Léon XIII, encycl. Graves de communi
2. “S'il en est qui sromettent au pauvre une vie exempte de souffrances et de peines, toute au r:;0s et à de perpétuelles jouissances, ceux-là certainement trompent le peuple et lui dressent des embûches, où se cachent pour l'avenir de plus terribles calamités que celles du présent” (Léon XIII, encycl. Rerum novarum).
3. “ Dans une société bien constituée, il doit se trouver une certaine abon-
L'Eglise se sent donc dans Île fait,
acent tout à la fois ses intérêts
rel. Ces dangers, les faits le dé-
ils se multiplient avec le progrès des
arts et avec la marche de la société. L'action populaire chrétienne
Dans cette œuvre de charité et de zèle, de graves périls sont à “éviter, et d'importantes règles de conduite sont à Suivre. Nul n’a signalé les écueils de l’action populaire en termes plus
précis et d’une façon plus opportune que le sagace Pie X dans sa lettre de condamnation du « Sillon». Le Pape y dénonce cette fausse démocratie, subversive de l’ordre social présent, et niveleuse des conditions et des distinctions humaines, dont s’éprennent tant <e jeunes cerveaux. Il rétablit les vraies notions de liberté, d’égalité, de fraternité. I] réprouve les censeurs d’un passé « où l'Eglise n'a jamais trahi le bonheur du peuple », et il condamne les prometteurs « d’une félicité idéale d’où la souffrance serait bannie »,
Déjà Sa Sainteté, rappelant et synthétisant les doctrines de Léon XIII, avait, en quelques phrases très nettement frappées, mis les esprits en garde contre toute méprise égalitaire. Ce texte : mérite d’être reproduit en sc. brièveté lumineuse :
La société humaine, telle que Dieu l’a établie, est composée d'éléments iné- ‘&aux, de même que sont inégaux les membres du corps humain; les rendre
a dance de biens extérieurs, dont l'usage, d'après saint Thomas, De reg. princ. I, ©. 15, est requis pour l'exercice de la vertu” (Léon XIII, ibid.).
1. Motu proprio du 18 déc. 1903, nn. I-IIT; — cf, l'encycl. Ad beatissimi de Benoît XV.
tous égaux est impossible et serait la destruction de la société elle-même.— L'égalité des divers membres de la société consiste uniquement en ce que tous les hommes tirent leur origine de Dieu leur Créateur, qu'ils ont été rachetés par Jésus-Christ, et qu'ils doivent, d’après la mesure exacte de leurs mérites et de leurs démérites, être jugés, récompensés ou punis par Dieu. — En conséquence, il est conforme à l’ordre établi par Dieu qu'il y ait dans la société humaine des princes et des sujets, des patrons et des prolétaires, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants, des nobles et des plébéiens, qui, tous unis par un lien d'amour, doivent s’aider réciproquement à atteindre leur fin dernière dans le ciel, et, sur la terre, leur bien-être matériel et moral’.
En vue de l'œuvre sociale que ces derniers mots désignent et à laquelle les catholiques sont spécialement conviés, des règles positives et nécessaires ont été tracées. Elles prescrivent trois choses essentielles : l'orientation religieuse de l’action populaire; l’indépendance politique de cette action; et une pleine et vertueuse obéissance à l'autorité ecclésiastique.
L'action populaire chrétienne comprend deux fonctions subordonnées l’une à l’autre. Il importe tout d’abord, et par-dessus tout, de moraliser et de christianiser les foules et, par là, de leur ouvrir et de leur aplanir les voies du ciel; il impo: * ensuite, et subsidiairement, d'assurer aux classes inférieures a-s ressources et des conditions de vie qui leur épargnent les affres de la misère et les horreurs du paupérisme. Ces deux fonctions se tiennent. Dicter aux travailleurs leurs devoirs religieux sans se préoccuper des peines qu’il souffrent et des travaux qui les absorbent, c'est compromettre l'influence de la foi sur eux et c’est réduire à des bornes trop étroites le domaine immense, indéfini, de la charité. S’intéresser d’autre part à leurs affaires temporelles et à l’aisance qu’ils convoitent sans élever leurs regards vers Dieu, c’est fausser en leurs esprits le concept de la vie, et c'est semer en leurs cœurs des désirs qu'aucun frein ne pourra suffisamment contenir.
