LE POUVOIR TEMPOREL DES PAPES
Depuis plus de cinquante ans, la question que ce titre évoque n’a cessé de tenir une très large piace dans les préoccupations de la politique comme dans les revendications de l'Eglise.
On sait comment elle a surgi.
Elle est éclose sous le souffle des
l'Europe et du monde, elle poursuit sans répit et elle tourmente comme un cauchemar [a conscience mal rassurée des usurpateurs de Rome et de leurs complices.
Véritable souverain dans l’ordre spirituel, Pourquoi donc fautil que le Pape joigne à cette première et fondamentale royauté une souveraineté civile, occasion de tant de luttes et matière de tant de convoitises ?
C'est que,—raison souveraine, —le Christ a établi son Eglise sur un fondement divin sans doute, mais auquel s’adjoignent et se
mêlent des éléments humains ; c'est que la société religieuse, composée d'hommes et créée pour les hommes, ne saurait, toute surnaturelle qu’elle est par son but et par son auteur, se soustraire totalement aux lois d'existence et aux conditions de fonctionnement des sociétés temporelles.
Nous ne disons pas, —on voudra bien le remarquer, —que le pouvoir civil est indispensable à la vie même de l'Eglise! L’histoire, tant ancienne que moderne, serait là pour nous démentir. Ce que nous Soutenons, c'est que, suivant le cours ordinaire des choses, il est impossible à la Papauté d'exercer, avec toute la liberté et toute l'efficacité désirables, son ministère religieux et son influence sociale sans un domaine temporel suffisant pour garantir cette liberté et assurer cette efficacité. ? Telle a été, pendant onze siècles, la croyance commune ; telle était naguère encore dans toutes les universités catholiques, notamment dans les universités romaines, la doctrine reçue et enseignée, et rien, ni dans l’évolution des idées, ni dans la marche des événements, ne nous autorise à nous en écarter.
Fondée immédiatement par Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’Eglise est sortie de ses mains avec tous les attributs et avec toutes les prérogatives que sa divine constitution réclame. Elle doit jouir des caractères essentiels d’une société juridiquement parfaite: * partant, et conformément aux volontés de son fondateur, elle a droit à une pleine liberté de vie et à une entière indépendance d’action.
Or, cette liberté, pour n'être pas illusoire, suppose une situation dans laquelle l'autorité se meuve sans obstacle. Cette indépendance, dans son concept formel, repousse l'idée même de sujétion ; elle répugne à toute intervention d’une main étrangère, à toute influence et à toute pression du dehors sur les actes et sur les décisions du pouvoir ecclésiastique. En obéissant au Pape, c’est au représentant de Dieu, non au serviteur d’une puissance
! Aucun écrivain catholique sérieux n'a, que nous sachions, émis une telle opinion.
?Cf. Cavagnis, Inst. jur, pub. ecc!., vol, LI, nn. 444.445 (3° éd.)
* Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, troisième leçon.
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politique quelconque, que le chrétien entend obéir. Et son obéissance serait soumise à une trop rude épreuve, si le moindre soupçon de préférence jalouse, de complaisance intéressée, de partialité nationale, Pouvait, nuage fâcheux, planer sur les directions du Chef de l'Eglise. Le népotisme, au profit d’une famille, n’a jamais manqué d’exciter les plus légitimes mécontentements. Le favoritisme, au profit d’une race, d’une dynastie, d’un &ouvernement, suffirait pour aliéner les sympathies, peut-être pour ébranler les croyances de multitudes entières.
à tous les garanties les plus sûres et les gages les d'équité et d'impartialité.
Jusque dans l’ordre civil, ces garanties ont paru nécessaires à une libre et fructueuse administration ; et c'est sur un territoire à part, en dehors de la sphère des législatures particulières, que l'autorité fédérale des Etats-Unis a cru devoir fixer son siège et son centre d'action. ! Combien plus impérieuses sont les raisons
’a l'Eglise de demander que l'autorité cen i
pendance juridictionnelle !
