Cf. Syll prop. 32; encycl. Jampridem de Léon XIII
Rien ne peut être plus fatal an sacerdoce chrétien que cette loi qui jette les séminaristes à la caserne, et qui les contraint d'échanger une vie calme d'études, de réflexion et d'oraison, contre le tumulte des armes et le libertinage des camps. Mgr Freppel, à la tribune française, en signala un jour avec clain^oyance l'effet désastreux pour le recrutement des prêtres strictement nécessaires au ministère paroissial. L'éloquent prélat s'écriait ^ : « Il faut prendre le sacerdoce catholique tel qu'il est, tel qu'il doit être, avec ses devoirs austères et ses solennels engagements. Croyezvous sérieusement que le régime de la caserne, avec ses libertés, avec ses licences, pour ne rien dire de plus, soit un milieu bien propre pour préparer le jeune lévite à la vie de prière, de méditation, de recueillement, qu'il devra mener jusqu'à la fin de ses jours?. . . Assurément, je ne veux pas le contester, il y aura des héros qui sortiront victorieux de la lutte. Mais on ne fait pas des lois pour l'héroisme. Les lois sont faites en vue des vertus communes, ordinaires, et ce sont ces vertus-là que le législateur n'a pas le droit de soumettre à une trop forte épreuve, sans risquer I d'étouffer dans leur germe des vocations nécessaires à l'Eglise pour exercer son ministère et remplir sa mission. »
C'est une piètre logique que celle qui combat l'exemption des clercs du service militaire par le mot banal d'égalité. Si le principe d'uîiifonnisation contenu dans cette formule devait triompher, il faudrait, par un odieux abattage, niveler toutes les hiérarchies, toutes les organisations, et toutes les fonctions.
On croit, par cette mesure, sen-ir les intérêts du peuple, et on ne parvient qu'à les desservir.
L'immunité du service des armes, revendiquée pour les lévites, n'a pas en effet d'autre but que de favoriser leur vocation sainte, et de faire de ces jeunes hommes, par une probation appropriée, des prêtres savants, disciplinés, vertueux. Sevrés des plaisirs du monde, éloignés de ses distractions et de ses soucis, ils se tiennent en relations plus intimes avec le Dieu qu'ils devront prêcher, et
I. Œuvres polémiques, Ille série, pp. 213, 216, 217;— voir un antre discours ■du même prélat {Œuvres polém.. Vile série, pp. 50 et suiv.).
ils s'initient avec plus de soin aux grands devoirs pastoraux dont ils devront s'acquitter. C'est donc, véritablement, pour le plus grand bien des peuples qu'ils mènent dans les séminaires, hors d'un commerce trop humain, une vie à part \
Un politique peu suspect de cléricalisme, le comte de Cavour, l'a reconnu; et c'est pourquoi, en plein parlement italien, il eut le courage de faire cette déclaration très sensée " :
C'est une erreur de croire que l'exemption du service militaire accordée au clergé est un privilège. Elle n'est pas accordée, en effet, à ceux qui en bénéficient en vue de leur avantage personnel, mais dans l'intérêt de la société.
C'est pour la société que le prêtre, dans le rôle pacifique qu'il assume, se dévoue. Sa destinée n'est point de verser le sang de ses frères, mais, ce qui vaut mieux, de répandre sur leurs âmes le sang du Christ Sauveur. C'est dire qu'elle s'accommode mal d'exercices et d'instructions qui orientent l'esprit du jeune homime, non vers l'immolation mystique de l'autel, mais vers lescruelles hécatombes des champs de bataille.
L'exemption du service des armes est due aux ecclésiastiques,. soit qu'ils portent au front l'empreinte sacrée du sacerdoce, soit que, jeunes encore, ils se préparent, dans une atmosphère sereine et pieuse, à la recevoir.