‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 135 sur 260 · Encycl. au clergé de France, 16 fév · texte numérisé non relu

Encycl. au clergé de France, 16 fév

2. Naguère, au congrès eucharistique de Bogota, la République de la Colombie, par la voix de son chef et de ses représentants, faisait, sur la royauté sociale du Christ, une déclaration officielle digne de la monarchie de saint Louis.

3. Som. théol. I-Ilae Q. XC; — cf. Balmès, ouv. et f. cit., ch. 53.

4. Saint Thomas, ibid. Q. XCVI, art. 4 Parlant des lois injustes, le saint docteur distingue celles qui le sont par suite de leur opposition intrinsèque à la loi divine et qu’il n’est jamais permis d'observer, et celles que des motifs plutôt extrinsèques condamnent : celles-ci peuvent obliger en conscience “par accident ”, c'est-à-dire par crainte du scandale ou d’un plus grand mal.

Quand donc le législateur s’insurge contre la loi divine, quand par des actes iniques et des arrêts odieux il opprime les consciencss, la liberté des familles, la liberté des institutions, la liberté de l’Eglise, quand il fait litière des droits les plus sacrés et de préceptes bien supérieurs à toutes les ordonnances civiles, il s’inflige à lui-même le plus cruel affront; il dément le nom glorieux dont on le pare, il n'est plus législateur, il est despote. Et résister aux lois sacrilèges qu’il promulgue n’est pas seulement un droit, mais un devoir’. C’est pour remplir ce devoir que des évêques de France, debout sur le seuil de l’école catholique menacée, lançaient naguère à leurs persécuteurs ce fier défi : Vos lois, nous les violerons. »

Et en s’engageant ainsi à violer des lois oppressives, l'Eglise, Sans cesser de soutenir la cause de l'autorité, se montre la gardienne courageuse de la liberté. Ces deux fonctions, en réalité, n'en font qu’une. La force a pour mission de protéger le droit. L'autorité dont l'Eglise affirme le principe, ét dont elle indique judicieusement les limites, est faite, non pour s’assujettir les peuples, mais pour les secourir et pour les servir.

Elle les sert par des lois justes; elle les dessert, et elle les moleste par des lois injustes.

Toute faute morale, toute iniquité sociale provoque la réprobation du pouvoir ecclésiastique. Toute atteinte aux intérêts de la religion et de la conscience justifie son intervention. L'Eglise surveille et examine les lois: elle ne s’y oppose pas, si elles sont honnêtes ; elle s’en inquiète, si elles sont suspectes ; elle les combat, si elles sont hostiles. Cette lutte peut n'être qu’un incident passager.

1. “Là où il s'agirait d’enfreindre soit la loi naturelle, soit la volonté de Dieu, le commandement et l'exécution seraient également criminels. Si donc on se trouvait réduit à cette alternative de violer où les ordres de Dieu ou ceux des gouvernants, il faudrait suivre le précepte de Jésus-Christ qui veut qu'on rende à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, Matth. XXII, 21; et, à l'exemple des apôtres, on devrait répondre: !1 faut obéir à Dieu blutét qu'aux hommes, Act. V, 29.” (Léon XIII, encycl. Diuturnum),

Dans la crise que traverse la société contemporaine, elle prend, en plusieurs pays, les proportions d’une guerre ouverte et l'apparence d’un conflit presque permanent.

Nous avons déjà dit le droit évident, que possède la hiérarchie catholique, d'organiser cette résistance.

Deux facteurs principaux concourent à préparer l’heureuse issue de la lutte: la stratégie des chefs, et la discipline des soldats. :

Le terrain où se porte l'effort, et les manœuvres qui s’y exécutent, peuvent parfois varier. En France, sous le concordat, et alors que l'adhésion marquée des catholiques au régime établi, c'est-à-dire à la République, semblait offrir pour la religion des avantages sérieux, n’était-il pas opportun de grouper sur cette base d’action toutes les forces chrétiennes, et de tenter par ce moyen un rapprochement utile entre l'Eglise et l'Etat, et une conquête de l'Etat par l’idée religieuse? Léon XIII se laissa gagner par cette pensée, et il mit tout en œuvre pour la faire agréer et la faire prévaloir. Ce fut sans succès. L'échec du ralliement constaté, puis bientôt le concordat rompu, et l’hostilité contre l'Eglise s’accentuant chaque jour davantage, Pie X crut sage, sans plus solliciter de p-ofessions de foi républicaine, et en faisant abstraction des questions de régime politique, de ne convier les catholiques que sur le terrain des revendications religieuses. Ce sont les directions les plus récentes du Saint-Siège, et on peut dire qu’elles valent d’une façon générale’, non seulement pour la France, mais encore pour tous les pays ?.

De plus en plus, en effet, la politique divise, et la religion seule peut unir. Les groupes politiques se fractionnent ; les programmes succèdent aux programmes, les gouvernements aux gouverne-

1. Nous disons “ d'une façon générale”; car, accidentellement, et par suite de circonstances toutes spéciales, il per* arriver (comme nous venons de le voir) que le Saint-Siège juge à prop: : d'engager les catholiques d'un pays non seulement à respecter le régime établi, ce qu’il fait partout, mais encore à entourer ce régime de marques publiques, au moins provisoires, d'adhésion.

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