L'UNIQUE SOLUTION
Le problème, si élevé en ses Principes et si grave en ses conséquences, qui s’agi i do:
Trois mots résument et coordonnent comme en un triple faisceau les multiples manifestations de la pensée catholique sur la question romaine : iniquité du passé, insuffisance du présent, desideratum de l'avenir.
Le passé, c'est l’histoire de l'envahissement progressif des Etats pontificaux et de l'entrée, violente et injuste, des troupes piémontaises dans la Ville éternelle. Deux causes principales Peuvent, entré plusieurs autres, être assignées à cette guerre sacrilège : d’une part, l'ambition effrénée de la monarchie sarde : de l’autre, la vague révolutionnaire qui, sous le souffle de quatrevingt-neuf et depuis cette date, n’a cessé de battre et de secouer, à sa base même, l'antique édifice de La société chrétienne.
Il est rare que les méch: Pour accomplir leur œuvre néfaste, i ier quelques faciles com plices.
voile mensonger, devant l'Eglise et devant l'Europe, l'injustice d’une entreprise si manifestement contraire à tous les droits, il fallait des prétextes: les prétextes n'ont pas
! Cf. Sylvain, Hist. de Pie IX le Grand, t. 11, ch. 7, 8, 12, 15.
manqué. Et c'est surtout en alléguant le vœu des populations, le besoin de réformes dans l'administration des Etats du Pape, les exigences géographi i
italienne, que les envah
tromper l'opinion publique.
Le vœu des populations : en vérité, que Prouve-t-il ? Même s’il est libre, et s’il s'exprime librement par voie plébiscitaire, peut-il à lui seul, d’après les principes du droit et aux yeux de l’équité naturelle, justifier l'assaut contre un régime politique et le renversement d'une dynastie ? Faire dépendre des caprices d’un vote, des flottantes volontés dela multitude, le fonctionnement et jusqu’à l'existence du pouvoir civil, n'est-ce Pas véritablement flatter les pires instincts ? n'est-ce point provoquer et encourager l’émeute,
toutes les révolutions ? Cette allégation des spoliateurs du Saint-Siège repose, en définitive, sur le principe de la souveraineté du peuple, principe faux, dangereux, directement opposé aux doctrines philosophiques les plus saines et formellement condamné Par l’enseignement de l'Eglise ?,
Au surplus, nous sommes loin d’ l'Italie papale se soient, en majorit.
cés en faveur des faits accomplis.
des vaincus sous l'inévitable pressio:
assurément, rien de spontané ?, l'opinion, les moyens les plus désho déloyales, la calomnie, la ruse, mis en œuvre, ce n'est plus d’ d’une vile et avilissante comé trent, la consultation populai cluante par le &ouvernement
1 Cf. Droit Public de l'Eglise. Principes généraux, App. A: Léon XIII et la souveraineté Populaire,
* Sur la valeur intrinsèque des Plébiscites, voir Giobbio, Lesioni di diplomasia eccl., t, ], PP. 108-109,
* Cf. Sylvain, ouv. cit.,t. Il, ch. Set 22,t. III, ch. 8.—Parlant du plébiscite romain, L. Veuillot remarque très justement : « I] faut que le Père commun des fidèles possède un asile sur la terre ; cet asile, la Providence le lui a
Pour mieux assurer à cette manœuvre plébiscitaire le succès désiré, on faisait sonner bien haut le mot de réformes des Etats romains, comme si le Souvernement papal n’en avait opéré aucune, et comme si, en outre, l'habit ecclésiastique rendait, fatalement, ceux qui le portent incapables de comprendre et de réaliser le vrai progrès. L’historien de Pie IX que nous nous plaisons à citer, après avoir rappelé brièvement ce que fit ce grand pape pour l'avancement du commerce, de l’industrie et de l’agriculture, ajoute ! : « Nous pourrions parcourir toutes les branches de l'administration pontificale et nous verrions qu'elles ne le cèdent en rien à celles des royaumes qu'on dit le plus civilisés». Mais