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CHAPITRE SIXIEME

l'unique solution

Le problème, si élevé en ses principes et si grave en ses conséquences, qui s'agite depuis un demi siècle autour du Pape Roi, appartient au double domaine de la vérité historique et de la morale sociale. Sans entrer dans le détail des faits, nous ne saurions nous dispenser d'emprunter aux événements les plus saillants la lumière qu'ils projettent sur le côté juridique de cette lutte cinquantenaire entre la force et le droit.

Trois mots résument, et coordonnent comme en un triple faisceau, les multiples manifestations de la pensée catholique sur la question romaine : iniquité du passé, insuffisance du prescrit, desideratum de l'avenir.

Le passé, c'est " l'histoire de l'envahissement progressif des Etats pontificaux et de l'entrée, violente et injuste, des troupes piémontaises dans la Ville éternelle. Deux causes principales, entre plusieurs autres, peuvent être assignées à cette guerre sacrilège: d'une part, l'ambition effrénée de la monarchie sarde; de l'autre, la vague révolutionnaire qui, sous le souffle de quatrevingt-neuf et depuis cette date, n'a cessé de battre et de secouer, à sa base même, l'antique édifice de la société chrétienne.

Il est rare que les méchants, pour accomplir leur œuvre néfaste, ne réussissent pas à s'associer quelques faciles complices. Dans l'usurpation odieuse du territoire papal, c'est bien le nom de complicité que mérite et que portera aux yeux de la postérité le rôle complaisant, insidieux, à double face, joué par l'empereur des Français, Napoléon III \

Pour couvrir d'un voile mensonger, devant l'Eglise et devant l'Europe, l'injustice d'une entreprise si manifestement contraire

I. Cf. Sylvain, Hîst. de Pie IX le Grand, t. II, ch. 7, 8, 12, 15.

à tous les droits, il fallait des prétextes : les prétextes n'ont pas manqué. Et c'est surtout en alléguant le vœu des populations, le besoin de réformes dans l'administration des Etats du Pape, les exigences géographiques et l'importance ethnique de l'unité italienne, que les envahisseurs et leurs amis prirent à tâche de tromper l'opinion publique.

Le vœu des populations : en vérité, que prouve-t-il ? Même s'il est libre, et s'il s'exprime librement par voie plébiscitaire, peut-il à lui seul, d'après les principes du droit et aux yeux de l'équité, justifier l'assaut contre un régime politique et le renversement d'une dynastie? Faire dépendre des caprices d'un vote, des flottantes volontés de la multitude, le fonctionnement et jusqu'à l'existence du-pouVoir civil, n'est-ce pas véritablement flatter les pires instincts? n'est-ce point provoquer et encourager l'émeute, légitimer et innocenter toutes les révolutions? Cette allégation des spoliateurs du Saint-Siège repose, en définitive, sur le principe de la souveraineté du peuple, principe faux, dangereux, directement opposé aux doctrines philosophiques les plus saines et formellement condamné par l'enseignement de l'Eglise \ M

Au surplus, nous sommes loin d'admettre que les habitants de l'Italie papale se soient, en majorité et par libre suffrage, prononcés en faveur des faits accomplis. Un plébiscite organisé chez des vaincus sous l'inévitable pression des armes victorieuses, n'a rien, assurément, de spontané ^ Et, quand, pour y préparer l'opinion, les moyens les plus déshonnêtes, les pratiques les plus déloyales, la calomnie, la ruse, le mensonge, ont été insolemment mis en œuvre, ce n'est plus d'un plébiscite qu'il faut parler, mais d'une vile et avilissante comédie. Telle a été, les faits le démontrent, la consultation populaire invoquée comme une preuve concluante par le gouvernement piémontais ^.

1. Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, App. A : Léon XIII et la souveraineté populaire.

2. Sur la valeur intrinsèque des plébiscites, voir Giobbio, Lesioni di diplofnazia eccl., t. I, pp. 108-109.

3. Cf. Sylvain, ouv. cit., t. II, ch. 8 et 22, t. III, ch. 8. — Parlant du plébiscite romain, L. Veuillot fait cette remarque très juste: "Il faut que le Père commun des fidèles possède un asile sur la terre; cet asile, la Providence le lui a

Pour mieux assurer à cette manœuvre plébiscitaire le succès désiré, on faisait sonner bien haut le mot de réformes des Etats romains, comme si le gouvernement papal n'en avait opéré aucune, et comme si, en outre, l'habit ecclésiastique rendait, fatalement, ceux qui le portent, incapables de comprendre et de réaliser le vrai progrès. L'historien de Pie IX que nous nous plaisons à citer, après avoir rappelé brièvement ce que fit ce grand pape pour l'avancement du commerce, de l'industrie et de l'agriculture, ajoute ^ : « Nous pourrions parcourir toutes les branches de l'administration pontificale et nous verrions qu'elles ne le cèdent en rien à celles des royaumes qu'on dit le plus civilisés. » Mais quelle loyauté peut-on attendre de la part d'adversaires aveuglés par le parti pris, dominés par l'intérêt, et fanatisés par la passion? L'éloquent Montalembert, mis en cause par Cavour, jetait au ministre sarde cette juste et cinglante réplique : « Vous avez conspiré depuis douze ans, et vous vous en vantez, pour rendre tout gouvernement impossible dans les Etats romains. Quand le Pape a des ministres ecclésiastiques, on lui demande des laïques; quand il appelle un laïque, on le lui égorge sur les marches du Parlement; quand il n'a pas d'armée, on lui reproche de ne pas pouvoir se défendre; quand il en forme une, on la dénonce comme un péril pour ses voisins, et on court sus comme à des bêtes fauves ^. »

C'est en effet grâce à la mauvaise foi la plus insigne, et au machiavélisme le plus retors, que l'armée antipapale effectua sa marche victorieuse. Les révolutionnaires savent leur métier. Et leurs chefs surtout n'ignorent pas combien il importe, pour s'attirer les sympathies ou les suffrages du peuple, non seulement d'en exciter les appétits par l'appât de promesses alléchantes.

donné, le lui a assigné, et le peuple romain, pas plus qu'un autre, n'a le droit de le déposséder. Ni le Pape, ni sa terre n'appartiennent en propre à un peuple particulier ; c'est la propriété commune de cette famille immense qui chante le Credo, et qui l'a acheté de ses tributs et du sang de ses soldats ou de ses martyrs" {Mélanges, t. V, 2e série, p. 341).

1, Sylvain, t. II, p. 32. — Cf. Id., pp. 275-27Q.

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