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LES INSTITUTS RELIGIEUX ET LE PRÉJUGÉ

Nous croyons avoir établi qu’on ne peut ni supprimer ni opprimer les Congrégations religieuses sans atteindre, du coup, l'Eglise elle-même dont ces institutions sont l’ornement et la force. Et voilà pourquoi, dans la guerre satanique déchaînée par la Révolution et par les sectes contre le catholicisme, il a paru habile de dresser contre les religieux les premières batteries et de mettre, si c'était possible, hors de combat cette formidable milice.

Pour l'exécution de ce plan, la haine seule, même implacable, ne pouvait suffire. Les meneurs se sont forgé des instruments commodes et perfides ; et ils se sont réfugiés dans l’ingéniosité des prétextes propres à tromper l'opinion, dans la puissance des préjugés dont s’imprégnent si aisément les esprits crédules et dont se saisissent si avidement, comme d’une arme fortunée, les passions jalouses et les ambitions rivales.

Quel empire ces préjugés, dextrement répandus et savamment grossis par la presse et par la tribune, peuvent exercer sur l’âme d’un peuple, l'exemple topique de la France est là pour nous l’apprendre. Pendant plus de trente ans, les religieux y ont été l'objet d'aggressions perfides et d’accusations calomnieuses. Raisons d'ordre moral, calculs économiques, considérations politiques, tout à été mis en œuvre pour les discréditer. On s'est attaqué, pour la rendre odieuse, à l'essence même des congrégations religieuses ; on a déprécié, dénaturé leur influence, on l'a dénoncée au public comme un danger et une menace pour la paix et la prospérité des Etats.

Nous ne pouvons songer à faire le relevé de toutes les assertions risquées, de toutes les inexactitudes de faits et de toutes les erreurs de doctrine qui émaillent l’éloquence et la jurispr:idence anticongréganiste. Il sera, du moins, utile de rappeler briève-

ment les arguments les plus spécieux apportés dans ce débat, et de mettre en regard de cette dialectique à rebours les réponses équitables et Opportunes suggérées par l'esprit chrétien et par l'enseignement catholique,

Parmi les adversaires des ordres religieux, ilen est qui, non contents d'en combattre l'action extérieure, pénètrent jusque dans le sanctuaire des consciences et se flattent d'y découvrir un fertile sujet d’objurgations et de censures. Au dire de ces zélés et singuliers défenseurs de la morale, les vœux monastiques sont illicites : ils répugnent à la liberté de l’homme, à la dignité de Sa nature ; les religieux qui les Prononcent, se placent en travers de la loi naturelle et en dehors des responsabilités sociales ; les instituts qui les exigent, anéantissent la personnalité humaine, brisent les ressorts de la volonté, font de l’homme une machine inerte. 1

Déjà la Révolution avait regardé les vœux religieux comme attentatoires aux druits naturels de l'être humain. Héritiers et admirateurs du plus âpre jacobinisme, nos modernes sectaires se sont assigné la tâche d'en raviver l'esprit et d’en ressusciter les doctrines et les méthodes.

C’est, en effet, faire preuve d’acharnement despotique et jacobin que de refuser à l’homme l'exercice d’un droit le plus sauré de tous, et dont la nature l’a originellement investi, le droit de s’engager, de quelque façon que ce soit, par vœux temporaires ou perpétuels, à suivre tel genre de vie que sa conscience, maîtresse d'elle-même, aura jugé désirable.

L’humaine volonté soucieuse de ses intérêts, et persuadée de son inconstance, de sa mobilité dans les désirs, de son instabilité

ons, cherche naturellement un protéger contre i après la grâce divine, ment fixer dans le bien Dieu. «Ce n’est pour l'avantage de Dieu, mais pour notre propre utilité, que nous émettons des vœux dont l'effet est ee mn

! Voir Giobbio, Les, di dipl. eccl., vol. II, PP. 443-444 : Questions actuelles, t. LVIII, pp. 291-294.

* Som. théol., IT-I1® Q. LXXXVII, art, 4.

d'immobiliser, en quelque sorte, notre volonté dans la pratique de la vertu.» Et cette fixité dans le bien, spontanément cherchée ne déroge (ajoute le saint Docteur) ni à ia liberté de l’homme dont elle prévient les hésitations et les écarts, : ni à la dignité de sa personne qu'elle rehausse, au contraire, par un objectif plus noble et par un mérite plus éclatant. ?

Ne voit-on pas du reste, ailleurs que dans l’état religieux, les volontés se lier par des engagements absolus et permanents ? .

