‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 137 sur 260 · Lettre encycl. aux Cardinaux français, 3 mai · texte numérisé non relu

Lettre encycl. aux Cardinaux français, 3 mai

3. C'est nous qui soulignons cette déclaration autorisée d'une souveraine importance théorique et pratique.

et instable comme c<:le des opinions et des partis que le catholicisme doit poser son levier.

Pour réagir contre cette tendance, l'Eglise multiplie dans ses chaires, ou sous la plume de ses écrivains, les leçons de droit social chrétien. Elle encourage parmi les jeunes gens les cercles d'études où se façonnent les cœurs virils, et où se poursuit une saine et féconde éducation (les esprits. L'association de la jeunesse catholique, telle qu’établie en plusieurs contrées, est un fruit spontané de sa parole et une éclosion très heureuse de sa pensée. On y apprend à tout juger dans la lumière de la foi, à mettre Dieu audessus de l’homme, l’Église au-dessus de l'Etat, la conscience audessus de l'intérêt. On s'y convainc de la nécessité, pour tout catholique sincère, de se montrer ce qu'il est, non seulement au foyer et à l’Egiise, mais dans les relations publiques, dans la chaire, dans les prétoires, dans les parlements :.

Les évêques, dans des documents solennels, s'adressent tantôt aux législateurs, tantôt aux électeurs, et à tous ils proposent un même idéal et ils inculquent une même doctrine: le bien commun

et la religion avant tout. « Ce que vous devez avoir en vue dans les élections, écrivait l’un de nos archevêques ?, c’est le plus grand bien du pays. Or, le plus grand bien du pays, c’est le règne de Dieu par la foi et par les mœurs chrétiennes. La devise des peuples

1. C'est dire qu'un homme public de foi catholique doit toujours parler en catholique, c'est-à-dire conformément aux enseignements et aux directions de l'Eglise à laquelle il appartient par son baptème. Toutefois ces enseignements et ces directions n'exigent pas qu’on parle toujours et dans tous les milieux en invoquant son titre de catholique et en s'appuyant sur ia raison formelle de foi catholique. 11 peut être parfois préférable, en présence d'esprits prévenus et dans l'intérêt même de la cause catholique, d’alléguer des raisons prises de l’ordre naturel, de la loi morale, de l'équité, de la liberté commune, raisons plus efficaces, non pas certes en elles-mêmes, mais à cause des circonstances, et qui trouvent un accès plus facile dans un plus grand nombre d'esprits. Ce n'est pas là, en réalité, cacher le drapeau catholique, mais bien faire servir à son triomphe la nature et le bon sens.

2. S G. Mgr L.-N. Bégin, Lettre pastorale, 1er mars 1897. — Sur le devoir éiectoral, voir aussi les Questions actuelles, t. CVI, pp. 561 et suiv.

chrétiens, comme celle des individus, est dans cette parole du Sauveur : Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ?. C'est le premier mot de la sagesse chrétienne pour chacun de nous, et c’est aussi le premier mot de la sagesse politique. »

Envisagée de ce point de vue, l'intervention de l'Eglise dans les affaires politiques n’a rien que de raisonnable. 11 ne s'agit pas, pour cette puissance, d’envahir et de gouverner à son gré un royaume qui n’est pas le sien. Ce qu’elle veut, c'est de couvrir ses propres frontières ; et c’est en même temps de faire pénétrer dans le domaine des choses temporelles le rayonnement d'influence religieuse et la somme de rectitude morale dont aucune société humaine ne peut se passer.

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