‹ Droit public de l'égliseChapitre 7 sur 241 · I. Léon Xni, Bulle citée · texte numérisé non relu

I. Léon Xni, Bulle citée

loaines jalouses, des colères provocatrices, peut-être même des guerres désastreuses. Pourquoi? parce que la Papauté, en changeant de siège, aura déplacé l'axe du monde.

La Providence, en assignant au Pape une demeure fixe, a voulu prévenir ce malheur.

Dix-neuf siècles ont passé sur la cité élue. Durant ce laps de temps, que de révolutions dans l'histoire des principautés humai^ nés ! que de couronnes flétries, que de trônes écroulés, que d'empires disparus ou transformés en de nouveaux royaumes non moins sujets à la ruine! Rome elle-même, convoitée par les puissances terrestres, a vu successivement la barbarie, le schisme, l'hérésie, l'incrédulité, se ruer sur ses murs, et ébranler ses tours antiques. Mais rien n'a pu ébranler le trône, ni la chaire de saint Pierre.

Maintes fois, il est vrai, des circonstances malheureuses, le préjugé, l'ambition, le choc violent des factions, forcèrent les Pontifes romains à quitter momentanément le siège de leur primauté. Depuis saint Clément jusc[u'à saint Martin, depuis Grégoire VII jusqu'à Boniface VIII, plusieurs d'entre eux moururent ou vécurent en exil. Pendant soixante-treize ans, ils habitèrent Avignon; et l'on sait avec quel orgueil, au début du siècle dernier, l'omnipotence d'un soldat, devenu le maître du monde, promenait à travers l'Europe, comme un trophée précieux, la royale majesté du Vicaire de Jésus-Christ. Quelque nombreuses et prolongées que fussent ces absences de Rome, l'image du bienheureux Pierre ne cessait point de planer sur la capitale chrétienne en deuil; elle la soutenait dans ses luttes; elle en maintenait, contre la force brutale, et l'usurpation éphémère, les droits imprescriptibles; et tôt ou tard, par une revanche de la justice immanente, les portes de la ville sacrée s'ouvraient comme d'ellesmêmes pour livrer passage à la Papauté triomphante.

Dans les tristes conditions faites depuis cinquante ans au Chef

I de la catholicité, celui-ci a dû. plusieurs fois se poser la question

de la nécessité ou de l'opportunité d'un départ éventuel. Dès la fin

— iode Tannée qui vit les Piémontais consommer leur œuvre sacrilège^ Pie IX songea sérieusement à quitter le Vatican pour une île de la Méditerranée ^. Des scènes de violence sauvage, et de fanatisme sectaire, mirent à diverses reprises Léon XIII en face de la même perspective ". Et nous ne savons ce que l'avenir, gros d'orages, et chargé d'inconnu, réserve au Pape actuel "', ou aux prochains héritiers de sa mission apostolique.

Mais une chose est certaine : c'est que Dieu ne permettra pas que la ville par lui choisie, prépai^ée et consacrée, pour être la capitale du monde catholique, (jue Rome qui a subi tant d'assauts,, triomphé de tant d'invasions et survécu à tant de ruines, dont chaque pierre est un hommage rendu à la vitalité de l'Eglise, et qui garde écrits sur ses murs les noms immortels de tant de Pontifes, soit forcée d'abdiquer pour toujours sa divine royauté et de jeter sa couronne aux pieds d'un gouvernement impie et usurpateur. Elle a, comme la Papauté elle-même, et comme le christianisme dont elle porte les éternelles destinées, les promesses du Verbe de vie : Bt porfœ inferi non prœvalchnnt adversiis eam *.

Ou le Pape restera à Rome, ou, s'il est contraint d'en sortir, ce sera pour y rentrer un jour dans tout l'éclat du triomphe, avec ce rayonnement de joie, de dignité et de grandeur, que rapporte de l'exil tout défenseur d'un droit violé, à plus forte raison tout martyr de la vérité, de la religion et de la justice.

1. Lucius Lector, Le Conclave, p. '/22. — "Depuis 1870, écrit le P. Lecanuet (L'Eglise de France sous la troisième République, 1870-1878, p. 165), une frégate française, VOrénoquc, stationnait dans le port de Cività-Vecchia. Ce vaisseau se tenait aux ordres de l'ambassadeur accrédité au Vatican, prêt, si le pape quittait Rome, à le transporter oii il voudrait ". UOrénoque abandonna son poste d'honneur en 1874.

2. Cf. Mgr de T'Serclaes, Le Pape Léon XI H, t. Il, ch. 29 (Desclée, De Brouwer et Cie),

3. Sous Pie X, le célèbre discours du franc-maçon Nathan, maire de Rome, — discours contre lequel le Saint-Père et, avec lui, tout l'univers catholique ont protesté, — donne clairement à entendre ce que le Saint-Siège peut redouter de la part d'ennemis acharnés et invétérés, étrangers à toute croyance religieuse et capables de toutes les audaces. — Commentant cette diatribe grossière, un journal libre-penseur de Paris, V Action, écrivait: " L,a maison de Savoie loge en garni, elle finira bien par se mettre dans ses meubles, et ce jour-là le Pape ne pèsera pas lourd dans la main des huissiers expulseurs,""

Page 1