1. Le terme de “ démocratie sociale” étant employé, surtout dans les pays de langue allemande, pour signifier le socialisme, et pouvant servir abusivement à accréditer une démocratie ennemie de toute classe et de toute inégalité sociale, les papes Léor XIII et Pie X (Encycl. Graves de communi et Motw proprio de 1903) ont cru devoir en proscrire l'usage. :
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La religion (nous le verrons mieux plus loin) est la grande et suprême ouvrière de J2 paix sociale ; et, comme l’a écrit un économiste renommc !, « les populations qui en respectent le mieux les commandements sont précisément celles qui jouissent, au plus haut degré, du bien-être, de la stabilité et de l'harmonie ». C’est ce qni faisait dire à l’éloquent M. de Mun ’: « La lutte sociale est la fatalité du monde; et seule l'Eglise est prête à y faire face. Seule elle parte dans son sein la foi qui relève et qui console, la foi qui éteint les désespoirs et qui fortifie les âmes. Seule elle apporte aux hommes dans la fraternité chrétienne le secret de la paix et le ferment des institutions communes. Seule elle garde les lois de la justice qui donnent aux grands la mesure de leur force, aux faibles la garantie de leurs droits. Seule elle possède les trésors de la charité qui subvient aux souffrances et prévient la misère. Seule ainsi elle peut inspirer la triple réforme d’où dépend le salut social: l'éducation qui forme les âmes, l'organisation qui rapproche les intérêts, la législation qui protège la faiblesse. »
Avec quelle clarté et quelle force les Papes ont confirmé ce noble langage! D'après Pie X°, «on ne bâtira pas la cité, autrement que Dieu ne l’a bâtie : on n'édifiera pas la société, si l'Eglise n’en jette les bases et ne dirige les travaux; non, la civilisation n'est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins. »
L'action populaire ne peut donc être vraiment utile que si elle s'inspire des priicipes de la foi et des plus fermes traditions religieuses. Et elle ne peut, ajouterons-nous, garder son emprise sur les âmes que si elle se tient en dehors des luttes de parti qui les divisent et au-dessus des ambitions politiques qui se disputent le pouvoir. C’est ce que le Saint-Siège demande formellement : « La
+ F. Le Play, L'organisation du travail, p. 16. 2. Discours: t. I,Questions Sociales, pp. 463-64 (3e éd.). 3. Lettre à l'Episcopat français sur le Sillon, 25 août 1910.
démocratie chrétienne ne doit jamais s’immiscer dans la politique, elle ne doit servir ni à des partis ni à des desseins politiques ; là n'est pas son domaine :. »
Autre chose est la question politique, autre chose la question: sociale. Et si, d’un côté, le bien social forme l’objet et comme la raison d’être du pouvoir politique, de l’autre, cet objet ne doit pas être confondu avec ce qui n’est qu’un moyen, et ni le seul, ni même le plus essentiel, de le poursuivre et de l'obtenir. C’est sans doute le devoir des catholiques de s'unir Pour arracher, lorsqu'il en est besoin et par des voies légitimes, l'autorité publique des mains qui la déshonorent et la prostituent au service: de l’iniquité ou encore pour la défendre contre les assauts d’un parti hostile aux intérêts religieux *. Toutefois, dans le choix des. hommes et des régimes politiques, il y a place, nous le savons, pour d’honnêtes divergences de vues; et l'Eglise, en parc:le matière, déclare laisser aux catholiques toute la latitude et toute la liberté conciliable avec les droits de Dieu et des âmes. D'autre part, elle prescrit, sur le terrain des œuvres et des réformes populaires, l’entente sincère des esprits et l’accord effectif des volontés ?.
C'est dire qu'à ses yeux, et d’après la nature même des choses, Yaction populaire chrétienne doit se placer et s'exercer en dehors. des rivalités politiques. Cette action s'adresse à tous; elle vise l'avantage de tous: elle s'efforce à grouper en des efforts communs, et à gratifier d'œuvres et d'améliorations communes, des
1. Motu proprio de Pie X (18 déc. 1903), n. XIII. — Léon XIII avait déjà dit (encycl. Graves de communi) : “Les actes et les démarches des catholiques dévoués à la cause des prolétaires, ne doivent nullement avoir pour but de faire servir ce travail social au triomphe d'un régime politique préféré. ”
2. Cf. Arth. Verhaegen, Vingt-cing années d'action sociale, p. 280.
3. “ Pour que l’action sociale se maintienne et prospère avec la nécessaire cohésion des œuvres diverses qui la composent, il importe par-dessus tout que let catholiques observent entre eux une concorde exemplaire; et, par ailleurs, on ne l'obtiendra jamais s'il n’y a en tous unité de vues” (Pie X, encycl. sur Action catholique, 11 juir 1905).
hommes que l’origine, le rang, les opinions, tiennent peut-être, par ailleurs, éloignés les uns des autres et en mutuelle défiance. La discorde politique ferait éclater les cadres.
