‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 94 sur 260 · L'Egise et l'Etat, pp. 419-420 (Paris · texte numérisé non relu

L'Egise et l'Etat, pp. 419-420 (Paris

3. “ Eusèbe raconte, dans sa vie de Constantin, que le premier empereur chrétien voulut qu’un jour fût consacré à la prière et qu’il choisit le dimanche. Il invita non seulement par son exemple, mais encore par d’autres moyens, tout le monde à faire de même. Ce jour-là, tous les soldats chrétiens avaient la liberté d'obéir au précepte de l'Eglise, et les autres se réunissaient en un lieu désigné pour adresser à Dieu une prière que l’empereur lui-même avait composée” (Villien, ouv. cit., p. 28).

occupés de faire respecter le repos des dimanches et des fêtes. Sous l’ancienne monarchie, de nombreux décrets et ordonnances, fondés sur le sentiment religieux et la prédominance du culte catholique, avaient consacré le principe de l'intervention de l'Etat. Le repos des dimanches et des fêtes avait été prescrit par Childebert en 552, Pépin en 744, Charlemagne en 789 et 808, François 1er en 1520, Charles IX en 1560, Henri III en 1 579. Sous Louis XIV, une ordonnance de police, en date du 12 déc. 1644, interdisait tout travail et tout débit de marchandises les dimanches et jours de fêtes commandées par l'Eglise, à peine de cent livres parisis d'amende et de prison. Une ordonnance conçue dans le même sens avait été rendue par Louis XVI le 30 avril 17781,»

La Révolution vint, brisant à coups de hache l’œuvre bénie et la tradition vénérable des siècles chrétiens, et supprimant le chômage à base religieuse pour y substituer une réglementation toute profane ?.

Cette réglementation elle-même, subversive d’un long passé, n’a pu tenir debout. De nouvelles lois lui ont succédé. Mais en divers pays, par suite de la perturbation jetée dans les esprits, la notion du repos dominical jadis si claire et si généralement admise, semble aujourd’hui, non pas peut-être absolument perdue, mais du moins notablement oblitérée.

Ce repos cependant, même en dehors des motifs surnaturels et des préceptes canoniques qui le commandent, doit être regardé comme capital et nécessaire.

C’est une nécessité physique et une exigence morale.

Toute créature vivante est sujette ici-bas à la loi du repos. La plante se repose l'hiver, sous le vaste linceul de neige qui chaque année se déploie sur elle. L'animal se repose sous l’orme, le long des guérets fumants, et au sortir des lourds sillons que la charrue

1. D'Alès, Dictionnaire apologétique de la Foi catholique, fasc. IV, col. 1095; — cf, Villien, ouv. cit., pp. 40, 41, 60, 69. 2. D'Alès, Dict. cit., col. 1095-96.

a tracés. L'homme, en qui se résument toutes les activités créées et toutes les formes de la vie, ne saurait de son côté fournir une somme régulière d'application et de travail, à moins que, régulièrement, il ne répare et ne retrempe ses forces.

« La nécessité d’un repos périodique, observait un orateur français *, est universellement reconnue. On admet même que ce repos doit être hebdomadaire. Le décadi, cette invention révolutionnaire que la force seule put un instant soutenir et qui ne tarda pas à périr dans l’impuissance et le ridicule, le décadi n’est plus défendu Par personne. Une semaine de sept jours, un jour de repos par semaine, ces deux lois, en apparence arbitraires, mais que Dieu a déterminées dès le commencement des choses, et dont il a trouvé en quelque sorte l’exemplaire dans l'essence même de son œuvre créatrice, ces deux lois s'imposent, comme deux axiomes, par leur nécessité à la fois indémontrable et indiscutable »,

On veut bien, en général, le repos hebdomadaire : pourquoi n’agréerait-on pas le repos du dimanche ?

Le dimanche n'est-il pas le jour voué au chômage du corps par une pratique séculaire? Le seul souvenir des joies si pures et si longtemps goûtées, le dimanche, dans le calme du foyer, n’apportet-il point déjà au travailleur harassé un premier réconfort? Et n’est-ce point pour tout homme de cœur, et pour tout citoyen bien né, une jouissance saine et féconde que de se sentir, ce jour-là, en communauté de vues, d’aspirations, d’attitude, avec les aïeux qui fondèrent la famille et avec les générations qui perpétuèrent la patrie? +

Dans toute société chrétienne même entamée par le doute, même dévastée par l’hérésie, le dimanche revêt pour la masse un caractère sacré, et il exerce religieusement sur les âmes l'influence mystérieuse et bienfaisante attachée aux rayons de foi émanant de la chaire et aux parfums d’encens s’élevant de l'autel. C’est le jour des oraisons saintes et des enseignements mystiques, des

1 L'hon. M. Chesnelong (Quest. act., t, VII, p. 282).

exemples édifiants et des pieux pèlerinages, des réunions gaies ou touchantes, et des douces réminiscences familiales. Les vivants communient entre eux dans l'intimité cordiale des contacts qui les rapprochent ; et, par les larmes qu’ils versent sur les tertres funéraires, par les leçons qu’ils puisent sur les tombes d’êtres chéris et dans la pensée de leur mort, de leurs mérites et de leurs œuvres, ils se tiennent en relations salutaires avec les défunts. Rien ne peut remplacer ce que Dieu et la nature, ce que la conscience et l'art *, ce que l'Eglise et les siècles ont mis de beau et de suave, de noble et de consolant, dans la journée traditionnelle du dimanche.

Laissons de nouveau la parole à l’éloquent M. Chesnelong : « Le repos du dimanche, dit-il *, est seul un repos bienfaisant et réparateur, parce que seul il fait la part à la fois des délassements du corps, des joies du cœur et des besoins de l’âme, parce que seul il laisse à l’ouvrier la liberté de se retremper au contact de la religion et de la famille, au contact de ses devoirs les plus élevés et des sentiments les meilleurs, parce que seul il lui permet, en restaurant ses forces physiques, de renouveler, si je puis ainsi dire, ses provisions de foi, de courage et de dévouement. Quant au faux repos hebdomadaire qui n’est pas le repos dominical, nous le connaissons bien, c’est le chômage du lundi; il s’est révélé par ses œuvres. Ce n’est pas la part faite au repos, c’est la part faite au désordre et à la prodigalité; c’est l'épargne de la semaine gaspillée dans des plaisirs grossiers, et le travail des jours suivants compromis par le double énervement des forces du corps et des énergies de l'âme; c’est l'ouvrier atteint à la fois dans sa moralité et dans sa faculté de production. »

1. On parle beaucoup d'art social, d'un art qui s'adresse à la foule et qui dépose dans l’âme de l'ouvrier des semences d’idéal. Rien n'égale à ce point de vue nos églises catholiques, où tout est propre à faire l'éducation de l’âme populaire, le chant, la musique, les cérémonies, les peintures, les fresques, l'atmosphère même, toute pieuse et toute mystérieuse, de la maison de Dieu. Qu'on laisse donc à l'ouvrier son dimanche et les jouissances si pures et si éducatives qu'il y trouve.

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