Lettre aux Evêques d'Espagne, 8 déc
2. Encycl. E supremi apostolatus cathedra, 4 oct. 1903. — Dans sa première encyclique citée plus haut, Benoit XV veut qu'on s'applique à restaurer le règne de la charité parmi les hommes. “ Ce sera, dit-il, Notre objectif et comme l'entreprise spéciale de Notre Pontificat.” Plus loin, le Saint-Père écrit: “ Que nul particulier, par la publication de livres ou de journaux, ou par des dis- Cours publics, ne s'érige en maître dans l'Eglise... A l'égard des questions où, sans détriment de la foi ni de la discipline, on peut discuter le pour et le contre, parce que le Saint-Siège n’a encore rien décidé, il n’est interdit à personne d'émettre son opinion et de la défendre; mais que dans ces discussions on s’abstienne de tout excès de langage, qui pourrait offenser gravement la charité; que chacun soutienne son avis librement, mais qu'il le fasse avec modération, et ne croie pas pouvoir décerner aux tenants d’une opinion contraire, rien que pour ce motif, le reproche de foi suspecte ou de manquement à la discipline. ”
3. Bien conformes à ces textes sont les paroles suivantes de Mgr l'Archevêque de Québec, lequel, après avoir tracé le Programme de la presse religieuse dans son diocèse, ajoute: “ Cette action si générale et si bienfaisante de la presse catholique, nous voulons qu’elle soit vraiment fondée sur la charité, et qu’elle puiss- éclairer les hommes sans les irriter ou les blesser. Pro- Pageons et enseign: : intégralement la vérité catholique, mais soyons toujours respectueux des personnes que nous voulons plutôt unir que diviser. ” (Lettre pastorale de Mer L.-N. Bégin sur l'Action sociale catholique et en particulier sur l'Œuvre de la Presse catholique, 31 mars 1907).
fendre de mots vifs et sévères, il ne faut jamais, dans la discussion, perdre de vue la recommandation des Papes, ni les règles particulières tracées par l'autorité religieuse locale. Ces règles, d’après les Pères du cinquième concile de Québec !, se résument ainsi :
1° Traiter toujours ses adversaires avec charité, modération et respect, car le zèle pour la vérité ne Saurait excuser aucun excès de langage ? ; 2° juger ses adversaires avec impartialité et justice, comme on voudrait être jugé soimême; 3° ne point se hâter de condamner avant d'avoir bien examiné toutes choses ; 4° prendre en bonne part ce qui est ambigu; 5° éviter les railleries, les sarcasmes, les suppositions injurieuses à la réputation, les accusations mal fondées, l'imputation d’intentions que Dieu seul connaît.
Cs préceptes, basés sur la morale naturelle et sur la loi chrétienne, font évidemment partie de l’enseignement catholique; et ce serait mépriser l’autorité religieuse d’où ils émanent que de les dédaigner et d’y faire brèche.
La presse religieuse, consciente de ses devoirs et de ses responsabilités, se montre digne, par son attitude, des espérances que l’on place en elle. Elle s'efforce de ne donner prise ni aux justes récriminations de l'opinion, ni aux légitimes défiances des pouvoirs publics; et elle mérite par là qu’on revendique pour elle cette pleine liberté du bien réclamée par Léon XIII pour l'Eglise, lorsqu'il dit *: « Ceux qui président aux destinées des nations ne sauraient rien faire de plus sage ni de plus opportun que de laisser la religion, libre de tout obstacle, exercer son influence sur l'esprit des peuples et les ramener par ses préceptes à la vertu et à l’intégrité des mœurs. »
Avec combien de raison Pie X dénonçait naguère “ la partialité
1. Lettre pastorale du 22 sept. 1875 (Mandements des Ev. de Québec, vol. V). à
2. Voir, à ce sujet, le Bref de Pie IX à Louis Veuillot, du 16 mai 1872; le Pape, malgré sa haute estime pour le grand écrivain, n'hésite pas à lui reprocher certaines intempérances de plume.
3 Encycl. Quod multum, 22 août 1886.
4. Allocution du 3 avril 1913 sur la Liberté et l'indépendance de l'Eglise.
odieuse de certains Etats vis-à-vis de la presse : « liberté au journalisme le plus effréné de suggérer, en dépit des lois, d’autres formes de gouvernement, d’exciter le peuple à la sédition, de fomenter des haines et des inimitiés, de mettre obstacle par des grèves au bien-être des ouvriers et à la tranquillité des citoyens, d'outrager les choses les plus sacrées et les personnes les plus vénérables, mais non pas liberté pour le journalisme catholique, qui, défendant les droits de l'Eglise et luttant pour les principes de la. vérité et de la justice, doit être surveillé, rappelé à l'ordre et désigné à l'hostilité de tous comme adversaire des libres institutions. et ennemi de la patrie! »
Nous croyons en la mission de la presse religieuse telle que: voulue par le Pape et les Evêques. Et nous estimons que le pouvoir civil fait œuvre de saine politique, non seulement en ne lui créant aucun obstacle, mais en s'inspirant noblement des notions. de foi et des principes de justice et de: moralité qu’elle répand.