En tous les séminaires, —et personne ne s’en étonne,—des groupes de lévites offrent chaque année à Dieu leur jeunesse vigoureuse et se consacrent définitivement à lui par des promesses solennelles et par d’inviolables serments.

En tous les pays chrétiens, —et aucun esprit sensé n’y trouve à redire, —des jeunes gens, désireux de fusionner leurs cœurs et d’associer leurs vies, se jurent, en face des saints autels, une fidélité réciproque que ni la morsure du temps, ni la puissance des lois, ni les coups imprévus de la fortune ne pourront jamais entamer.

Ce sont là, certes, des situations graves, des ‘obligations très sérieuses, créées et maintenues par des liens indissolubles. Mais ces liens étroits, ceux qui les portent les ont librement voulus ; ces conditions d'existence, clercs ou laïques s’y sont allégrement et volontairement assujettis.

Le choix définitif d’un état de vie n’est, au fond, qu’un effet tout naturel et une application toute légitime du grand principe de la liberté.

Et dans l'émission, solennelle ou simple, des vœux que le religieux prononce, et par lesquels il se range sous le joug de la loi monastique, cette liberté se montre avec d'autant plus d'éclat que l'initiation préalable a été plus longue, plus calme, plus réfléchie, plus éloignée des influences terrestres et de la pression tumultueuse des intérêts et des passions. «Non, s’écriait dans un de ses plus beaux mouvements d'éloquence le comte Albert de Mun,* ce n'est pas le découragement et la lassitude, ce n'est pas la déception du cœur ni l’effroi de la vie qui peuplent les couvents ;

1 Ibid., ad 1.

* Som. théol., Q. cit., art. 6.

* Discours, t. VII, pp. 241-242.

c'est l'irrésistible et impérissable attrait -u sacrifice et du dévouement ; c’est le mystérieux besoin que la foi met aux Âmes croyantes d'accomplir, par le don de soi-même, la loi fondamentale du christianisme. Ne cherchez pas ailleurs le secret de la vie religieuse : il est 1à, à des profondeurs où les lois et les gouvernements ne peuvent atteindre, où s’alimente sa source intarissable et d'où s’élancent sans trève, vers le monde tourmenté d’ambitions, de révoltes et de passions, vers le monde refroidi par l'égoïsme, labouré par la misère et la souffrance, ces hommes et ces femmes qui ont renoncé à lui demander ses joies pour lui donner leurs exemples de pauvreté volontaire, de chasteté héroïque, d'obéis. sance réfléchie, de dévouement sans récompense humaine, quelquefois payé par l’outrage et par le mépris, et qui font ainsi, dans le sacrifice de leur liberté, le dernier, le plus magnifique, le plus décisif usage de la liberté elle-même. » 1

On ne saurait mieux dire.

Bien loin, donc, de s’anéantir sous le froc ou sous la cornette, la personnalité humaine s’y affirme par un geste admirable, Elle se place consciemment, délibérément, sans contrainte, dans une situation qui l’isole sans doute de la société et de l'atmosphère mondaine, mais qui, par cela même, lui assure, dans le repos des sens et dans la quiétude de la vie, l’entière possession d'elle-même et l'exercice régulier de ses facultés les plus hautes, de son acti. vité la plus féconde. C'est grâce à cet affranchissement moral que l’Âme religieuse, libre de toute entrave, peut à son gré, tantôt s'élancer vers les hauteurs divines, tantôt se replier sur les infirmités humaines et prêter à l'Eglise le Concours du ministère le plus zélé, le plus désintéressé et le plus secourable.

Ce ministère pourtant ne va Pas, aux yeux de tous, sans reproche. Et il est plaisant de voir comment certains libres penseurs, pris d’une sympathie touchante pour le clergé séculier, croient devoir lui signaler, dans le clergé régulier, un rival dangereux, imaginent entre ces deux clergés une opposition sourde et fatale, représentent les religieux comme des hommes soumis au Pape, mais indépendants de toute autorité locale ou nationale.

Cf. Questions actuelles, t. LVII, p. 198.

Léon XIII, dans sa belle lettre au cardinal Richard, ! dissipe en quelques mots ces absurdes fantômes. « Nous n’ignorons pas, dit-il, que, pour colorer certaines rigueurs, il en est qui vont

que les Congrégations religieuses empiètent sur la juridiction des évêques et lèsent les droits du clergé séculier. Cette assertion ne peut se soutenir, si l’on veut se rapporter aux sages lois édictées sur ce point par l’Egiise. En parfaite harmonie avec les dispositions et l'esprit du Concile de Trente, tandis qu'elles règlent d’un côté les conditions d'existence des personnes vouées à la pratique des conseils évangéliques et à l’apostolat, d'autre part, elles respectent autant qu'il convient l'autorité des évêques dans leurs diocèses respectifs. Tout en sauvegardant la dépendance due au Chef de l'Eglise, elles ne manquent pas, en beaucoup de cas, d'attribuer aux évêques son autorité suprême sur les Congrégations par voie de délégation apostolique. » ?

