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Qu'est-ce qu'un Nonce? p

publique, et non simplement comme une association vulgaire, soumise en fait au droit commun. »

Même sous le régime de la séparation, une action diplomatique sagement conduite peut être pour la société religieuse le principe d'avantages inappréciables. Elle met en plus haut relief la souveraineté du pouvoir papal ; elle montre l'Eglise du Christ dans le déploiement bienfaisant de sa force, et dans la clarté rayonnante de sa mission sociale; elle la fait mieux connaître, et juger avec plus d'équité. Par les rapports qu'elle crée entre deux autorités dont l'une, trop souvent, prend ombrage de l'autre, elle met un terme aux dissensions, cause de violences et de ruines, et elle permet de découvrir le terrain d'entente sur lequel pourra s'édifier l'œuvre réparatrice et pacificatrice.

C'est ainsi que le génie diplomatique d'un Consalvi, par sa collaboration habile et ferme au concordat de 1801, tira l'Eglise de France du chaos où la Révolution l'avait plongée ^. De même, et plus près de nous, ça été, sous l'inspiration et la sage direction du Pape Léon XIII, la joie et l'honneur de la diplomatie romaine de s'être employée à pacifier l'Allemagne religieuse, et, non pas sans doute d'y avoir redressé tous les torts, mais d'avoir pu ouvrir aux catholiques de ce pays une ère de relèvement et de liberté ^

L'histoire des négociations du Saint-Siège avec la puissance civile est remplie de faits de ce genre, aussi avantageux pour les peuples qu'honorables et glorieux pour la Papauté.

Nous sera-t-il permis d'ajouter que ce tableau n'est pas absolument sans ombre? S'il est vrai que l'Eglise, pour justifier ses actes, n'a nullement besoin de nos mensonges, elle n'a pas davantage besoin de nos réticences et de nos artifices de langage. Ne craignons pas de l'avouer : des représentants du Saint- Siège, les uns par mollesse de caractère, les autres par naïveté

1. Cf. Rinieri, La diplomatie pontificale au XI Xe siècle (trad. Verdier) : Le concordat entre Pie VII et le premier consul, Ile partie.

2. Voir Cte Ed. Lefebvre de Behaine, Léon XIII et le prince de Bismark. — Ce n'est pas du reste à la seule diplomatie qu'il faut attribuer ce résultat; la résistance des Evêques et du Centre y eut une part importante (ibid., pp. 48-51.)

confiante, quelques-uns même par intérêt et par ambition \ trahirent à diverses époques la cause qu'ils devaient servir. Les lam~ bris dorés ont parfois des reflets qui éblouissent. Et telles. âmes que ne sauraient atteindre les séductions de la richesse, se laissent prendre trop aisément aux pièges de l'hypocrisie et aux manœuvres de l'astuce. Quand, au IXe siècle, Lothaire, roi de Lorraine, voulut obtenir pour l'union adultère qu'il avait contractée la sanction de l'Eglise, deux légats du Pape, chargés d'aller juger cette affaire, cédèrent à la pression gouvernementale ; et le grand pontife Nicolas 1er dut, par un acte d'apostolique courage, casser leur décision ^. Vers la même date, d'autres légats, envoyés à Constantinople pour y tenir enquête sur les troubles suscités par Photius, furent peu à peu gagnés par les sophismes du subtil byzantin et par les présents de la Cour, « jusqu'à permettre, dit l'histoire ^, la falsification de la lettre du Pape dont ils étaient porteurs ».

Ce ne furent là, sans doute, que de rares exceptions, et, dans ces défections mêmes relativement peu nombreuses, il y eut, d'ordinaire, plus de complaisance que de bassesse, plus de faiblesse inconsciente que de défaillance coupable. Dieu, d'ailleurs, veille sur son Eglise, et, fondateur clairvoyant, il a lui-même déposé dans l'organisme ecclésiastique tous les principes et toutes les ressources nécessaires pour réparer les fautes de quelques chefs inhabiles ou de quelques ministres infidèles.

Rien ne contribue mieux non seulement à réparer, mais à prévenir de tels malheurs que le choix judicieux des membres du corps diplomatique pontifical. Leurs fonctions sont toujours graves, souvent délicates, parfois périlleuses. Elles exigent de tous ceux qui en sont investis une compétence peu commune, un caractère fait de force et de droiture plus encore que de souplesse, l'intelligence vraie des besoins de l'Eglise et des dangers qu'elle

SI. Voir dans Pastor (Hist. des Papes depuis la fin du moyen âge, trad. Raynaud, t. III, ch. IV) le rôle joué, sous Pie II et Louis XI, par l'ambitieux Jouffroy, évêque d'Arras.

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