‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 142 sur 260 · LE RELÈVEMENT DE LA PERSONNE HUMAINE · texte numérisé non relu

LE RELÈVEMENT DE LA PERSONNE HUMAINE

L'action populaire chrétienne remonte, nous l'avons dit, au berceau même du christianisme. Et, dès l'aurore des temps apostoliques, nous voyons l’Église s'appliquer avec un rare courage et une égale prudence à sonder et à guérir l’une des plaies les plus hideuses des sociétés anciennes : l'esclavage.

Personne n'ignore l’abjecte et abominable condition où étaient réduits la plupart des esclaves païens *. Traînés sur les marchés et vendus à vil prix, traités comme des bêtes de somme, entassés la nuit dans d’ignobles ergastules, et ployant tout Je jour sous le poids d’accablants travaux, ils semblaient n'avoir à peu près rien d’humain. La personne et ses droits disparaissaient en eux. Ce n’était qu’une chose, dont le maître pouvait disposer à son gré, et sur laquelle il exerçait, selon l'impulsion du caprice ou les dictées de l'intérêt, une autorité implacable et souveraine.

La loi civile et l'usage reconnu de presque tous les pays consacraient cette monstruosité sociale 2.

1. On distingue très justement deux formes bien caractérisées d'esclavage : l'une, la plus absolue et la plus brutale, qui anéantit la personnalité de l'homme au profit d’un maître; l’autre, qui reconnait à l'esclave certains droits inaliénables, mais le tient Pour toujours privé d'une grande partie de sa liberté.

2. Troplong, De l'influence du Christianisme sur le Droit civil des Romains, Ile P., ch. II (pp. 147-150).

Faisons exception pour les Juifs, chez qui la loi de Moyse, sans supprimer toute la dureté des mœurs et des pratiques générales, y apportait de notables tempéraments. « L'esclavage, écrit Paul Allard ?, existait chez ce peuple, comme chez les patriarches, ses ancêtres, mais adouci, tempéré, et fort différent de ce qu'il était dans les autres nations antiques. Un juif ne pouvait être l’esclave d’un autre juif que pendant sept ans; et même alors il était défendu de le ter.ir en servitude comme un esclave: on devait le considérer comme un mercenaire et un colon. Les sept ans écoulés, il devait être rendu à la liberté, à moins que, en la refusant, il se condamnât volontairement à une servitude perpétuelle. L'esclave étranger pouvait être conservé même au delà de ce terme, mais une loi protectrice veillait sur sa personne. Le maitre qui l’eût tué aurait été puni de mort; une blessure, même légère, reçue de son maïtre, le rendait libre. Il pouvait se marier, fonder une famille, et personne n'avait le droit de la détruire en séparant le mari de sa femme, le père et la mère de leurs enfants ®. »

C'était comme le prélude de la grande œuvre émancipatrice que le Libérateur des hommes allait entreprendre, et que l'Eglise, héritière de son esprit et dépositaire de sa doctrine, ne devait cesser de poursuivre en dépit de tous les obstacles. Au christianisme revient l’honneur d’avoir porté à l'esclavage le coup de grâce. On lui a contesté ce mérite‘. L'histoire impartiale démontre que c'est bien l’une de ses gloires, et qu'aucune œuvre ne porte plus visiblement la marque de l’infi nce chrétienne et ne découle plus logiquement des enseignements chrétiens 5.

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