Seule une portion de terre, sur laquelle Je Pontife romain règne sans conteste, réalise cette pleine mesure d'autonomie dont il a besoin, et que le droit divin lui confère. L'inviolabilité d’un palais, soigneusement maintenue, peut bien, il est vrai, abriter Sa personne auguste ; ce n’est Pas assez pour mettre à couvert et Sauvegarder sa souveraineté. Une résidence Papale sans territoire est un château seigneurial sans domaine,
Le Pape doit vivre et agir en souverain,
Conçoit-on vraiment une autorité s'étendant sur tout l'univers,
- Claudio-Jannet, Les Etats-Unis Contemporains, t. 1, P. 38 (4° éd.)
ayant juridiction sur tous les peuples chrétiens, sur leurs institutions, leurs lois, leurs Souvernements, et néanmoins localisée dans un Etat qui n’est pas le sien, sous la dépendance d'un homme ou d’une Chambre qu’elle a le pouvoir et le devoir de juger? Il y a là une situation dont l'absurde et patente anomalie frappe tout esprit sincère. Et l’illustre archevêque de Pérouse, le cardinal Pecci (devenu plus tard Léon XIII), énonçait une haute vérité théologique, lorsqu'il écrivait : « La notion de la primauté spirituelle du Pape sur toute l'Eglise est incompatible avec sa sujétion à un pouvoir humain. »
Cette incompatibilité résulte de l'essence même de l'autorité papale, de la suprématie qui en est l'apanage, de l'amplitude de l'objet sur lequel elle s'exerce. Elle résulte également, et d'une façon plus évidente encore, des circonstances spéciales et des exigences toujours croissantes qui marquent l'exercice d’un pouvoir dont tout missionnaire catholique recule chaque jour les bornes.
Les intérêts si vastes et si graves dont le Chef de l'Eglise a reçu la gestion, le mettent inévitablement en relations étroites et continues avec toutes les parties du monde chrétien. I] s’agit d'âmes à sauver: ni murs ni espions ne doivent gêner ses mouvements. C'est dans l'indépendance d’une possession territoriale que le Pape peut trouver cette liberté d'action et cette facilité de communication réclamées par ses fonctions de Père et de Pasteur commun des fidèles.
Le libre usage d’un territoire ne lui est pas moins nécessaire pour faire face aux obligations qu’entraînent les charges, de plus en plus lourdes, d’une administration mondiale, laborieuse et compliquée. Grande, certes, est la charité qui a fondé et qui alimente l’admirable denier de Saint-Pierre. Cette charité, pourtant, ne peut pleinement suffire. L'aumône est bien précaire. Plus sûres, plus régulières sont les ressources fiscales liées à un sol propice et à l'exploitation stable, intelligente, utilement contrôlée, de ses richesses.
1 Lettre pastorale sur le P ::‘oir temporel du Saint-Siège, 1860 (Œuvres pastorales de S. B, le card. Pecci, trad. Lury,t. 1. Chez Desclée, DeBrouwer et Cie).
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Le Pape y avait jadis un moyen toujours prêt de subvenir aux nécessités souvent imprévues de son &ouvernement. La force armée qu'il tenait sous ses ordres lui permettait,en même temps, d'assurer aux lois et aux décrets de l'Eglise, dans le domaine qui lui était soumis et où prévalaient les principes de l'Etat chrétien, une sanction efficace.
Que de libertés supprimées, et que d'avantages disparus!
Ces avantages, que nous effleurons synthèse, n’ont pas
tenons à les reproduire, les paroles remarquables attribuées à Napoléon 1: « Le Pape est hors de Paris, et cela est bien ; il n'est ni à Madrid, ni à Vienne, et c'est Pourquoi nous supportons son autorité spirituelle. A Vienne, à Madrid, on est fondé à en dire autant. Croit-on que s'il était à Paris, les Viennois, les Espagnols, Consentiraient à recevoir ses décisions ? On est d ide hors de chez soi,
il ne réside pas chez des rivaux :
qu’il habite dans cette vieille Rome, loin de la main d d'Allemagne, loin de celle des rois 8ne, tenant la balance entre les sou
l'ont bien fait, »
, mporel : ?
es:une cerseraitinac: ntife, qui en est le dépositaire, n'était t si, sur le
! Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, 1. XII: Du concordat (t III, pp. 219-220, Paulin, Paris, 1845.)
? Rapport à l'Assemblée législative, 18 oct. 1849. Cf. Solution de la ques. tion romaine, trai. Guérin, ch. Il, art, 5 (Lethielleux, Paris).
territoire qui lui est assigné depuis des siècles et que toutes les nations lui ont reconnu, il surgissait un souverain, un prince ou Un peuple pour lui dicter la loi. Pour le Pape, il n’y a d'autres Moyens d'indépendance que la souveraineté. C'est un intérêt de premier ordre, qui doit faire taire tous les intérêts individuels des nations, comme, dans un Etat, l'intérêt public prime l'intérêt particulier »,
Ce langage noble et sensé, les plus célèbres publicistes et politiques chrétiens l'ont tenu.
