‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 106 sur 260 · Lamartine, Prem. Médit., XIX: La brière · texte numérisé non relu

Lamartine, Prem. Médit., XIX: La brière

brillantes et fécondes de son grand talent descriptif '. Lasserre et ses émules nous ont dépeint avec émotion l’'empoignant spectacle des foules croyantes à genoux devant la grotte de Lourdes. Que d’autres oratoires champêtres sont le théâtre imposant ou gracieux d’ardentes et enthousiastes démonstrations de foi! De nos jours, les messes en plein air se sont multipliées, et les Congrès eucharistiques internationaux promènent de ville en ville, de continent en continent, la royauté vivante, acclamée et triomphante, du Rédempteur Jésus. Partout l’homme, dans son ardeur pieuse, sent le besoin d'associer à sa voix la voix profonde de la nature, et partout l’Église, si aucune loi ni aucune menace ne l’arrête, sort périodiquement de ses temples pour déployer à ciel ouvert le pli de ses bannières et la pompe de son culte.

Elle veut plus. Elle entend que la religion du Christ règne à demeure sur tout l’univers créé, et qu’elle en prenne visiblement possession. Elle fait en sorte que des monuments durables rappellent aux générations les plus belles pages de ses annales et les plus nobles figures de son histoire. Elle bénit et elle encourage le zèle de ses fils qui dressent des croix le long des voies publiques, qui parent d'images de la Vierge le front de leurs maisons, qui érigent sous les yeux ‘lu peuple, dans les parcs, et au carrefour des rues, des statues et des symboles religieux.

C'est l’idée commune, et c’est la pratique dominante, en pays chrétiennement libre. Malheureusement, chez plusieurs nations, la liberté chrétienne, assaïllie et battue en brèche, souffre aujourd’hui violence.

Il y a des contrées, comme la Hollande, où la publicité du culte repose sur des fondements juridiques douteux, et ne semble plutôt que tolérée *. Il y en a d’autres, comme l’Allemagne, où les cérémonies extérieures peuvent sans doute être légales, mais avec l’assentiment préalable et nécessaire du pouvoir civil, auquel il est

1. Le Génie du Christianisme, 1Ve P., L. I, ch. 7-8. 2. Bull. de la Soc. de Législ. comp., t. XXXV, pp. 541-542.

permis d'interdire ou de suspendre toutes ces manifestations !, C’est uné police cultüelle analogue qui règne en France, et elle y ést dévolue âux maites 2, Ailleur: , Comme au Mexique * et surtout äu Portugal‘, les cérémonies religieuses hors de l'Eglise et les emblèmes religieux sur les monuments publics ou privés sont strictenent'prohibés.

Ces prohibitions et ces rigueurs, et, d’une façon générale, la prétention qu’affiche l'Etat de régler à sa guise la publicité du culte, atteignent la religion dans l’un de ses droits lés mieux fondés. Elles sont une injure à Dieu, une injure à l'Eglise, une injure aux citoyens honnêtes et aux populations croyantes et paisibles,

Dieu est le roi du monde, du monde spirituel et du monde matériel, du monde moral et du monde social. Voit-on les loyaux sujets d’un empire politique reléguer et garder leur prince entre les murs d’un palais, barricader par des règlements l’issue de sa retraite, et lui dresser procès-verbal dès qu’il ose en franchir le seuil? Ce ne serait plus de la loyauté, mais de l’insolence et de la révolte. Un empereur, un roi, un président de République est chez lui dans toute l’étendue de ses Etats.

Pour la plus grande gloire de Celui à qui sont dus en tout lieu honneurs et louanges, il est juste et désirable que la souveraineté divine s'affirme et qu’elle éclate au grand jour. Sans doute les cérémonies pieusement accomplies dans l'ombre discrète des églises rendent hommage à la puissance et à la bonté du Très- Haut. Elles n’ont ni ne peuvent avoir ce vaste rayonnement et ce cachet grandiose qui marquent les processions et les manifestations solennelles du dehors.

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