quelle loyauté peut-on attendre de la part d’adversaires aveuglés par le parti pris, dominés par l'intérêt, et fanatisés par la passion ? L'éloquent Montalembert, mis en cause par Cavour, jetait au ministre sarde cette juste et cinglante réplique : « Vous avez conspiré depuis douze ans, et vous vous en vantez, pour rendre tout gouvernement impossible dans les Etats romains. Quand le Pape a des ministres ecclésiastiques, on lui demande des laïques ; quand il appelle un laïque, on le lui égorge sur les marches du Parlement; quand il n’a pas d'armée, on lui reproche de ne pas pouvoir se défendre ; quand il en forme une, on la dénonce comme un péril pour ses voisins, et on court sus comme à des bêtes fauves ?»,
C'est en effet grâce à la mauvaise foi la plus insigne, et au machiavélisme le plus retors, que l’armée antipapale effectua sa marche victorieuse, Les révolutionnaires savent leur métier. Et leurs chefs surtout n’ignorent pas combien il importe, pour s’attirer les sympathies ou les suffrages du peuple, non seulement d'en exciter les appétits par l’appât d’alléchantes promesses, mais
donné, le lui a assigné, et le peuple romain, pas plus qu'un autre, n'a le droit de le déposséder. Ni le Pape, ni sa terre n'appartiennent en propre à un peuple particulier ; c'est la propriété commune de cette famille immense qui chante le Credo, et qui l'a achetée de ses tributs et du sang de ses soldats ou de ses martyrs » (Mélanges, t. V, 2 série, p. 341),
! Sylvain, t. II, p. 32.--Ct, Id., pp. 275-279.
? Lecanuet, Montalembert, t, III (2° éd.), p. 226
encore d'en nourrir et d'en exalter l'orgueil par le mirage de patriotiques réalisations.
Le nationalisme italien, exploité par des diplomates sans principes ou par des meneurs sans vergogne, a été aux mains des usurpateurs l’arme conquérante et souveraine. Nous voulons, allaient repétant partout ces zélés patriotes, exhumer de la poussière des siècles le sceptre d’Auguste, rallier les forces éparses de notre pays, reconstruire l'édifice national sur des bases d'unité, de solidarité et de grandeur.
Nous ne contestons, certes, pas que l'unité politique, solidement assise, d’une nation ne soit chose désirable en soi. A une condition toutefois : c'est que cette conjonction des pouvoirs et cette concentration des organismes Souvernementaux se fassent selon les lois historiques juridiquement reconnues, non par la seule force brutale, au détriment des droits acquis et des libertés nécessaires, ! Tout royaume fondé par la force sur le mépris du droit, surtout si ce droit se rattache aux intérêts primordiaux de l'Eglise et de son chef, est une création bâtarde, sans garantie de durée, sans légitimité et sans honneur.
L'unité italienne actuelle s’est formée par le succès des armes, à l'encontre d’une autorité et d'une souveraineté supérieures à tous les droits humains. C'est une œuvre d'injustice que le Dieu des nations ne saurait prendre sous sa tutelle, un monument d'impiété élevé sur des ruines saintes comme un audacieux défi au sens chrétien et à la conscience catholique.
L'Italie pouvait, sans fausser l'élan et sans amoindrir la gloire de ses légitimes ambitions, resserrer les liens de ses provinces et asseoir les fondements de sa prospérité nationale. Elle n'a pas compris que ce qui importait le plus à sa vraie grandeur, c'était moins l'unité factice d’une agglomération politique que l’intime et vigoureuse cohésion des esprits et des volontés, cohésion résultant d’une même foi en Dieu, d’un même dévouement au Pape, d’un même patriotique sentiment des traditions illustres et de la mission privilégiée de la nation italienne. L'Eglise et la Papauté
! Cavagnis, Inst. Jur. publ. eccl,, vol. II, n. 464 (3e éd.)
