‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 260 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

Au nombre des plaies les plus vives qui rongent le corps social, nous n’hésitons pas à placer la rupture civile du lien créé par Dieu, et restauré par la loi chrétienne, entre les époux.

Ce n’est pas là, on le sait, un phénomène isolé; et les causes, d'où procède ce mal sans cesse grandissant accusent à nos yeux un double désordre: désordre de l'individu dont l'égoisme jouisseur repousse tout joug domestique et toute contrainte morale ; désordre de la société qui a rompu avec Dieu, et où, par une influence logique et fatale, ce divorce officiel de l'Etat suggère et entraîne la dissolution de la famille et la séparation des conjoints qui l'ont fondée.

Les mœurs influent sans doute sur Lk.; vis ; mais les lois, d’autre part, ne sont pas sans exercer une influence considérable sur l’état des mœurs. Et lorsque, dans un pays, les chefs politiques professent ouvertement l'irréligion; lorsque, soit dans leurs actes, soit dans leurs discours, il font litière des principes les plus essentiels du droit divn et de la morale même naturelle ; lorsqu'ils lâchent la bride aux passions populaires et qu’ils couvrent de l’impunité les spectacles grossiers dont elles se nourrissent et les publications malsaines qui les exaltent, le mépris du lien des cœurs et de l’honneur des foyers n'apparaît plus que comme l’aboutissement naturel d’un vice organique profond et d’une immense morbidité sociale.

Assurément, le mariage civil constitue un puissant facteur dans la propagation, et l’acclimatation en terre christianisée, du divorce. C'est là, très souvent, la voie facile et, pour ainsi dire, la porte entr'ouverte par où ce fléau des peuples fait irruption dans les familles. Mais, nous l'avons vu, pareil simulacre d'union domestique n’a pu lui-même se substituer au mariage véritable que par l’altération progressive de l'idée chrétienne et par l’oblitération malheureuse du sens chrétien. Le divorce, comme le mariage civil, et comme l’athéisme légal de certaines nations modernes, nous reporte aux temps les plus tristes de la corruption antique et de la décadence païenne,

Chez tous les peuples de l'antiquité se retrouvent des traces du divorce.

Par suite du premier péché et de l’originelle défaillance, la pureté native du märiage était allée s’effaçant dans les esprits et dans les mœurs. Chez les Hébreux toutefois, où Moïse avait cru devoir tenir compte de l’endurcissement des cœurs, la loi, tout en sanctionnant (c’est l'opinion la plus probable ?) la rupture effective du lien nuptial, retenait le divorce en des limites restreintes et parfaitement circonscrites. Même dans la vieille Rome, renommée pour ses vertus civiques, l’austère et haute notion d’une union conjugale stable dominait la fou, sant des clauses juridiques ?.

l'énervement des âmes et ja re éclater chez les Romains, victi ès, contacts étrangers, la passion coupable du divorce.

«Le divorce, dit Troplong#, a été un grand sujet de combat entre le droit civil de Rome et le christianisme, Nulle part la philosophie chrétienne n’a rencontré autant de résistances et de difficultés. » La lutte en effet fut longue, et ce n’est pas ici le lieu d’en

1. Voir nos Commentaria in Sum. theol. D. Thome. De Sacramentis (2a pars), Disp. VII, Q. II, art. 2.

2. Cf. Mangano, Matrimonio e dir:nvsio (Siena, 1902), PP. 7-10.

3. De l'influence du Christianisme sur le droit civil des Romains, D. 205.

rappeler les étapes, ni d'en retracer les péripéties. Peu à peu, et malgré l'obstacle persistant d’habitudes invétérées, l’idée de la permanence du lien conjugal se fit jour et pénétra dans les lois; les causes du divorce furent réduites, puis finalement, sous Léon le Sage, cette pratique regrettable et antisociale fut elle-même réprouvée et abolie *.

Déjà, un siècle : paravant, les capitulaires de Pepin, et surtout ceux de Charlemagne, avaient imposé au droit germanique le respect et l’officielle reconnaissance de la valeur propre et de la durée constante et inviolable du contrat matrimonial *.

C'était le triomphe du christianisme sur l’idée païenne et erronée du mariage, et sur les lois qui consacraient cette erreur malsaine et ce concept subversif. L'Eglise n'avait cessé d'affirmer et de répandre sa doctrine; mais, pour que cette semence portât tous ses fruits, il avait fallu que, pendant plusieurs siècles, la main des Papes et les Evêques creusât et retournât avec une patience calme et tenace le même t'illon.

La cause était gagnée; et on voyait maintenant les legislations civiles relatives au mariage accepter et s’incorporer toutes les prescriptions du droit chrétien. Il en fut ains: jusqu’au seizième siècle ; et encore que, sur le terrain des faits, l'Eglise plus d’une fois dût s'opposer énergiquement aux exigences des princes, les principes dont elle avait la garde, semblaient, en théorie du moins, universellement admis.

«La loi du divorce, remarque M" Giobbio ?, réapparut en Europe avec l’hérésie. Les peuples qui abdiquèrent la foi religieuse des ancêtres, et se séparèrent de l'Eglise catholique, en sentirent immédiatement le besoin. Du même coup furent déchirées la société théocratique et la société domestique. Voilà pourquoi le divorce se rencontre chez toutes les nations protestantes. Et si, on le vit, par la suite, s’introduire également dans la législation de

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