Il n'y a donc, dans le développement normal et autorisé des instituts religieux, ni de quoi justifier les défiances du clergé séculier, ni surtout de quoi exciter les susceptibilités et provoquer les rigueurs ou les animadversions de la puissance temporelle.

1 Lettre Au milieu des consolations, 23 déc. 1900.—Cf. Le Livre blanc du Saint-Siège sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France, ch. II.

* C'est la doctrine générale. Elle a reçu, lorsqu'il le fallait, des précisions lumineuses. « 11 s’en faut, déclaraient en 1902 les évêques de France, que les tions dites exemptes soient, en toutes choses, affranchies de l’autorité épiscopale. Leurs immunités sauvegardent la liberté de leur vie intime et de leur gouvernement intérieur. Dans leur action extérieure et publique, elles ne sont et ne peuvent être que les auxiliaires du clergé séculier, et conséquemment elles demeurent dans une grande mesure sous notre dépendance. En de récentes instructions, le Saint-Siège a pris soin de déterminer les points importants où cette juridiction de l'Ordinaire est maintenue et doit s'exercer à l'égard des Congrégations exemptes. Ces cas se refèrent justement aux circonstances où un gouvernement jaloux de ses droits pourrait conserver quelque ombrage : la fondation d’une maison dans le diocèse, les écoles publiques, les asiles, les hôpitaux et autres établissements de ce genre, la promotion de leurs sujets aux Ordres, la prédication, l'administration des sacrements, la consécration des églises, l'érection des confréries ou congréga- + tions privées, la publication des livres. » (Pétition en faveur des Congrégations)

Peu sûrs d'eux-mêmes sur ce terrain d'ordre moral, qui échappe trop manifestement, et en tout état social, à la juridiction civile, les adversaires des communautés religieuses se montrent plus conflants et engagent plus volontiers la lutte sur le terrain économique.

Promenant un regard scrutateur sur les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, ils en mesurent la portée matérielle, ils en Pronostiquent les Conséquences diverses, et ils s'élèvent avec véhémence contre ce qu’ils prétendent être un triple péril pour la prospérité publique.

L'élément fondamental de cet: il pas, en effet, dans la pleine et ince ergies vitales, et le vœu par lequel ’un et de l’autre sexe se dérobent, en c aux fonctions et aux charges de la famille, à leur source même, la force et la fécondité des na

fortement préoccupés de La

es, mais oublieux et insoumplique et que Sauvegarde le l'état religieux. Là

Au surplus, ce Qui appauvrit le sang d’un peuple, ce qui dessèche et ce qui tarit les Sources précieuses où se renouvelle cette sève nationale, ce n'est, disons-le sans crainte, ni le célibat voué par les moines, ni la chasteté gardée par les vierges : c'est le vice impuni, le libertinage éhonté, c'est la luxure et la débauche, dont le flot boueux noie tant d'êtres humains; c’est encore, et c'est davantage (les hommes de bien en gémissent) l’abominable pratique, qui partout va se propageant, d'une stérilité voulue, préço-. nisée, systématisée, à l'encontre des intentions les plus visibles de la nature et au mépris des lois les plus impérieuses de la morale.

Et pour enrayer ce travail néfaste de dépopulation, que font ceux qui déclament avec tant de violence contre les religieux et contre les vœux? N'est-ce pas, en vérité, dans leurs doctrines malsaines et dans leur politique impie et athée, bien plus que dans l’austérité virginale des couvents, qu’il faut chercher les causes effectives d’un mal si menaçant ?

Non, la vertu n'étouffe point les germes de vie, Fruit d’une foi courageuse, elle ne marque pas seulement, là où elle est en honneur, un haut degré d'énergie morale ; elle favorise et elle développe en une juste mesure la vitalité physique. : Mgr Giobbio a eu raison d'écrire : « Chez les peuples qui savent obéir à la loi de Dieu dans le mariage et aux appels de la grâce dans l'état réligieux, la population, loin de décroître, augmente en une proportion convenable, La virginité y maintient l'équilibre nécessaire et met au service des familles nombreuses et indigentes d'immenses trésors d'activité et de dévouement. »

C'est là, tout à la fois, l’enseignement d’une philosophie sociale éclairée et le langage sensé de l'expérience. Et, pour confirmer ces vérités d'observation, pas n'est besoin de sortir de notre pays. Nulle part, en effet, la fécondité de la race n'engendre, en des foyers mieux remplis, des générations plus robustes, et nulle part, non plus, les vocations religieuses ne se multiplient davantage et n’apportent au grand œuvre social une plus grande somme d’efforts soutenus, de commisération généreuse, de charité intelli. gente et dévouée.

