Cavagnis, ouv. et vol. cit. (3e éd.), p
la laisser se trainer comme une vassale aux pieds des trônes, l'élève bien au-dessus de tous les pouvoirs humains? Par les principes d’où il est sorti, le placet civil s’attaque donc à la constitution intime de l'organisme religieux créé par Notre-Seigneur et dont seul le vouloir divin pourrait, s’il y avait lieu, modifier l'essence '.
C'est un conflit radical, et qui par ses visées et ses répercussions atteint tous les pouvoirs fondamentaux de l’Eglire ?, son pouvoir doctrinal, son pouvoir législatif, son pouvoir exécutif.
L'Eglise, dans ce système, peut encore enseigner, mais son enseignement n'a d'autre portée que celle que l'Etat lui accorde. Sa lumière est interceptée: et elle n'arrive aux esprits que dégradée par l'intérêt et tamisée, en quelque sorte, par les couleurs trompeuses et changeantes de la politique *!
On ne nie pas à la société religieuse son droit essentiel de faire des lois; mais ce droit, on le circonscrit et on le mutile: et on le livre à l'arbitraire d’un pouvoir étranger, lequel le paralyse dans ses actes et le neutralise dans son objet. Qu'est-ce en effet qu’un droit de légiférer auquel nianque la faculté de promulguer les lois conçues, d’en choisir même à son gré la matière, et devant lequel le moindre tyranneau, par ambition ou par caprice, peut dresser d’infranchissables barrières ?
Il en est de même du pouvoir exécutif que le placet soumet, au moins dans ses fonctions principales, au bon plaisir des chefs de l'Etat. Ceux-ci peuvent être des incroyants, des indifférents, voire d’actifs ennemis de la religion chrétienne. Et l'Eglise devrait,
1. Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, 3e leçon.