Œuvres polémiques, VIITe série, pp
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Plus encore que le sens moral, le sens chrétien s’insurge contre cette renaissance païenne.
C’est une négation du passé, un mépris des traditions vénérables qui rattachent par dix-neuf siècles de foi et de liturgie commune le croyant de nos jours au croyant des catacombes; c'est la rupture d’une chaîne sacrée, formée des sépulcres les plus saints et des tombes les plus glorieuses, et couvrant de son immense réseau tout le sol de l’histoire chrétienne. « Je ne suis pas surpris, disait encore l'évêque d'Angers’, de la répulsion vive, profonde des peuples modernes pour la crémation des morts, parce que ce genre de sépulture, s’il est encore permis de l'appeler ainsi, constitue, à mes yeux, un véritable recul dans la marche de la civilisation. C’est tout simplement un retour au paganisme, et au paganisme dans ce qu'il avait de moins moral et de moins élevé, au paganisme matérialiste et ne sachant plus respecter dans le corps humain la demeure d’une âme immortelle. »
Nous ne prétendons pas que la crémation présente une incompatibilité absolue avec le dogme catholique, qu’elle ne saurait, en aucune manière, se concilier ni avec le respect dû aux corps des chrétiens, ni avec la croyance en la résurrection de la chair: ce serait tomber dans l’extrême. Ce que nous disons, c’est qu’un tel usage ne s’harmonise parfaitement ni avec ce respect ni avec cette croyance.
Le corps est la compagne de l'âme, de l’âme rachetée par une rançon divine. Il lui prête des organes; elle lui communique des vertus. Si les saints flagellent leurs corps, c'est qu’ils veulent en faire les instruments dociles de leurs âmes. Par un penchant instinctif, on se prend de respect et en quelque sorte de religion pour cette chair sur laquelle l’eau du baptême a coulé et qui s’est nourrie et comme sajurée du sang même de Dieu. On se dispute, après la mort, les moindres objets qui l'ont touchée. L'incinération d'est pas seulement une atteinte au culte des reliques dont s’ali-