‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 260 · Lettre aux Evêques ie la Province de Venise(8 fév · texte numérisé non relu

Lettre aux Evêques ie la Province de Venise(8 fév

2. Léon XIII (ibid.) dénonce en termes énergiques les réels instigateurs du mariage civil : “Ce n'est pas un mystère, dit-il, mais un fait notoire, que la secte maçonnique médite depuis longtemps contre l'Eglise cette nouvelle honte que ses adeptes travaillent à lui infliger. Les desseins de cette secte maudite sont toujours et partout les mêmes, c'est-à-dire directement hostiles à Dieu et à l'Eglise. ”

sous un rempart de foi, d'autorité et de grâce, sont dédaignées et sacrifiées.

Le mariage, où le maire en écharpe remplace le curé en étole, ramène la société aux pires traditions païennes; et l'Etat qui le propose et l’impose, en ruinant les fondements religieux de la famille, trahit indignement sa mission. « Si la loi, dit un auteur !, est impuissante à s'élever au-dessus des moralités sèches et matérielles d’un code et de ses sanctions judiciaires, il en résulte pour elle avec d'autant plus de force le devoir d'assurer aux hommes le bénéfice des moralités plus élevées qui peuvent provenir d’autres sources. La religion, plus spécialement la religion chrétienne, qui est à peu près seule en cause dans notre monde civilisé, est incontestablement la plus pure et la plus féconde de ces sources: c’est à l'Evangile, à la doctrine de saint Paul, au mariage chrétien que nous devons la régénération de la famille; c’est un fait d'histoire qu’on ne peut oublier. Or, quand la loi se trsuve à la fois, et dans l'impossibilité manifeste de procurer par el. même un bien indispensable comme le relèvement moral du mariage, et dans la possibilité de faire produire ce même bien par une autre force assurée comme la religion chrétienne, elle doit avoir la sagesse d’abord de ne point chercher à faire ce dont elle est incapable, ensuite de ménager au mieux des intérêts de la société l’action de la puissance auxiliaire qu’elle a le bonheur de trouver à ses côtés. L'institution du mariage civil va directement contre ce double devoir. »

Pas n’est besoin de réflexions profondes, ni de longues et subtiles observations, pour se persuader des résultats néfastes que le mariage ainsi institué, surtout le mariage civii obligatoire, traîne à sa suite.

Les premières impressions faites sur l'esprit du peuple sont d'ordinaire les plus durables. Le mariage, vidé par la loi civile de son sens religieux, ne le reprend que malaisément dans la pensée de la foule. Celle-ci s'habitue vite à réputer juste et irrépro-

1. René Lemaire, Mariage civil et divorce (4e éd.), pp. 17-18.

chable tout ce qui est légal. La légalité du mariage civil tend donc comme fatalement à introduire dans l'opinion et la conscience publique l’idée que là s'arrêtent les exigences de la morale, et qu’un article du code vaut, pour l'honneur des âmes et l'avenir des familles, tout autant qu’une page de rituel :.

C'est avilir la notion du mariage religieux. C'est en même temps ouvrir devant toutes les tiédeurs et toutes les faiblesses, une voie scabreuse et semée d'écueils. Léon XIII, dès son accession au trône pontifical, l’observait avec tristesse ?: « En conséquence des lois impies faites pour rabaisser la sainteté du mariage au niveau des contrats purement civils, on a vu des citoyens profaner par le concubinage légal la couche nuptiale; des époux ont négligé les devoirs de la foi qu’ils s'étaient promise; des enfants ont refusé à leurs parents l'obéissance et le respect qu'ils leur devaient; les liens de la charité domestique se sont relâchés ; et, ce qui est d’un bien triste et bien scandaleux exemple, à un amour insensé ont très souvent succédé des séparations funestes, »

Sans doute, il est possible, — et le fait se constate chaque jour, — que deux fiancés chrétiens, après avoir rempli devant un magistrat les formalités prescrites par la loi, aillent ensuite au pied des autels échanger et sanctifier leurs serments. La célébration religieuse est devancée; elle n’est pas nécessairement supprimée.

C’est vrai, et nous en convenons volontiers.— Pour ceux, toutefois, qui ne conçoivent le mariage que d’une façon sommaire et simplette, et aux yeux de qui l'engagement légal semble réaliser toutes les conditions voulues, le mariage religieux, s’il n’est pas supprimé en droit, le sera en fait. Pour d’autres, le contrat civil,

1. De plus, “le mariage civil accrédite cette capitale erreur qu'il peut y avoir Séparation absolue entre la société religieuse et la société civile, que le chrétien et le citoyen sont deux hommes distincts et étrangers l’un à l'autre, que le mariage est double, mi-partie sacré, mi-partie profane ” (Allègre, Le Code civil comm., t. I, P. 171).

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