Au reste, il n’est point passible que ce mouvement social produise tous ses fruits, s’il n’obéit à une direction sage, consciente du but où il faut tendre, et soucieuse de l’atteindre par des méthodes fécondes et Par un concours de forces étroitement unies. Nous sommes ici en une sphère où le spirituel se mêle intimement au temporel. Semblable direction ne relève, pour les catholiques, que du pouvoir religieux. Les Papes insistent sur cette règle d’action qu’ils regardent comme fondamentale. « Quelles que soient, dit Léon XIII, les initiatives conçues et réalisées, dans cet ordre de choses, par des hommes d'œuvres soit isolés soit associés, qu’ils n’oublient pas la soumission profonde due à l'autorité des évêques. Qu'ils ne se laissent pas tromper par l’ardeur d’un zèle excessif. Le zèle qui pousse à se départir de l’obéissance due aux Pasteurs n’est ni pur, ni sérieusement utile, ni agréable à Dieu. Ce
que Dieu aime, c'est le bon esprit de ceux qui, sacrifiant leurs idées person: :les, écoutent les ordres des chefs de l'Eglise ? comme émanant de Dieu lui-même. » ;
Cette docilité à l'égard des chefs, et, en général, le fruit des œuvres, la vertu et l'efficacité le l’action sociale catholique, ne
1. Encycl. Graves de communi. -— Pie X dit à son tour (Motu proprio cit. n. XIV): “Dans l’accomplissement de son rôle, la démocratie chrétienne à l'obligation très stricte de dépendre de l'autorité ecclésiastique en » ontrant envers les évêques et leurs représentants une entière soumission et obéissance ; ce n’est ni un zèle méritoire ni une piété sincère qu’entreprendre des choses même belles et bonnes en soi quand elics 3° sont pas approuvées par le propre Pasteur.”
2. La situation sociale n'est pas la même partout, et les directions de l'autorité religieuse peuvent, selon les pays, varier de formes et de modes. Pour ce qui est en particulier de l'Italie, voir une circulaire de S. E. le card. Merry del Val du 28 juillet 1904 (Questions actuelles, t. LXXV, pp. 167-170), et aussi une lettre récente de S. E. le card. Gasparri, réorganisant, d'après la pensée souveraine de Benoît XV, les unions catholiques italiennes sur la double base de l'autonomie et de l’unité fédérative.
peuvent jaillir pleinement que des sources mêmes de 1a vie spirituelle et surnaturelle.
Pie X le rappelle à tous ceux que tente cette carrière glorieuse, et il leur trace en -<lques mots le premier et le plus important de tous leurs devoirs: . action catholique, se proposant de restaurer toutes choses dan: le Christ, constitue un véritable apostolat à l'honneur et la gloire du Christ lui-même. Pour bien l’accomplir, il nous faut la grâce divine, et l’apôtre ne la reçoit point s’il n’est uni au Christ. C’est seulement quand nous aurons formé Jésus- Christ en nous, que nus pourrons plus facilement le rendre aux familles, à la société. Tous ceux donc qui sont appelés à diriger ou qui se consacrent à promouvoir le mouvement catholique, doivent être des catholiques à toute épreuve, convaincus de leur foi, solidement instruits des choses de la religion, sincèrement soumis à l'Église et en particulier à cette suprême Chaire apostolique et au Vicaire de Jésus-Christ sur la terre; ils doivent être des hommes d'une piété véritable, de mâles vertus, de mœurs pures et d’une vie tellement sans tache qu’ils servent à tous d'exemple efficace :. »
C'est par là que les ouvriers de l’action populaire chrétienne s'élèveront à la hauteur de toutes les tâches et au niveau de tous les besoins.
t. Encycl. aux évêques d'Italie sur l'Action catholique.