent en pots-de-vin ou que la tourbe des jouisseurs consacrent à leurs plaisirs, le contraste saute aux yeux, et il s'en dégage unt^ très saisissante leçon. Tous peuvent voir de
"1; L'hospitalité fut. dès l'aube du christianisme, considérée et mise en honneur par l'Eglise comme une efflorescence de la charité. D'après les témoignages de l'histoire, écrit Thomassin, '* il est très évident que la maison et la table propre des évêques, des abbés et des curés, était commune aux hôtes et aux, passants ; et qu'il y avait autant d'hôpitaux pour recevoir toutes sortes d'hôtes, qu'il y avait de cures, d'abbayes et d'évêchés. " (Ouv. cit., t. VII, p. 404).
quel côté règiient réconoinie, rappréciation juste et l'usage convenable des dons de Dieu, et de quel côté sévissent les abus systématiques et les malversations scandaleuses.
Sauf des exceptions rares et que î'Kgiise, Ui première, condamne, il n'entre ni dans les idées ni dans la pratique de ses pasteurs, que /es biens qui leur sont donnés pour des fins de religionet de bienfaisance se dissipent en jouissances vaines, ou s'amassent en capitaux inactifs. Le contraire ressort de tout ce que nous avons dit jusqu'ici, de tout ce que l'histoire nous apprend, et de tout ce que l'organisation des œuvres, l'élan des fondations et le mouvement des statistiques, nous permettent de constater \
On ne peut donc, en aucune manière, justifier ni excuser les pouvoirs séculiers dont la main s'étend sur les biens de l'Eglise sous le spécieux prétexte que ces biens sont mal employés. L'allégation manque de base. Elle n'est qu'un paravent destiné à pallier les motifs inavouables qui inspirent tant de confiscations odieuses, et le honteux gaspillage par lequel se consomment ces entreprises spoliatrices ~.
Aussi bien, lorsque l'Etat, sous ''empire d'idées erronées et sous le coup de quelque passion, ose exproprier les corps ecclésiastiques ou religieux, i< ce n'est pas lui, fait observer Taine '\ qui peut revendiquer leur dépouille. Il n'est pas leur héritier, et leurs immeubles, leur mobilier, leurs rerrtes, ont, par nature, sinon un propriétaire désigné, du moins un emploi obligé. Accumulé depuis des siècles, ce trésor n'a été formé, accru, conservé qu'en vue d'un objet. Les millions d'âmes généreuses, repentantes ou dévouées, qui l'ont donné ou administré, avaient toutes une intention précise. C'est une oeuvre d'éducation, de bienfaisance, de religion, et non une autre œuvre, qu'elles voulaient faire. Il n'est pas.
T. Cf. Leca-nuet, L'Eglise de France sous la Jlîe Républiquf, 1870-187^ ch. IX\— Questions actuelles, t. CV, pp. 97-iiS; t. CVIÎI, pp. 77-94; t. CIX^ P- 59.
2. En confirmation de cet avancé, nous pourrions mentionner 2a liquidatioi^ suspecte d'improbité même pour certains radicaux, des biens des congréga* lions religieuses en France. (Questions a-ctuelles, t. Cil, pp. 261-263).
3. Les Orig. de hi France coiiteinp., III (23e éd.), pp. 260-261. .•
ptrmis de frustrer leur volonté légitime. Les morts ont des droit?^- ' dans la société, comme les vivants ; car. cette société dont jouis- ' sent les vivants, ce sont les njorts qui l'ont faite, et nous ne recej vons leur héritage qu'à condition d'exécuter leur testament. »
Il y a donc pour les biens ecclésiastiques, de l'avis même d'écrit vains libres-penseurs, une destination précise, essentielle, irrévocable; et c'est l'Eglise, et elle seule, qui a reçu mission d'en appli- ' quer les revenus aux besoins des peuples et des institutions. Ces besoins, notis l'avons vu, sont variés, les uns d'ordre spirituel^ ! les autres d'ordre matériel, et ceux-ci tantôt isolés, tantôt collectifs. Que si dans un pays l'autorité religieuse constate non setilement chez quelques groupes d'individus, mais au sein même de la nation un réel état de disette, jamais elle ne voudra refuser à \'a patrie l'aide financière que cette situation réclame. Le passé nous en est garant.
Que de faits enregistrés dans les annales catholiques attestent I éJoquemment la vérité de cet énoncé !