ont fait, pendant des siècles, l'Italie heureuse et glorieuse. C'est dans l’histoire de cette alliance entre le Représentant d’un grand roi et les descendants d'un grand peuple que les hommes d'Etat du Piémont eussent dû puiser la notion de leurs devoirs et l'inspiration de leur civisme. Ils Y eussent appris par quelle solidarité étroite la liberté papale était jadis la meilleure sauvegarde de la liberté de leur patrie ', et aussi par quel providentiel dessein le Pape, pour être vraiment libre, doit jouir d’une souveraineté civile non pas simplement nominale, mais réelle.
Les créateurs et organisateurs de l’Italie officielle déclarent avoir suffisamment pourvu à l'indépendance essentielle du Saint- Siège par ce qu'ils appellent « la loi des garanties ? », Cette mesure constitutionnelle n’est qu’un trompe-l'œil *, Et le fragment de territoire laissé par la Révolution au vicaire de Jésus- Christ ne rappelle que trop bien (selon l'expression d’un publiciste) le lambeau de Pourpre jeté par les soldats d'Hérode sur les épaules meurtries du Sauveur.
Imaginée et libellée par une diplomatie cauteleuse, la loi dont on voudrait que la Papauté se montrât satisfaite, reconnaît sans doute à celle-ci, sinon la propriété, au moins la libre jouissance
du Vatican et de ses dépendances (ainsi que du Palais de Latran et de Castel Gandolfo). Sur ces quelques immeubles, le Pape, qu'on n’a pu juridiquement déposséder de ses domaines, exerce donc encore une souveraineté de droit et de fait 4.
Mais les conditions imposées au Saint-Père par la politique piémontaise sont, pour lui, inacceptables, injurieuses dans leur énoncé même et pernicieuses dans leur conséquences.
! « Les barbares repoussés ou civilisés ; le des les lettres, les arts, les sciences. favorisés entreprises contre les musulmans,
Plus redoutés non seulement de Ja
et de la tranquillité de l’Europe :
principat ». (Lettre de Léon XII ? Cette loi,
PP. 221 et suiv, 94, 138, 142.
par l'impuissance Sans s'exposer aux insultes les ville épiscopale. On sait les - la translation des restes mor- Laurent-hors-les-Murs. Si le Pape rovoquer la haine des sectaires, de victime ? Que de 1870, sous l'œil
nts, transformé la cité
ffiches,
le libertinage de ses c:
tresses du forum, l'anarchie piétinant la chanales mêlant 1
Nous taisons bien d'autres preuves de l’intolérable état de gêne qui pèse sur la Papauté, depuis que, traquée dans un coin de ses domaines, elle ne Peut ni se mouvoir à son gré, ni donner à sa cour l'éclat extérieur que les convenances réclament, ni disposer
? Léon XIII a caractérisé cette situation en une phrase d'une Saisissante vérité: « Verius in aliena potestate Sumus quam nostra » (Lettre au card, Rampolla, 15 juin 1887).—Cf. Etudes religieuses, t. LXIV, pp. 10-16.
? Cf. l'Univers, 31 mars 1911.
à sa guise le siège de ses tribunaux et le foyer central de ses affaires !.
Des protestations se sont fait entendre, dont les accents répétés de Pie IX à Léon XIII, de Léon XIII à Pie X, n'ont cessé d'entretenir au fond des âmes chrétiennes l'idée nette et le sens ému du droit outragé. Le Pape ne pouvait se taire *. Ces revendications courageuses se sont répercutées dans les sphères les plus hautes du monde catholique, dans les congrès, dansles parlements, dans les universités. Et en Italie elles ont pris une forme spéciale et, pour ainsi dire, permanente : nous voulons parler de la défense faite par le Saint-Siège aux catholiques italiens de participer, sous le présent régime, soit comme électeurs soit comme candidats, aux élections politiques. Cela n'est ni expédient ni permis ?. Le Pape ne veut pas que les fils soumis de l'Eglise osent, sans son autorisation, et dans une ville qui demeure, de droit, sa capitale, prendre part aux fonctions législatives ; qu'ils apportent au gouvernement spoliateur, sans une raison suffisante dont lui seul est le juge, “ l'appui même indirect d’une attitude qu'on interprèterait bien vite comme une acceptation des faits accomplis.