Dans son beau livre Du Pape, le comte de Maistre consacre plusieurs chapitres au pouvoir temporel. Armé de ce fier bon sens qui, entre ses mains, a tout le tranchant d'une épée, il réfute avec vigueur les advèrsaires de la royauté pontificale, et il démontre, contre eux, quels services signalés les Papes, en leur qualité de princes temporels, ont pu rendre à la cause de l'Eglise, à la paix de l’Europe, à la liberté de l'Italie ?.
Lorsque, il y a un demi-siècle, les hostilités s'ouvrirent contre les Etats romains, une pléiade d'écrivains généreux mirent leur plume au service du Pape. Louis Veuillot, on l’imagine, ne fut pas un des moins ardents, et le grand journaliste français, coupable d’avoir publié une protestation de Pie IX, eut l'honneur de se voir frappé des foudres impériales. C'est de lui ? que sont ces paroles dont les faits nous montrent trop bien la réalisation douloureuse : « Rome est la capitale de tous les empires catholiques comme elle l’est de la religion. Si l’usurpation trône dans cette ville, sous quelque nom que ce soit, elle est reine partout, et non seulement aucun souverain n’est sûr de sa Couronne, mais aucun propriétaire n'est sûr de garder sa maison ».
Sans approuver les actes iniques de la Révolution, certains catholiques voyaient, d’un œil indifférent, chanceler le pouvoir temporel, et ils se montraient prêts à en faire le sacrifice comme d'une institution étrangère aux intérêts de la foi. « Certes, leur faisait remarquer Montalembert *, le pouvoir temporel n'est
! Voir 1. Il, ch. 6 et suiv.
* Mélanges, 2 série, t. V, p. 350.
* Lecanuet, Montalembert, t. 11, P. 444.
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pas essentiellement identifié il est identifié à la
ples, où l'on prêche 1
religion, ne sont Pas la religion elle-
du fidèle qui verrait démolir Notre-
Dame de Paris en se croisant les bras, sous prétexte que la religion n’est pas atteinte, ou que l'on à pu préserver les hosties consacrées des mains du sacrilège ? »
Témoin impuissant
vait: ! «Quelle possession par sa faiblesse même de t par les traités,
le saint Pierre, c'est menaet que renverser son trône dix fois sécu-
lement de tous les trônes ? »
C'était bien 1à le langage d’un héritier des rois très chrétiens. Plusieurs fois l'Allemagne catholique fit, elle aussi, entendre ses protestations Courageuses contre les attentats de la révolution italienne ; et nulle Part son sentiment, et celui de toute l'Eglise, ne se sont traduits avec plus de netteté que dans cette brève et concluante argumentation de Windthorst : 2 «Sans le Pape, il n'ya pas d’Eglise catholique, C’est Pourquoi une Eglise libre n’est pas
! Les Contemporains : le C* de Chambord, 11° Partie, p. 7. ? Ibid., Windthorst, p.8; cf. Bazin, Windthorst, ses alliés et ses adversaires, 7 éd., pp. 275-287.
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laïques ?, dont nous pour-
sont précieuses. Elles mettent
a fois religieux et social de la
Elles démontrent en même temps par quelle
vigueur de logique, et jusqu’à quel dégré de conviction, l'idée dé
l'utilité, de l'importance capitale d’un domaine temporel pour le
Pape, est entrée dans l’âme catholique.
Or, le sens catholique des fidèles est comme un miroir où se
reflète l’enseignement commun de l'Eglise et de ses pasteurs.
Sans être précisément une vérité de foi, la nécessité (dans le sens où nous l'avons définie) d’une souveraineté territoriale du Pontife romain fait partie de cet ensemble de doctrines qu'on ne peut librement et impunément rejeter.? Dès l'époque où elle s'organisa, la puissance civile des Papes leur paraissait clairement et intimement liée à l'indépendance de leur action spirituelle. Ils la jugeaient utile, opportune ; sans en faire l'objet d’un enseignement bien précis, ils prenaient, dans la pratique, les plus sûrs moyens de la maintenir, de la protéger, de la consolider. # Quand, dans l’âge moderne, l'esprit révolutionnaire tourna contre elle ses assauts, ce fut pour le Saint-Siège l’occasion de proclamer et de déterminer davantage * une doctrine jusque là implicitement acceptée et pacifiquement reconnue.
