Boniface VIII, Bulle Unam sanctant
3. C'st ce que faisait ressortir avec éloquence Montalembert dans son discours sur la liberté de l'Eglise (16 avril 1844) : “Je dois, s’écriait l'orateur, comme citoyen et comme catholique, faire entendre une protestation solennelle contre l’odieuse juridiction du conseil d'Etat en matière religieuse. De tous les legs du despotisme, assurément c'est là, sinon le plus cruel, du moins le
Mais, insistent nos adversaires, l'Etat n’a-t-il pas le droit, n'a-t-il pas l'obligation de sauvegarder contre tout abus, soit ecclésiastique, soit laïque, les libertés et les franchises religieuses et nationales ?
C'est, on l’a compris, des franchises gallicanes qu'il s'agit dans cette objection; et nos lecteurs savent ce que nous pensons du gallicanisme en général et des efforts tentés, même par d'illustres prélats, pour le défendre et l’innocenter ‘, En saine théologie, il n'y a pas, il ne peut y avoir d’Eglises nationales proprement dites ; ce que nous voyons partout, et ce que partout nous devons reconnaître, c'est une seule et même Eglise divinement établie et répandue chez diverses nations. Aussi est-il impossible que cette Eglise, selon les formes du droit et sans l'agrément de son Chef, jouisse en certains pays, vis-à-vis de la Cour romaine, d’immunités et de franchises qu’elle ne possède pas ailleurs. L'unité de son gouvernement et l’immuabilité de sa constitution s'y opposent.
Pendant longtemps, en France, on s'est prévalu et on s'est autorisé, pour justifier l’ingérence laïque en matière ecclésiastique, de prétendues libertés spéciales, et c'est plutôt, selon une très juste remarque, servitudes qu’il faut dire. Une Eglise qui s'éloigne des bras maternels où Dieu l’a fait naître et où le Christ l’a nourrie, pour s’abandonner aux mains ambitieuses de l’omnipotence civile, ne gagne rien en vraies franchises. Et ce n’est point, de la
plus absurde et le plus révoltant. . + Mais qu'on n'aille pas croire que ces arrêts exercent la moindre répression morale... Pour exercer cette répression, il faut deux choses au pouvoir qui se l’arroge: l'autorité morale et la compétence. Or, ces deux choses manquent également au conseil d'Etat en matière ecclésiastique. Comment un pontife catholique reconnaïîtrait-il sur des faits de conscience et de discipline, d'administration de sacrements, l'autorité d'un conseil qui peut être composé d’hommes sans religion? Et conçoit-on quelque chose de plus absurde que la compétence de protestants, de juifs, de catholiques laïques, qui seraient à coup sûr fort embarrassés si on les invitait à réciter les commandements de Dieu et de l'Eglise, et qui prononcent sur le refus des sacrements dont ils n’usent peut-être jamais? La conscience est hors de l'atteinte des légistes. ”
1. Voir Droit publ. de l'Eglise. Principes généraux, leçons 1ère et 8e.
part du Saint-Siège ni de celle des Evèques en communion avec lui, un abus de pouvoir que de protester et de réagir contre cette situation anormale.
Là même où existent certains usages locaux tolérés ou approuvés par le pouvoir suprême de l'Eglise, nous n’admettons pas que l'Etat puisse en prendre occasion Pour usurper sur le gouvernement ecclésiastique. Les concessions faites par l'Eglise dépendent exclusivement d'elle. L'Etat peut représenter ce qu’il lui semble convenable d'y ajouter ou d'y changer : il n’a le droit ni de les modifier lui-même, ni d'empêcher que l'autorité religieuse les limite ou les supprime !!
Enfin, que dire de cette dernière classe d'abus alléguée par les régalistes? D'après les articles organiques, l'appel au pouvoir civil serait légitime « en toute entreprise tendant à compromettre l'honneur des citoyens, à troubler leur conscience, ou pouvant dégénérer contre eux en oppression, injure ou scandale public ».
Voilà, certes, qui est bien vague, et qui ouvre à l’intrusion laïque dans le domaine ecclésiastique une porte bien large! On ne pouvait plus perfidement livrer le magistère et le ministère des prêtres à la merci des pouvoirs publics.
Quoi donc! Y aurait-il abus à dénoncer du haut de la chaire, comme le firent tant de saints pasteurs, un désordre qui affige toutes les âmes honnêtes, et qu’on ne peut flétrir sans atteindre par ricochet ceux qui en sont les auteurs, les fauteurs ou les complices? Serait-ce un excès de pouvoir que d'annoncer avec force, à l'exemple de tant d’orateurs sacrés, les grandes vérités du salut, la mort, le jugement, l'enfer, toutes choses dont l'effet naturel et le résultat voulu est de porter le trouble dans les consciences coupables et d'y faire germer de salutaires remords? Serait-ce encore un acte abusif que d'appliquer aux fidèles, sans acception de personnes, dans la dispensation des biens spirituels, la lettre et l'esprit des lois canoniques et des règles liturgiques ?
1. Nous traitons ici la question en dehors des exigences imposées par les concorda:s,
Et pourtant le texte régalien présente une telle ampleur qu’il permettrait, en tous ces cas, à l'Etat oppresseur de contrôler et d’entraver le ministère apostolique. Cette conséquence, désastreuse pour la religion et pour les âmes, condamne suffisamment l'appel Comme d'abus et dans ses effets et dans son principe.
Rien n’est légitime, à l'égard de l’Eglise, de ce qui contredit la mission de l’Eglise et les intentions de son Fondateur.