Dans le mêmeespritde protestation fermeet perséverante, il a été réglé que les chefs des nations catholiques, surtout si eux-mêmes sont nés dans le catholiscime, devaient par déférence pour le Saint-Père et par respect pour sa souveraineté temporelle, s’abstenir dans les circonstances présentes de faire visite, à Rome, au roi d'Italie. Car, dit le Livre blanc du Saint-Siège, 5 “la visite
! Cf. Solution de la question romaine, trad. Guérin, ch. 111, art. 2.
? Cf. La Vérité sur la question romaine, par B. O. S., V: Pourquoi le Pape ne se tait pas.
* Non expedit et non licet ; cf. Solution de la question romaine, ch. IV, art. 4; Mgr de T'Serclaes, Le Pape Léon XIII, ch. XXX.—Le terrain des élections communales et provinciales reste cependant accessible aux catholiques.
* Cette raison suffisante, elle semble se rencontrer dansla nécessité de protéger l'ordre social, l’école, la famille, contre le socialisme grandissant, Voilà Pourquoi, en certains cas et à certaines conditions, le Saint-Siège permet aujourd’hui aux catholiques de se jeter dans la mêlée électorale.
* La Séparation de l'Eglise et de l'Etat en France. Exposé et documents, ch. VIII (Questions actuelles, t. LXXXIV).
et nonobl'approba-
Le premier, M.
eut le triste coura- "ficiellement
l#neusemen Sa: -Père in es et explicites pretesatios orotest s que la France se trou... dés ze i'ine Cat romain par de: ji Dis étroits qui touche de si Pres À l'indépendance au Pouvoir religieux, la Papauté, comme Sur toute autr principe, ne Saurait transiger, tissant à la juridiction de l’'Evéq que sorte à l'Eglise entière, et en eût-il la tentation, violer de solennels rigoureux et un eng, toute proposition in vec son titre de Roi.
Tous, ne pensent pas ainsi. odérés, de diverses nuances
t inadmissible : il rompt avec le passé, Papauté; il en détourne les destinées e essentielle, Dès le principe et provi c'est, nous l'avons vu, à la chaire CT ef
! Ibid., Document XXVI.
? Encyl. de Pie IX, 19 janv. 1860 ; lettre de Léon XIII au card. Rampolla, 15 juin 1887, * Solution de la question romaine, ch. V, art, 2,
illustrée par l’apôtre Pierre qu'a été attachée la primauté pontificale. Et si le Pape est et ne peut être que l'évêque légitime de Rome, n'est-ce pas à Rome qu’il convient que soit fixé, avec sa résidence personnelle, le siège principal de son gouvernement ? CA quoi lui servirait d'avoir sa souveraineté en Sardaigne, en France, en Espagne, quand il serait sujet à Rome ? C'est une erreur de croire que le Pape, tout en restant évêque de Rome, pourrait demeurer ailleurs avec son indépendance politique. L'expérience d'Avignon, avec le schisme douloureux d'Occident qui en a été la conséquence, se terminant par la grande hérésie du protestantisme, démontre avec évidence combien une semblable combinaison serait dangereuse pour l’unité de l'Eglise ! »,
Faudra-t-il, d'autre part, rechercher la solution si ardemment désirée de la question romaine dans une renonciation expresse ou tacite, partielle ou totale, du Saint-Siège au territoire sur lequel tant de titres historiques et juridiques lui confèrent la souveraineté ?
