Liberatore, ouv, cit., p
2. Duballet, l'Eglise et l'Etat, t. I, pp. 107-110; The Catholic Encyclopedia, vol. IX, p. 360; vol. XII P. 333.
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L'Etat est gardien des droits : ; et à ce titre, nous en convenons, c’est très justement qu'il assume, dans la sphère qui lui est dévolue, un rôie d'inspection suprême et de contrôle souverain. Cette fonction, toutefois, a ses limites ; et elle ne va pas jusqu’à étouffer et jusqu’à annihiler la vie propre et le mouvement autonome des êtes et des organismes qui peuplent légitimement le corps social. Ce n’est pas des mains de l'Etat qu’un grand nombre d’associations tiennent leurs droits; et ce n’est pas, non plus, de son pouvoir que dépend la validité absolue de leurs actes. L'Etat protège ces droits; il reconnaît ces actes: il n'intervient, au rebours de la liberté des personnes et des sociétés placées sous sa garde, que dans les cas de nuisance publique et de réelle injustice. Alors même que, selon la tendance trop répandue de nos jours, on ne voudrait voir dans l'Eglise qu’une association de droit commun, ce titre même de société libre devrait la soustraire aux mesures préventives et vexatrices du placet ?.
Mais il y a mieux. L'Eglise domine les associations d’ordre naturel de toute la hauteur de son origine céleste et de ses sublimes destinées. Non seulement ell: se distingue nettement de l'Etat, mais elle l'emporte essentiellement sur lui. Elle forme un monde à part, régi par des lois spéciales, sous l'empire d’une autorité indépendante et universelle. Elle ne saurait sans déchoir de ce que Dieu l’a faite, et de ce que Dieu veut qu’elle demeure, tomber sous le droit commun d'inspection et de contrôle attribuable au pouvoir
Des alarmistes plus ou moins sincères redoutent des abus de la part de l’Eglise, et ils affirment que ce danger dont leur zèle s’inquiète suffit pour justifier, dans l'exercice de la juridiction religieuse, l'autorisation préalabic exigée par l'Etat.
« Si cette raison, remarque très sensément Liberatore #, a quelque valeur, l’Église devrait, elle aussi, revendiquer le droit de
1. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, 2e leçon. 2. Cavagnis, ouv. cit., vol, II (3e éd.), p. 148 3. Ouv. cit., pp. 362-363.
revoir et d'approuver les lois civiles avant leur promulgation; car le gouvernement peut bien aussi abuser de son pouvoir temporel contre l'Eglise. Et ainsi au placet royal exercé par le garde des sceaux, on devrait opposer le placet ecclésiastique exercé par les nonces. Même ce placet ecclésiastique aurait beaucoup plus de raison d’être, et cela pour deux causes : d’abord, parce que l’abus se rencontre plus facilement dans l'Etat, qui a en main la force matérielle, que dans l'Eglise, qui n’a que la force morale; ensuite, parce qu’il importe bien plus que les lois civiles ne violent pas les lois ecclésiastiques qu’il importe que celles-ci ne violent celles-là, l'âme étant supérieure au corps et la vie éternelle à la vie temporelle. »
D'ailleurs, s’il peut arriver que la puissance ecclésiastique tombe quelquefois en faute, il n’y a assurément pas, en ces possibles et rares abus, de quoi nécessiter les précautions et les mesures dont certains gouvernements s’arment contre l'Eglise.
En principe et en fait, nulle société au monde n'offre autant de garanties d'ordre et de probité, de doctrine saine et de morale purifiante, que l’Eglise catholique fondée par le Fils de Dieu, gouvernée par son vicaire, animée de son esprit, éclairée par sa parole, alimentée par sa grâce. Ni les individus ni les peuples, ni les familles dirigeantes, ni les classes inférieures, n’ont sujet d’appréhender son influence. Elle prêche l’obéissance aux lois, la soumission aux pouvoirs établis, le respect du droit, le culte de la justice, la pratique de la charité, l'amour de la paix. Elle est le plus solide rempart des empires et des cités.
Par la main de ministres indignes, ce rempart humano-divin peut subir certains assauts. On a vu des ecclésiastiques sacrifier aux humaines convoitises, des pasteurs et des prélats franchir inconsidérément les bornes de leur pouvoir. Ce n'est pas, toutefois, de juges profanes et d’autorités séculières que ces infidélités relèvent.
L'Etat n'a pas qualité pour réformer l'Eglise,
L'Eglise se réforme elle-même.
Des remarques respectueuses peuvent lui être adressées’, Elle possède d’incontestables lumières pour comprendre le bien fondé des griefs, et elle dispose d’incomparables ressources pour panser les plaies de ses membres et pour réparer les erreurs de fait qui échappent à leur faiblesse et qui compromettent son action.