‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 10 sur 51 · L'ÉGLISE ; SES PRINCIPAUX CARACTÈRES SOCIAUX · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ; SES PRINCIPAUX CARACTÈRES SOCIAUX

son d'être, les propriétés, tout, pour en définir le rôle et la fin.

L'homme, apppelé Par un instinct de la nature à } | fait d'abord partie de la société domestique, | conditions essentielles de l'existence, ment intellectuel et moral.

mordial le force bientôt à 8 étendue, qui n’est, à bien di

f | une transformation naturelle de la société domestique: c'est la

| | | | | Messieurs,

la vie sociale, où il trouve, avec les

société civile, née du grou cités, se donnant la main

des citoyens, sur la justice,

intellectuelle et morale, voilà le double but que doivent poursuivre les sociétés humaines. C’est, assurément, une belle et haute mission, mais qui ne saurait produire tout le bien dont elle est capable qu’en s'enfermant dans certaines limites tracées par la nature elle-même. Ces limites, dérivées de la loi naturelle, lui sont imposées par les droits de Dieu, les droits de l'individu et de la famille, les droits de certaines associations libres, les droits surtout de la vraie Eglise ordonnée à la conquête des biens éternels et que cette fin supérieure place manifestement au-dessus de l'Etat.

J'ai nommé l'Eglise : c'est d'elle maintenant que nous devons nous entretenir. Et pour en parler pertinemment ct démasquer les erreurs qui lui disputent sa situation juridique, il importe de remonter jusqu'aux principes eux-mêmes et d'explorer les fondements sur lesquels repuse l'édifice social du christianisme : ce sera l'objet de cette troisième leçon.

Si nous considérons la société religieuse dans ses traits les plus généraux et abstraction faite des déterminations du droit positif, il est facile de prouver contre l'indifférentisme moderne que le droit naturel lui-même la requiert et l'impose. En effet, comme nous l'avons suffisamment établi, la vie sociale est rendue nécessaire par l'impuissance de l'homme isolé à réaliser par lui-même toutes les conditions de félicité et de progrès que sa nature exige. Or, de même que la société procure à l'individu cette part de prospérité et cette abondance de biens temporels qu’il rechercherait vainement par sa seule initiative personnelle, de même aussi elle lui assure les moyens les plus efficaces de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, d'en obtenir les secours qu'il espère, de travailler à l'amendement de ses mœurs et de sa vie, de mériter une félicité éternelle, Conséquemment la société religieuse n’est pas moins postulée par la loi naturelle que la société politique ellemême.

J'ajouterai qu’elle est antérieure à toute communauté civile, et que, contemporaine de la société domestique, elle a dressé ses autels vers le ciel avant que les rois aient pris place sur leurs

trônes. C'est ce qui faisait dire à Plutarque 1: } trouver des cités privées de murailles, de maisons, de £ymnases, | de lois, de monnaies, de lettres; mais un Peuple sans dieu, sans

prières, sans serments, sans rites religieux, sans sacri fices, nul n’en

“Vous pourrez

associations indépendantes les unes d vers un même but. Les uns, avec l'identité numérique, tout en étant plus parfaite, parce qu'elle répond mieux à l'unité de Dieu et aux rapports fraternels que la

es autres, quoique tendant | religion doit entretenir Parmi les humains, n’est cependant pas

Cavagnis 2, estiment que

comme Satolli 3, sont d'opinion que la fois l'unité d'espèce et l'unité de

Evidemment, Messieurs, la société religieuse même naturelle doit être partout spécifiquement identique, lui faut accomplir la même mission spirituel] mêmes doctrines, réglementer le culte divin,

Parce que partout il e, se faire l'écho des favoriser la moralité

et la vertu,

1— Cité par Aug. Nicolas, Etudes Phil. sur le Christianisme, 1, I, ch. 4, 2— Institutiones juris publici ecclesiastici, Vol. I, p. 37. 3— Prima Principia juris publ. eccl., de Concordatis, 1, V.

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outre, Dieu a pu pour des raisons spéciales et provisoires (c'est le cas de la nation juive) fonder dans les limites d’un seul pays une société religieuse destinée, sans toutefois exclure les autres nations, à exercer plus particulièrement son influence sur un peuple choisi. Mais il n'est pas moins vrai que, si l'on se place à un point de vue plus général et plus absolu, l’idée d’une société embrassant dans la sphère spirituelle de son action, de ses lois essentielles et de son gouvernement, l'humanité tout entière, sans distinction de races, découle logiquement des principes philosophiques par lesquels on établit l'identité de la tin suprême de tous les hommes, l'unité de leur espèce et l'inviolable uniformité de l'ordre moral.—C'est done, pour le remarquer en passant, non seulement contre le droit positif, mais même contre le droit naturel que s’insurgent ceux qui par de schismatiques desseins sèment des germes de discorde dans le sein de l'Eglise du Christ, ou coopèrent à la création et au maintien d’Eglises séparées et nationales. En affaiblissant ainsi le lien religieux d'où dépend la stabilité des Etats, ils entament le lien social lui-même et préparent les voies à la révolution.

De ce que nous avons dit sur la nécessité d’une société religreuse, il résulte que dans l'état de nature pure les hommes, par l'instinct supérieur de leur raison, seraient inclinés à rendre à Dieu un culte public et à s'associer entre eux pour des fins religieuses : la conscience éclairée leur en ferait même un devoir. Quelles seraient dans cette hypothèse (car l'état de nature pure n'a jamais été qu’une hypothèse} la condition normale du sacerdoce et ses relations juridiques avec la puissance civile, c'est là une question peu facile à résoudre et sur laquelle les opinions sont très partagées 1, Ce qui paraît néanmoins hors de doute — et l'histoire du sacerdoce païen nous confirme dans ce séntiment, ?

1—Cavagnis, ouv. cit., p. 299.

2—Cf. Satolli, De jure publico eccl, disceptationes historicojuridicæ, Discept, 1,

révélée.

Existe-t-il une Eglise directement instituée par Dieu ?— Cette question serait superflue, je pourrais même dire injurieuse à l'assemblée chrétienne qui m'écoute, s'il ne s'était trouvé, s'il ne

i des hommes soi-disant philosophes, guidés, à mières de la raison, et pourtant doute ce fait indéniable. D'après

1—Cavagnis, oup, cit., p. 304,

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