Quand, à la suite de la guerre survenue entre le Piémont et l'Autriche, les Romagnes furent envahies et excitées à la révolte par des bandes révolutionnaires, Pie IX reçut de Napoléon III
le conseil réitéré ? d'abandonner spontanément toute autorité civile sur cette région. D'autres voix firent écho aux vœux diplomatiques de l'empereur. Ces suggestions conciliatrices se heurtèrent à une résistance inflexible * comme le droit, dont le Pape, quel que soit son nom, sera toujours le gardien jaloux en même temps que le dépositaire responsable devant Dieu et devant l'Eglise.
L'usurpation du domaine papal une fois consommée, on ne tarda pas à constater, dans le camp catholique lui-même, l'influence déprimante du fait accompli. Le libéralisme ne se prête-t-il pas à toutes les transactions et à toutes les compromissions ? En des brochures retentissantes, des écrivains de renom “ préconisèrent
! Ibid.—Cf. Godts, Papa sit rex Rome ! p. 35.
3 Sylvain, Hist. de Pie IX, t. I, ch. 8 et ch. 16.
3 Cf. ibid.
‘ L'ex-père Curci, I! moderno dissidio tra la Chiesa e l'Italia, 1876 ; Mgr Bonomelli, Roma, Italia, e la realità delle cose, 1889.
une politique de bienveillance résignée vis-à-vis de l'Italie officielle, Soutenues par l'intéré: F i
les dont elles fure chemin, et il n’est Pas rare, présenteme rencontrer des traces fâcheuses dans l'esprit même de ceux qui devraient être les plus ardents à les combattre !,
Pourtant, le sentiment de l'Eglise, tel que formulé par la plus haute autorité doctrinale, n'apparaît-il Pas assez clairement et ne s’impose-t-il pas assez impérieusement à tous les catholiques de bonne foi ?
s Etats et de Rome elle-même, vec énergie contre l'injustice comen toute occasion
e dépouillé sa pleine et souveraine indépendance : restaurer son pouvoir temporel. « Tant que, disait-il un jour à l'ambassadeur de France ?, je n'aurai pas un petit coin de terre où je serai le Pourrai exercer dans leur plénitude mes
! Nous avons cu, en Italie, l'occasion de faire cette constatation doulou. reuse.—[] faut regretter que le ans son ouvrage L'Eglise de France sous la troisiè: * PP. 524-526, parle de l'insis.
son pouvoir temporel en des termes et sur un un blâme pour l'auguste victime de la Révolution. L'Eglise de France sous la III° République, t. 1, P. 145, * 15 juin 1887,
a Pie
ou exilés, ou soumis au pouvoir d’un autre ». Or,
«qu'aujourd'hui encore, dans les desseins de !a
la souveraineté civile des Papes est ordonnée comme
moyen vers l'exercice régulier de leur pouvoir apostolique ! », et
« sans le retour à une souveraineté véritable et effective telle que la
requièrent notre indépendance et la liberté du Saint-Siège, nous ne voyons aucune entente et aucune Pacification possible ? »,
En effet, reprend l’auteur du Livre blanc du Saint-Siège, ® « il est clair que le chef de l'Eglise catholique, qui doit, par institution divine, procurer le salut spirituel de tous les peuples, ne peut, dans les circonstances actuelles, résider volontairement dans le territoire d’un autre sans que, devant l'opinion publique, soit gravement compromise son indépendance vis-à-vis du gouvernement auquel appartient le territoire où il réside: compromise aussi, par suite, son autorité morale aux yeux des autres peuples et des autres 8ouvernements, et, avec cette autorité, sa mission universelle. En d’autres termes, il y a pour le Pontife romain un intérêt vital à ce qu'il soit, en réalité et pour l'opinion publique, partout et toujours, indépendant de n'importe quel pouvoir civil; et pour obtenir ce résultat, on n’a pas encore trouvé jusqu'ici
d'autre moyen que celui d'un territoire propre et indébendant ». Voilà, certes, des affirmations bien positives, des textes d’une
! Ibid.
