‹ Droit public de l'égliseChapitre 20 sur 241 · Ouv. cit., p · texte numérisé non relu

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l'Etat, la restreindre aux seuls individus, c'est une absurdité \ » Or, l'autorité dont Dieu a investi l'Eglise, et que l'Etat doit reconnaître, se concentre dans la personne du Pape. En lui est le lien visible de l'unité catholique; de lui émane toute règle de foi et de vie morale; par lui tout pouvoir ecclésiastique commande. Son empire, bien différent de certaines royautés humaines, n'est pas un vain simulacre : il règne et il gouverne ; sa puissance, sa grandeur, sa majesté, rayonnent d'un éclat que les nuages et les ombres de l'horizon terrestre ont pu obscurcir, qu'aucune illusion de l'esprit et aucune défaillance de la nature n'ont pu effacer. Rayer le nom du Pape de la liste des souverains ^, c'est porter la main sur le plus auguste des trônes; c'est amoindrir et mutiler, où qu'elle se trouve, la souveraineté elle-même; c'est outrager le bon sens et méconnaître les enseignements les plus lumineux de l'histoire.

Quoi qu'on écrive et quoi qu'on prétende, rien dans l'histoire des monarchies temporelles ne peut être comparé au prestige merveilleux et à la force prépondérante du pouvoir pontifical ^. Cette puissance sans égale réalise supérieurement les conditions

1. Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, dixième leçon.

2. C'est ce qu'a fait, on sait avec quelle audace, le Gouvernement français sous l'inspiration des sectes juives et maçonniques,

3. Combien vraies, en même temps qu'éloquentes, sont les paroles qui suivent de Mgr Freppel : " Il est dans le monde un pouvoir qui n'a rien d'égal sur la terre; un pouvoir qui prend son origine dans le plus grand événement dont l'histoire ait gardé le souvenir ; un pouvoir qui résume dans leur plénitude les deux caractères de la souveraineté parmi les hommes, la paternité et la royauté ; un pouvoir qui n'a d'autres limites que celles du temps et de l'espace ; un pouvoir qui plonge ses racines dans le passé comme il se développe indéfiniment dans l'avenir ; un pouvoir qui concentre en lui-même tous les rayons de l'autorité semés divinement à travers les siècles, la paternité d'Adam, le patriarcat d'Abraham, le sacerdoce de Melchisédech, la législature de Moïse, le pontificat d'Aaron, la judicature de Samuel, la royauté de David ; un pouvoir qui ne tient à rien de ce qui fait ici-bas la grandeur et la force ; un pouvoir qui cache la plus durable des puissances sous les dehors de îa plus grande des faiblesses, et qui voile la plus haute des majestés souveraines derrière l'humilité d'un service; un pouvoir qui s'accroît avec le péril, qui grandit sous la lutte, qui se consolide par l'attaque ; un pouvoir contre lequel toute domination s'use, toute violence échoue, tout artifice se dissipe, toute résistance se brise, toute rébellion vient mourir tôt ou tard, impuissante et inerte. Ce pouvoir unique, ce pouvoir souverain, ce pouvoir universel des âmes et des consciences, c'est la Papauté" (Discours sur V Histoire de la Papauté, 8 mars 1869).

les plus essentielles de la souveraineté \ Elle possède au plus haut degré l'autorité qui lui pennet d'agir, la stabilité qui la garantit des ravages du temps et des surprises de la fortune, l'indépendance qui l'établit maîtresse et autonome dans sa sphère d'action. Chargée du gouvernement de l'univers, elle lui impose d'un mot ses lois, ses actes, sa doctrine ; toujours attaquée, jamais ébranlée, elle survit intacte et féconde à toutes les dynasties; consciente de ses droits, de son rang, de sa mission, elle garde jalousement ses frontières, et elle affronte, sans fléchir, l'audace des ravisseurs, îa prépotence des envahisseurs.

C'est surtout par la sublimité du but qu'elle poursuit, et par la supériorité des moyens dont elle dispose, que la Papauté l'emporte sur toute autre souveraineté ^. Et rieji n'atteste mieux cette royale et universelle suprématie que le rite imposant par lequel le Chef de l'Eglise sacrait jadis et couronnait les chefs de l'Etat. « Les Papes, écrit le comte de Maistre *, étaient universellement reconnus comme délégués de la Divinité de laquelle émane la souveraineté. Les plus grands princes recherchaient dans le sacre la sanction et, pour ainsi dire, le complément de leur droit. » L'intime sentiment d'une incarnation mystérieuse de l'autorité même de Dieu dans la personne du premier des souverains de la terre *, les amenait respectueux à ses pieds pour recevoir de sa main le symbole de leur propre souveraineté.

Il est un fait éclatant et qui domine de très haut toute l'histoire des sociétés chrétiennes : c'est le rang d'honneur occupé en toute conjoncture par le pouvoir papal, et l'impression profonde, générale, de crainte ou de respect, que cette puissance à la fois méconnue et obéie, persécutée et vénérée, n'a cessé de produire et d'entretenir autour d'elle.

1. Voir, sur ces conditions, les meilleurs auteurs de droit naturel et international.

2. Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, huitième leçon.

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