! Nous nous abstenons de citer les ecclésiastiques de renom, tels que Mgr Plantier, le cardinal Pie, Mgr Dupanloup, dont les écrits et les protestations contre l'invasion des Etats romains eurent un si profond retentissement,
* Il y a, en effet, des vérités qui doivent être crues, parce qu’elless'appuient immédiatement sur l'autorité irréfragable de Dieu; ily en a d’autres qu'il faut accepter, parce qu'elles ont Pour garant l'autorité souveraine de l'Eglise. De ce nombre est la doctrine du pouvoir temporel des Papes, quoique, du reste, elle ait pour fondement le droit divin au moins naturel (Godts, Papa sit rex Romae, pp. 26-28).
* La vérité sur la question romaine par B. O. S., pp. 26-28 (Retaux- Bray, Paris).—Certaines propositions de Wiclef, condamnées par le Concile de Constance ( 1418), se rapportent au domaine temporel de l'Eglise romaine
* Syllabus, pp. 78-76 ; allocutions et encycliques de Pie VII, de Pie IX, de Léon XIII, de Pie X,
fixité d’une formule.
S'adressant aux archevé leur disait 1: « Défendan
choses, elle à été donné mis à aucune puissance
Léon XIII, reprenant le même thème, tant, la même énergie, “Ce n'est pas,
encycliques ?, s Dieu que l:
un principat civil veégarde de son indépendance ».
Pie X à son tour était à peine monté sur le trône de Saint- Pierre qu'il s’écriait * : « Il est nécessaire, et les intérêts de la Chrétienté réclament que le Souverain Pontife, dans le gouvernement de l'Eglise, soit et Paraisse libre et indépendant de toute Puissance temporelle ; aussi, la conscience de notre devoir et la sainteté du serment qui nous lie, nous obligent à protester contre l'injustice très grave qui, à cet égard, a été commise contre l'Eglise »,
Tel est, tel a été sur le domaine civil des Papes l’enseignement catholique autorisé. Et ce n’est, certes, pas sans raison que les Chefs de la hiérarchie, en défendant avec tant de force cette ins-
! Encycl. du 19 janv. 1860. * Encycl. Immortale Dei, 1® nov. 1885.
* Alloc. du 8 novembre 1908.
titution, se sont accordés à y voir les marques non équivoques d’une œuvre divine. L'histoire du pouvoir temporel démontre sa parfaite légitimité ; elle en revèle, plus lumineusement encore, la physionomie particulière et la mission singulièrement providentielle.
Pie IX disait du Pasteur suprême des peuples «qu’il doit être dans les catacombes, ou qu'il doit régner. » ! Ce n’est pas, nous le Savons, sur terre, mais sous terre, que la plupart des premiers Pontifes romains utorité. ? « Et ce fut Ià, obser-
* une sage disposition de la Pro-
œuvre tout entière de sa main, et
issances humaines. Par consé-
fes romains furent soumis de fait
mais on ne pourrait pas assigner un instant
où ils aient été obligés en droit de se soumettre à eux. Le suprê-
me pouvoir spirituel des Papes renfermait dans son sein, dès sa
première origine, le germe du pouvoir temporel ; et au fur et à
veloppait naturellement le premier de ces pou-
voirs, et selon les conditions extrinsèques qui lui étaient faites, le
second allait lui aussi se développant graduellement dans l’espace et dans le temps. »
Dès le quatrième siècle commence ce travail d'organisation territoriale.
* Sylvain, Hist, de Pie IX le Grand et de son Pontificat, 3° éd., t. 11, P. 118,
* Dans les catacombes où le christianisme se réfugia d'abord, «le Souverain Pontife avait son trône ; la société y était admirablement organisée, non seulement au point de vue religieux, mais aussi au point de vue civil. On y célébrait les baptêmes, les mariages, les contrats de toutes sortes. On nommait des juges, des notaires, on distribuait des secours, en un mot tous les actes du berceau à la tombe étaient réglés et surveillés. Le Pape était le souverain légitime, ayant la direction de tout et de tous. Les Papes régnant dans les catacombes subirent, il est vrai, presque tous le martyre; mais ils moururent en souverains, parce qu'ils ne se soumirent pas aux ordres de César » (Solution de la question romaine, trad. Guérin, P. 47).
* Œuvres pastorales, trad. Lury, 2 éd., pp. 60-61.