* Ibid.—Dans une autre lettre au cardinal Rampolla (8 oct. 1895), le même Pape déclarait qu’ « aucune disposition juridique ne pourra jamais conférer ‘indépendance vraie sans un e iuridiction territoriale ».
* Sur ln Séparation de l'Egl'se et de l'Etat en France, ch. VIII (1905) : on a là toute la pensée de Pie X.
+ L'espace nous manque pour enregistrer l'adhésion de l'épicopat catholique contemporain aux déclarations réitérées et autorisées du Saint-Siège. Nous nous bornerons à reproduire les paroles suivantes d'un prélat qu'on ne saurait suspecter d'un attachement trop vif aux institutions surannées: « L'indépendance, si nécessaire au Pontife romain, en conséquence de la nature de la constitution de l'Eglise et aussi de sa mission, ne peut être assurée sans que le Pontife règne sur un territoire qui n'ait pas d'autre maître, L'Eglise, établie sur la terre, pour travailler sur la terre, doit avoir un séjour terrestre ; il faut que, quelque t, son Chef mette le pied sur la terre, et, si cet endroit du monde appartient à un autre, le Pape n'est pas libre, indépendant, comme il conviendrait » (Mgr Ireland, Questions actuelles, t. LVII, P. 112),
même inspiration religieuse et d’une Commune signification politique qu'il n'est permis à personne ni d'éluder ni de fausser. C'est, dans l’état social actuel, uniquement,
rétablissement du pouvoir tem
et doit se résoudre.
Cette solution, la seule légitime, et qui intéresse au plus haut point toutes les nations chrétiennes, nous reconnaissons qu’elle relève principalement et en dernier ressort de l'autorité Suprême du Pape : mais n'y a-t-il pas, pour tout catholique, utilité et satisfaction à rechercher, dans un esprit d’humble soumission av. Saint-Siège, les combinaisons qui la rendent possible et réalisable ?
Diverses propositions ont été mises à l'étude : nous ne pouvons qu'indiquer bien sommairement les plus Plausibles.
pandre,
suprême degré, les avantages d
individualité ». Et l’auteur s’appl
les provinces Papales, ce vec la plus grande somme d’auton , dit-il,
! Sylvain, Hist, de Pie IX, t. 1, pp. 244-246, 254.263,
* Il ne s'agit pas, on le Comprend, du projet de fédération, Caressé par Napoléon 111 et par Cavour, projet perfide et qui n'eût laissé au Pontife romain qu'une souveraineté dérisoire.
* La Vérité sur la question romaine, par B. O. S., VIII. —Cette brochure fut, dit-on, composée sur l'ordre de Léon XIII et revue par lui,
n'exige une dépendance absolue de son gouvernement central que dans cette étendue de territoire qui est nécessaire pour garantir au Chef de l'Eglise l'indépendance réelle et visible de ses actes. Le lien qui attachait au domaine pontifical maintes communes du moyen Âge, tout en conservant la souveraineté, était si souple qu’il ne pourrait même aujourd’hu: donner ombrage au plus susceptible des peuples ».
Une organisation fédérale basée sur ces principes, sans entamer la grandeur politique de l'Italie, rétablirait le Saint-Siège dans la jouissance de ses droits temporels : elle assurerait à ses Etats, par d’heureuses conventions, la prospérité en temps de paix, l'inviolabilité en temps de guerre; elle lui rendrait l'éclat de sa dignité et la plénitude de sa liberté.
Cette éventualité d’un pacte fédératif entre les diverses provinces italiennes se produira-t-elle jamais? Nous l’ignorons. Quoi qu'il en soit, l'intérêt et l'honneur de l'Italie gouvernementale lui font un devoir de sortir, par un désistement courageux, de l’anormale situation où la Révolution l’a conduite et où elle la retient. Une restitution, sous quelque forme qu’on la conçoive, s'impose.
