‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 11 sur 51 · RS RE · texte numérisé non relu

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les tenants du rationalisme moderne, il faudrait renoncer à voir “dans l'établissement de l'Eglise l'intervention directe de Dieu ou d'une puissance supérieure 1. Cette société, à l'instar de tant de sectes et de tant d'écoles philosophiques et religieuses, serait issue, par une sorte de génération spontanée, des aspirations et ‘des besoins d’un groupe quelconque de spiritualistes et de rêveurs, ‘ou encore ne serait que l'éclosion tardive, le terme d'évolution d'un germe demeuré longtemps stérile dans les entrailles de l'humanité.

Or, non seulement nos saints Livres, pour le moins aussi dignes de foi que les plus authentiques monuments de l'antiquité, redisent en termes précis comment Notre Seigneur, après avoir choisi ses Apôtres, prit l’un d'entre eux pour en faire le chef inconnu d’une société nouvelle, investie d’une mission spéciale, mais l’histoire tout entière n’a qu'une voix pour confirmer le fait éclatant de cette divine institution.

Bien plus, si on écarte des origines de l'Eglise la main créa- ‘trice de Dieu, l'existence ininterrompue de cette société devient le plus étrange des phénomènes et le plus impénétrable des mystères. L'abbé Duballet 2 éveloppe dans toute sa force cet argument victorieux : “ C’est, dit-il, par l'assistance du Saint-Esprit,

et non en vertu des causes naturelles, le plus souvent hostiles, que l'Eglise apparaît, grandit et subsiste à travers les siècles. Elle débute dans le monde, sans aucune force du monde, Pierre son fondateur et les premiers apôtres n’ont aucune influence, aucune science, aucune richesse, aucune puissance qui aient cours et succès dans le monde. S'ils sont de simples philosophes, pourquoi obtiennent-ils un succès que jamais, ni avant ni après eux, la philosophie n'a pu obtenir ni même ambitionner raisonnablement ? S'ils sont de simples politiques, pourquoi domptent-ils et

1— Voir Portmans, La divinité de Jésus-Christ, p. 318. 2— L'Eglise et l'Etat, t. I, pp. 187.88.

espérances immortelles glaive,

x muets ?

S'ils ne sont que des des gens honnêtes et vertueux, co

, Pour qui sait comprendre l’histoire, ce n'est Pas ainsi que se fondent et que vivent les sociétés purement humaines ”.

Certains historiens, planer sur le berceau

1— Dans Duball.:, ouv. cit.,t, I, p. 190,

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siècles d'une existence indécise et confuse, qu'elle aurait revêtu une forme sociale nettement accentuée 1,

Cette hypothèse ne vaut guère mieux que la précédente, et, si elle était admise, ruinerait par sa base le principe et l'autorité de la hiérarchie catholique.—Non, l'Eglise n’a reçu ni de la main des hommes, ni du hasard des vicissitudes historiques, les lois constituantes qui en ont fait l'admirable et incomparable société que nous savons, Notre Seigneur était trop sage pour l'abandonner, sans la parfaire au moins dans ses traits essentiels, aux luttes et aux éventualités de l'avenir ; il était trop soucieux du bien éternel des âmes pour lancer sur les flots agités des passions humaines cette arche de salut sans lui assurer d’abord par une constitution stable, par un caractère social définitif, toutes les garanties nécessaires de solidité et de pérennité.

Qu'est-ce qu'une société ? La philosophie nous répond : l'union de plusieurs hommes tendant à une même fin, par des moyens communs, sous l'impulsion et la direction d’une même autorité. — Il faut en premier lieu l'union de plusieurs hommes : car qui dit société, dit pluralité d'êtres capables de s'associer ; et l’assoc'ation ne saurait convenir qu'aux créatures raisonnables, parce que seules elles ont la faculté de percevoir une fin et d'y adapter par un calcul intelligent des moyens proportionnés—En second lieu, quand plusieurs personnes forment entre elles un corps social, c'est pour y poursuivre un but commun ; sans cela, leur union purement fortuite manquerait de lien. C’est ainsi que des savants s'unissent pour cultiver ensemble le champ de la science, des hommes d’affaires pour exploiter les ressources d'une même industrie. Fin commune, communs avantages entrevus et convoités,

1— Cette opinion, renouvelée du protestantisme rationaliste par certains catholiques modernisants, entre autres par l'abbé Loisy, fait partie des soixante-cinq propositions que vient de frapper le décret du Saint-Office (Lamentabili sane exitu, 3 juillet 1907). Voir prop. 52 et 53, ainsi que l'encyel. Pascendi dominici gregis de Pie X, 8 sept. 1907.