L'histoire nous représente. l'Eglise faisant maintes fois, et de
très bon gré, pour des œuvres profanes \ pour l'endiguement des
rivières, [)our la construction des aqueducs, pour l'entretien des
flottes et des armées, les plus pénibles sacrifices d'argent et de
ressources. Elle nous la montre offrant jadis aux rois, sous formtL
; de dons annuels, de substantiels secours -, payant sans hésiter, et
■ parfois au prix de dures privations, plusieurs impôts ordinaires et
j' extraordinaires^ stibissant pour le bien de la paix d'autres charges
inéquitables, dont le souci de la religion et celui de l'intérêt so-
' cial sagement compris eussent dv l'exempter '.
I. Thomassin, ouv. cit., t. VU, p. 411. .2. Id., ibid., t. VI, 1. ï, ch. 38.
3. Vacant-MaiifTcnot, Dict. de théol. rath.. t. 11. coî. 868-^76.
4. Parlant du clergé de France, le professeur Eourgstjjt résttnte ainsi «ï;^ coopération fiscale: "Il se trouvera toujours des amis et des défenseurs de la vérité, qui rediront qu'après avoir accordé, dès le temps de Philippe-AujTUStc, des décimes, sorte d'impôt perpétuel à quotité variable selon les circonstances ; qu'après avoir donné, au XI Ve siècle, particulièrement sous Philippe le Bel, tout ce qu'il pouvait donner à l'Etat, ou de bon gré, ou de force, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, jusqu'à tomber lui-même dans la misère, de l'aveu du roi, qv\ detrcinda pardon .i I>ieu et ;ia\ hommes de ses
Rendre pécuniai renient service à toute la nation, ce n'était de sa part ni un détonrnânent de foiids. ni une infidélité de gestion; mais une application large du précepte qui l'oblige à dépenser pour Dieu et pour les pauvres le fruit de son travail et le revenu de ses biens. Il fallait sans doute que ces contributions, pour être légitimes, f tissent, d'une part, consenties par les Evêques et le clergé local, et de rautre, autorisées par le Pontife romain \ I/autorisation, chaque fois (ju'on la jugea utile, fut libéralement octroyée.
Et, aujourd'hui comme jadis, éclate-t-il quelque part une calamité publique jetant dans la misère de nombreuses familles, ravageant des provinces, ruinant des industries ou décimant des cités, en tête des souscriptions provoquées par ces sinistres figurent «îorieusement le Pape, cet illustre spolié, les évêques de chaque pays, les établissements religieux et tout le clergé.
L'Eglise n'a reçu que pour donner. Tout esprit droit conviendra qu'elle donne abondamment.
extorsions impies; qu'après avoir payé, au XVIe siècle, au point de se réduire à travailler mécaniquement, la renaissance des lettres et des arts, le luxe de ïk coitr, l'équipement des armées et la construction des flottes, non seulement au moyen de décimes, qui se comptaient par trois et quatre à la fois, et quel^ quefois par huit et neuf, mais encore au moyen des emprunts forcés, de l'argenterie des sanctuaires, des trésors des fabriques, de la taxe des clochers, et de ces mille e.xpédients qu'inventait sans cesse l'insatiable avidité de François 1er et de Henri II, dépassée encore peut-être par celle de leurs successeurs; qu'après avoir contracté, au XVIÏIe siècle, une dette ruineuse à force de faire des emprunts pour secourir sans délai un trésor toujours aux abois; qu'enfm, après avoir, à l'Assemblée Constituante, cédé tout ce qu'on lui avait demandé, privilèges pécuniaires, dîme, argenterie des églises, le clergé offrit une vente de quatre cent millions net, dont le succès était assuré, pour sauver îTionneur de la France; et que si la Révolution fut bientôt obligée d'en venir, au milieu des ruines accumulées par un gaspillage effréné, à ce débordement du papier-monnaie dont les émissions inondèrent le pays de plus de quarantecinq milliards de valeurs fictives, dépréciées, avilies, rejetées, à mesure que Fabus s'en multipliait, c'est que l'Assemblée Constituante, qui en voulait nioins .à la. bourse du clergé qu'à son existence et à son indépendance, refusa son sacrifice pour détruire ses biens sans profit. " (Fjiidcs sUir les biens eccl, <tvant la Rcvolnf'wn, pp. 234-235).
-1.^ Ferraris, l'rompfa Bîhl'wfhccii, éd. Migne, t. 1. col. 1357.