‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 108 sur 260 · Cavagnis, ouv. cit, vol. III (3e éd.), n · texte numérisé non relu

Cavagnis, ouv. cit, vol. III (3e éd.), n

même degré que l'Eglise, la jouissance des avantages assurés par la loi. Quel aveuglement et quelle démence que de mesurer l’espace et la vie aux institutions et aux œuvres d’où dépend le sort suprême des nations!

La liberté reconnue aux croyances religieuses mériterait à peine ce nom, et elle ne serait, disons-le mot, qu’une liberté bâtarde, si elle n’incluait le droit assuré d'exercer un culte public et l'entière faculté d'organiser des fêtes et des processions. On ne pose pas un principe juridique pour en Supprimer, du même coup, les conséquences les plus directes. Proclamer, dans une charte, l'Eglise parfaitement libre, et la gêner dans sa liturgie, lui opposer même dans son action, et dans le déploiement de son culte, d’iniques et brutales barrières, n'est-ce pas, en vérité, un illogisme odieux et une amère dérision : ?

On dira que le libre jeu des pratiques catholiques et des fonctions cultuelles, hors du lieu saint, peut convenir aux sociétés canoniquement organisées, mais non à celles où l'égalité des cultes est civilement établie.

L’objection ne nous effraie point. Elle suppose un état de choses qui ne répond ni au plan providentiel de Dieu ni aux con-

1. Cf. L. Crouzil, La publicité du culte catholique, ch. I. — Dans une protestation contre un arrêté municipal interdisant le port ostensible du Saint- Viatique aux malades, Mgr Dubourg, évêque de Moulins, écrivait à l’auteur de cet acte (août 1805) : “ Comme évêque et représentant des intérêts spirituels de mes diocésains, j'ai le devoir de réprouver et de flétrir une mesure qui outrage dans sa foi et blesse au cœur toute une population demeurée encore, en dépit des excitations mauvaises, foncièrement chrétienne. Je proteste donc hautement et de toute l'énergie de mon âme contre l'injure gratuite faite à mon Dieu et au vôtre, au Dieu qui jugera, sachez-le bien, les jugements humains. — La rue est librement ouverte à tous les cortèges, à tous les défilés, à toutes les parades, même les plus grotesques ; elle est interdite et fermée à Dieu seul qui, de par votre arrêté et contrairement à un usage immémorial, ne pourrait plus ostensiblement visiter nos moribonds. N'est-ce pas vraiment un défi que vous jetez à la conscience publique?” (Les Quest. act., t. XXX, P. 130).

céptions sociales de l'Eglise. Mais le fait d’où elle s'inspire, est là sous nos yeux ; il peut même être une nécessité légale, que nous ne songeons pas à nier. Ce que nous nions, c'est que, pour sauvegarder la parité des cultes reconnus, il faille prohiber toute expression publique des croyances. Pareille tolérance demande plutôt que les manifestations religieuses soient toutes également libres.

D'après d'éminents canonistes !, mieux vaut laisser aux différents cultes basés sur l’idée de Dieu, la liberté de se produire extérieurement, que de les refouler tous dans l’intérieur des temples, et de créer ainsi dans la société une atmosphère chargée d’athéisme. L’athéisme tue; la foi en Dieu, même vague, même entamée par le schisme et déformée par l’hérésie, garde en ses profondeurs certains germes de vie. Il est sans doute regrettable que l'erreur jouisse, de par la loi, des mêmes faveurs et des mêmes garanties que la vérité, et qu’il lui soit loisible, dans son audace, de parader et d'élever autel contre autel’, Grande toutefois est

l'influence des cérémonies extérieures du catholicisme, et bien des esprits de bonne foi la subissent et s’en pénètrent. Les processions de la fête-Dieu, celles des grands pèlerinages ?, celles des congrès religieux, parlent un langage qu'aucune parole humaine ne saurait égaler.

Nous voulons donc que partout, et là même où il se croit justifiable de tolérer l'erreur et le mal, l'Etat ouvre toutes grandes

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