voilà la raison d'être, le principe générateur de toute société. — Cette identité de fin entraîne Par une conséquence naturelle {4 Convergence des moyens et l'unité d'action : c'est en faisant usage de procédés similaires, c'est en associant leurs forces, leurs intelligences, leurs volontés, leurs énergies individuelles, que les membres d'une communauté quelconque parviennent à atteindre le but qu'il ont en vue et à réaliser le bien qu'ils espèrent. —Mais comment souder entre elles ces forces parfois rivales et souvent disparates, comment les harmoniser dans un même effort, les faire converger vers un même but, sans un principe supérieur qui les régisse ? Ce principe, c'est l'autorité, nécessaire à l'existence et au fonctionnement de toute organisation sociale. Son nom pourra changer, sa mission d'ordre et de progiès ne change

Eh bien, si nous considérons l'Eglise telle qu'elle était au jour de sa fondation, il est aisé d'y reconnaître tous les traits caractéristiques d’une société Proprement dite: multitude réunie, fin <ommune, moyens identiques, autorité dûment constituée, rien n’y manque. — Ses membres, il est vrai, ne forment encore qu'un petit groupe; mais ce groupe initial, cette poignée de disciples, dans le pensée du Maître et sous sa forte impulsion, doit s'étendre, se développer, s'épanouir rapidement en une vaste et puissante association qui n'aura bientôt d'autres limites que les extrêmes frontières du globe 1, — Et que veulent ces premiers chrétiens ? Quel idéal les à séduits? A quel mobile obéissent-ils en prenant place parmi les initiés qui, groupés d'abord autour de la personne du Sauveur, puis plus tard autour de ses Apôtres, prétendent inaugurer un nouvel ordre de choses et orienter le-monde vers de nouvelles destinées ? Leur but n’a rien de secret, et il est le même pour tous; le Seigneur l’a assigné comme le terme de leurs efforts da raison première et régulatrice de toute leur existence : c’est, d’une manière prochaine, la sanctification de leurs âmes, puis, a

1— Matth. XXVIII, 19.20; ete,

comme fin dernière, le bonheur dans la vie éternelle 1. — Pour conquérir cette commune félicité, tous ont un égal usage des moyens de salut que le Christ a institués : foi anx dogmes révélés, pratique des vertus chrétiennes, participation aux mêmes sacrements 2, ces sources fécondes et inépuisables d'où jaillissent en flots pressés la grâce, la lumière et la vie.—Enfin, dès l'origine, nous voyons l'assemblée des fidèles soumise dans les choses religieuses aux directions d'une autorité régulièrement établie et chargée par Jésus-Christ lui-même de paître son troupeau, de gouverner son royaume, de régir cette cité nouvelle qu'il a bâtie sur une montagne et dont il veut que les drapeaux flottent et se déploient comme le symbole d'une haute et vaste puissance. Pierre est le chef suprême; mais des évêques, des prêtres, des diacres 3, de par la volonté divine, coopèrent à son œuvre, et composent dès lors cette merveilleuse organisation hiérarchique qui est la clef de voûte de la société religieuse et dont les traits essentiels n'ont jamais varié depuis.

Si M. Guizot, avee sa grande droiture et son esprit d'ordinaire si pénétrant, eûf fait cette rapide analyse que vous venez d’entendre et que les textes scripturaires (sans parler des témoignages patristiques) justifient si pleinement, il n'eût jamais écrit qu'avant le quatrième siècle le christianisme était sans doute une religion, mais qu'il n’était pas encore une Egiise 4.

L'éminent historien n’a pas su discerner les éléments constitutifs d’une société de ce qui n’en est que le développement historique et l'adaptation progressive aux besoins des âges. A son berceau même le catholicisme prit les dehors d'une institution sociale : dès les temps apostoliques, ses chefs promulguaient des

1—Tit. IL, 11-14.

2— Marc, XVI, 15-16.

3— Matth. XVI, 18-19; ébid. XVLII, 18; Act. XV, 2; 1 Tim. III, 8. 4— Cours d'histoire moderne ; voir Duballet, owv. cit., p. 190.

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enseignements, Prononçaient des sentences 1, dictaient des règlements ?, faisaient, en un mot, acte d'autorité et de £ouvernement

Nous avons vu plus haut, que, d'après le droit naturel luimême, la société religieuse doit jouir partout d'une certaine uniformité, Notre-Seigneur, en venant ici-bas restaurer l'ordre troublé de la nature, le transformer et, en quelque sorte, le diviniser par les opérations mystérieuses de sa grâce, ne pouvait manquer de donner à son Eglise l'identité de doctrine et l'unité de gouvernement. Cette unité, si bien faite pour symboliser et

polaire du monde religieux et moral; par ses clartés sereines, ses irradiations projetées de tous les points de l'histoire, elle à révélé aux intelligences avides de lumière, aux Newman, aux Manning et à tant d'autres, le chemin perdu de l'Eglise véritable.

Quoi de plus beau, quoi de plus admirable que le spectacle de cette société résistant À .ous les assauts de l’hérésie et du schisme, à toutes les coalitions du vice et de l'erreur, et conservant

1— Cor. V.

2— Ibid, X, 20.

3— Jean, X, 16,

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