Pour égaler les compensations à l'injustice, cet acte réparateur devrait sans doute remettre, sans exception et sans condition, sous le sceptre du Pontife romain tous ses anciens Etats. Plusieurs croient cependant, et non sans raison, que le Saint-Siège, sans renoncer à l'intégrité de ses droits, ne serait pas opposé à une entente basée sur la reconnaissance d’une Souveraineté réelle , ayant Rome pour siège ?, et s'étendant sur un territoire jugé, par le Pape lui-même, suffisant Pour garantir la liberté de ses mouvements et l'efficacité de ses fonctions %,
! Léon XIII (Lettre au card. Rampolla, 15 juin 1887) pose, comme « con dition indispensable de la pacification en Italie, la restitution d’une vraie souveraineté au Pontife romain ».
* Dans la même lettre, le Pape remarque que les raisons qui militent en faveur de l'indépendance territoriale du Saint-Siège s'appliquent tout particulièrement à a ville de Rome, « siège naturel des Souverains Pontifes,centre de la vie de l'Eglise, capitale du monde catholique ».
* Cf. Godts, ouv. cit. p. 358; Solution de la Question romaine, PP. 165. 166, 203-204, —Au terme d’une série d'articles fortement pensés sur la situation du Pape, voici comment s'exprimait naguère le Père Prelot (Etudes religieu-
Assurément, nous ne nous dissimulons pas les obs genres accumulés depuis quarante ans réparatrice. Le Souvernement italien, esclave des sectes, j Rome que ses solda
Mais une Cause juste puise dans cette justice même d’invincibles espérances. L'eau troublée du torrent, sous l'effort des agents physiques,
ses, t. LXV, pp. 460-461) :
mis hors de conteste, c'
mes... Pour le surplus,
zone libre allant du Vat: d i Cività Vecchia,
ou bien se dirigeant e i j ‘à l'Adri ; le Pape restant insi icati i ai le monde entier ;
Pour elle », ! « Cent soixante et onze fois les Papes furent dépouiliés de leur domaine, inouf dans l'histoire de toute autre souveraineté, ils é tances les plus diverses, ; car il révèle un ordre de Provi.
r alors, si les catholiques espèrent le voir renouvelé aussi de nos jnura Pour la cent soixante-douzième fois ?
(La Vérité sur la Question romaine par B, O. S., p. 70),
sur la vraie portée et sur le Caractère international de la question
romaine ; nous l’attendons de l'opinion catholique plus consciente
de sa force et plus soucieuse de l'indépendance de l'Eglise ; :: nous l’attendons de l'Italie elle-même que le conflit actuel épuise et
pour laquelle il n’y aura jamais de vraie grandeur qu’à l'ombre
bienfaisante ou sous les reflets glorieux de la Papauté libre.
Pie JX disait en 1861 : ? « Je puis périr, mais la Papauté ne périra pas. Je peux souffrir le martyre, mais un jour viendra où mes successeurs rentreront dans la plénitude de leurs droits. » C'est avec cette assuranc. -alme et ferme, réfléchie et profonde
que tout fidèle doit envisager l'avenir.
! Cette opinion ne doit, nulle part, s'endormir. « Afin que la question romaine se maintienne toujours vivante dans la conscience des peuples et qu'’ainsi on réserve l'avenir Pour les desseins de la divine Providence, il est nécessaire que les catholiques italiens ne laissent échapper aucune occasion d'affirmer hautement leurs convictions sur ce point très important et de réclamer la liberté et l'indépendance territoriale Pour leur auguste Chef, suivant ainsi l'exemple des catholiques des autres Pays et se conformant aux enseignements constants du Saint-Siège ». (Lettre du card. Rampolla à l'archev. de Milan, 21 oct. 1901).
* Sylvain, Hist. de Pie IX, t. IT, p. 220.