; elle déploie et en face de torité civile ?
É : l’évo- Que recevait le s la loi romaine mple propriété +, avaient naturoître son influence itique. Cette influence, quoique vague, tincts et un caractère pl ples d’Italie, tinct sous l’a
L'Etat de l'Eglise était définitivement constitué,
Etat, et sur le fait de l'union mporel entre les mains
PS meilleurs, Constantin le Grand résolut de rient le siège de l'empire romain, on peut admettre, avec un fondement de vérité, que la main de la Providence l'a Suidé, afin que les nou. velles destinées sur la Rome des Papes s’accomplissent mieux ». (Lettre de Léon XIII au cardinal Rampolla, 15 juin 1887). ? Solution de la question romaine, p. 48.
* Mourret, Hist. gén. de l'Eglise, t, III, p. 286 (2° éd.). * De Maistre, Du Pape, 1, II, ch. 6; Cavagnis, Inst. jur. publ, eccl., vol, II, n, 429 (8° éd.).
* Mourret, ouv, Cit., p. 300,
pas sous les yeux de nos lecteurs. « C'est, dit l'éminent écrivain !, la nécessité, une nécessité intime et continue, qui a vraiment produit et maintenu ce fait à travers toutes sortes d'obstacles. En remplissant et pour remplir sa mission, en exerçant et pour exercer son pouvoir spirituel, la Papauté a
et d’une certaine mesure d’
d’abord dans Rome,
ties de l'Italie,
comme magistrature municipale,
rial et en vertu du pouvoir politiq
puis à titre de souveraineté plein
le gouvernement sont venus à
De toutes les souverainetés, nulle ne s'appuie donc sur des titres plus légitimes que la juridiction temporelle des Pontifes romains. Nulle, non plus, ne porte plus visiblement les signes d’une puissance que Dieu lui-même a créée, développée, maintenue, pour le bien moral des peuples et pour l'indépendance religieuse et sociale de son Eglise.
Ce qu'exigeait ce but si noble, ce n’était ni un Etat aux proportions trop vastes, ni un territoire aux limites trop restreintes. Les Papes luttèrent sans doute, même par la force matérielle, pour garder intactes leurs possessions, jamais pour les agrandir, « On ne trouvera pas, dit Jos. de Mhistre, * dans aucune dynastie sou-
! L'Eglise et la société Chrétienne, ch. XIX, Paris, 1861.
* Le comte de Maistre (Du Pape, 1. Il, ch. 10), pour expliquer la formation lente du pouvoir temporel des Papes, :e compare à l’arbre vigoureux dont la croissance est égale à sa force et à sa durée totale,
* Ouv. cit., 1. Il, ch. 6.
veraine plus de respect pour le territoire d'autrui, et moins d’envie d'augmenter le sien. »
Chose plus remarquable encore : ni l'inconstance des hommes ni les vicissitudes de la politique n'ont pu, dans le passé, déraciner et arracher pour jamais du sol où Dieu l'implanta la souveraineté papale. « Le Pape est revenu de Gaëte, comme il était revenu de Fontainebleau, comme il était revenu d'Avignon, comme il était sorti des catacombes et de toutes ses captivités. Il est revenu dans sa ville, qui meurt sans lui; il est remonté sur ‘son trône. Ce trône dénué de remparts visibles, la force n’a pu l’usurper, ni la ruse le surprendre, ni le temps le dissoudre ; les conquérants n’ont pu s’y asseoir, les larrons n'ont pu s'y cramponner ; plus fort que les siècles, plus fort que les délires du monde, il a résisté à tous les torrents qui ont roulé sur la terre, emportant les institutions, les empires et les peuples. » !
Belles et confiantes paroles, mais auxquelles, il faut l'avouer, les événements actuels et les progrès chaque jour croissants du despotisme révolutionnaire semblent infliger le plus cruel démenti.
Qu'on réfiéchisse, Pourtant, et qu’on se rassure. Le bras de
Dieu n'est pas raccourci. Et, du haut de son éternité, le Tout- Puissant peut attendre. Qu'est-ce, en réalité, que quarante, cinquante, cent ans dans l’histoire d’une société dont le chef ne meurt pas, d’une Eglise vingt fois séculaire, et fondée sur la parole de Celui qui tient en ses mains le cœur des hommes, le sceptre des rois, la trame des sourdes menées, les forces et les réserves de l’avenir ?
—— 1 Louis Veuillot, Mélanges, t. V (2° série), p. 335,