Malgré la pauvreté dont ils font vœu pour eux-mêmes, les religieux, par leur application et leur empressement au travail du corps et de l'esprit, forment partout un élément considérable de progrès et de richesse. L’incapacité de posséder ou d’administrer à laquelle, selon la loi commune de l'Eglise, ils se condamnent, et que reconnaissaient jadis tous les Etats chrétiens, démontrent de leur part un désintéressement digne d'éloges ; ? elle ne signifie ni inaptitude ni inaction.

On leur reproche de thésauriser.

* Les. di diplom. eccl., vol. 11, p. 453.

* Voici comment un écrivain moderne fait ressortir le rôle social de la pauvreté monastique : « L'indigence volontaire vint se placer entre l'orgueil

et dont le et d'utiliser moments de la vie.

laborieuse et industrieuse que d’antiques server, enrichir, faire fructifier leurs proet que d’autres se sont créé de Puissantes et rces. On 2, de parti pris, singulièrement exagéré la valeur véritable de ces possessions et de ces ressources, 1 C'est une question de fait que nous n'avons Pas à traiter ici, I] suffit à notre dessein de mettre en évidence le Caractère hautement légitime et l'usage éminemment social des biens possédés par les Ordres et les Instituts religieux, En admettant, observait Léon XII, ?

à leurs propriétés ne soit Pas exagérée, les Congrégations possèdent honnête:

Par conséquent, les dépouiller serait a!

Il faut considérer, térêt personnel et

Par un abîime dans jes ciations religieuses

! Voir, par exemple, la discussion autour du milliard-fantôme des Con- £régations françaises (C' de Mun, Discours, t. VI, pp. 185 et suivi, ; Quest, act.,t, LVII, P. 144, t, XCIV, PP: 302 et suiv.),

* Lettre au card, Richard,

que ce sont d’anciennes demeures seigneuriales magnifiquement restaurées? Est-ce que ce sont des forêts où l’on chasse à coret àcri? Est-ce que ce sont des tirés de faisans ou des garennes de lapins? Non, ce sont, tout le monde le sait, des hôpitaux, des hospices, des orphelinats, des refuges, où s’abrite toute une population souffrante et misérable ; et si dans le nombre se trouvent quelques monastères où de pieuses femmes vivent dans une oisiveté apparente, mais dans une contemplation pieuse, plus utile peut-être que beaucoup de nos agitations, savez-vous en ce moment ce qu’elles font? Si ignorantes qu’elles soient des bruits du monde, elles savent cependant que quelque persécution les menace, et, suivant l'exemple de leur divin Maître, elles prient Dieu tout à la fois d’éloigner d’elles la persécution, mais, si elles doivent la subir, d'étendre sa miséricorde jusque sur leurs persécuteurs. ! »

Pour légitimer ces hostilités, on agite d’une main fiévreuse, sous les yeux pleins de convoitises du patronat bourgeois et du prolétariat affamé, le spectre de la mainmorte. Les communautés religieuses, par le renouvellemet partiel et successif de leurs membres, jouissent d’une sorte de perpétuité. Les individus

meurent ; mais les corps qui les renferment, et au sein desquels ces unités se succèdent, demeurent. Leurs biens, régis par une législation sévère et immobilisés entre les mains de personnes morales toujours les mêmes, ne connaissent ni la libre circulation du commerce ni le jeu éventuel des transmissions héréditaires. Ce sont, disent et répètent les voix ennemies, des valeurs mortes et perdues pour la société.

Nous touchons, par ce côté de la question congréganiste, au droit qu’a l'Eglise de posséder des biens meubles et immeubles, et de les posséder sous la forme que requiert sa qualité d’être social durable et permanent. Ce droit, dans ses rapports avec la législation civile, fera l’objet d’une étude particulière.

1 Quest. act.,t. LVII, p. 144.

Contentons-nous, pour le moment, d'observer que [a main. morte, considérée en clie-même, et dans les justes limites où nous la supposons contenue, n’est ni un mal qu'il faille supprimer, n1 un danger qu’il soit besoin de prévenir.

Elle est l’apanage naturel et comme l'instrument obligé de toute organisation visant un but d’une durée indéfinie. L'Etat, les Communes, les associations profanes libres et légalement reconnues, possèdent en mainmort ; et personne ne s'en effraie. * Nous ne comprenons pas qu’un mode de Possession, permis et inoffensif en des mains séculières, puisse devenir suspect par le fait seul que l'association possédante poursuit une fin religieuse.

Bien loin d'offrir, pour la société, le péril que l’on redoute, les biens de mainmorte, qu'ils appartiennent ou non à des maisons religieuses, sont un gage de prospérité. « La grande propriété foncière, dit l’abbé Moulart, ? est indispensable au progrès social ; elle est un des plus Puissants moyens de conservation, et une des bases les plus solides de la sécurité générale : il faut qu'il y ait dans la société des existences fortes et permanentes, toujours à même de faire les sacrifices qu’un avenir incertain peut à chaque instant exiger.» Par le travail constant et par les énergies variées et sans cesse renouvelées qui la fécondent, la propriété des corps religieux garde et accroît sa valeur. Son utilité semble circonscrite aux bornes mêmes de l’enclos des couvents. En réalité, elle se déverse, comme une vague fertilisante, sur le grand nombre de familles où les vocations se recrutent, sur l’infinité de pauvres, de malades, d’infortunés, secourus par la charité monastique, sur toutes les classes sociales qui, dans une si large mesure et de tant de façons diverses, bénéficient des œuvres congréganistes. ?

Religieux et religieuses de tout nom et de tout pays ne cessent, dans l'intérêt commun, de se dépenser, eux et leurs biens. Et l'obéissance qu'ils vouent, loin de créer en eux, comme leurs

1! Le Ce de Mun, Discours, t. VII, pp. 202-208. * L'Eglise et l'Etat, 4 éd., p. 575.

? Cf. Cavagnis, Inst. fur. publ. eccl., 1. TV, nn, 387-388 (g éd) ; C* de Mun, ouv. et é. cit., pp. 207-208,

adversaires le prétendent, une passivité aveugle, : et loin de ralentir leur ardeur pour le progrès spirituel et même matériel des peuples, ne fait au contraire qu’en activer la flamme. Par cette promesse, l'impulsion la plu: virile, l’ébrantement le plus efficace se communique aux volontés résolues ; et, dans tous les instituts, la règle est un ressort puissant qui opère des prodiges.

Cette activité est telle que d’aucuns croient la voir, ambitieuse et envahissante, s'introduire jusque dans le domaine politique. Nouveau prétexte invoqué contre les Ordres religieux, et qui semble bien, de tous ceux qu'on allègue, le plus grave par les intérêts qu'il met en jeu, et le plus insidieux par le vague dont il s'enveloppe.

On oublie ou l’on feint d'ignorer que l'esprit des congrégations fondées ou autorisées par la hiérarchie catholique, n’est et ne peut être que l'esprit de l'Eglise elle-même. « Vivant sous des règles qui n’ont absolument rien de contraire à une forme quelconque de gouvernement civil, » ? elles planent comme l'Eglise au dessus des contestations et des machinations de partis. Il peut sans doute arriver que des religieux et des prêtres, pour des raisons locales ou par entraînement personnel, fassent politique-

ment usage de leurs droits civiques. Ce n’est, en général, ni l’intérêt ni le désir des hommes voués au culte divin de descendre dans l’arène poudreuse où les opinions et les factions se disputent la conquête du pouvoir.

Nous supposons qu’il ne s'agisse que de questions et d’aspirations purement politiques. Dès lors, en effet, que la foi et la morale entrent en scène, c’est le droit certain et inviolable de

! Dans sa lettre au cardinal Gibbons (22 janv. 1898), Léon XIII repousse avec énergie la distinction faite par les Américanistes entre les vertus actives et les vertus passives, et, s'armant de toute son autorité de Pape et de Docteur, il prend la défense des vœux de religion contre «ceux qui affirment que ces engagements sont tout à fait contraires au génie de notre époque, en tant qu'ils restreignent les limites de la liberté humaine ; qu’ils conviennent aux âmes faibles plutôt qu'aux âmes fortes, et que, loin d’être favorables à la perfection chrétienne et au bien de l'humanité, ils sont plutôt un obstacle et une entrave à l’une et à l'autre. »

* Léon XIII, lettre au card, Richard,

l'Eglise de combattre, par toutes les forces dont elle dispose et par toutes les influences qui lui obéissent, les mesures qu'elle croit dangereuses, et les hommes qui les Patronnent ou qui les inspirent. Dans cette œu nécessaire et salutaire, comment s'étonner qu'’ell ses fils les plus vaillants ou qu’elle en i

Les institu

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