‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 22 sur 51 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

2—Jean, XX, 21 ; Matth. XX VIII, 18-19,

3—Baudrillart, Quatre cents ans de concordat, p. 216,

TU

l'Eglise, et de le reconnaître comme maître de la vérité et le seul vicaire de Dieu sur la terre. Il ne peut done y avoir ni identité ni égalité entre les relations spirituelles d'un souverain catholique avec le chef de la hiérarchie et les relations d'un souverain temporel avec un autre... Si le cœur de Votre Majesté ne devait pas être touché par nc. paroles, nous soufirirons avec une résignation évangélique tout ce qui pourra nous arriver. Nous nous soumettrons à toute espèce de calamité et l'accepterons comme venant de Dieu. Nous affronterons toutes les adversités de cette vie plutôt que de nous rendre indigne de notre ministère en déviant de la ligne que notre conscience nous a tracée. ”

Ces belles et énergiques paroles démontrent le principe même q"'elles affirment, le droit qu'elles revendiquent. L'Eglise est audessus de l'Etat, et la raison de cette prééminence se tire principalement, comme l'insinue Pie VII, de la tin propre de ces deux sociétés, i

L'une, la société religieuse, a pour objet et pour tin les choses divines ; l'autre, la société civ‘le, se meut et s'agite dans la sphère des choses humaines. Or, n'est-il pas évident que le chuses divines l'emportent incomparablement sur les choses humaines ; que les objets terrestres, dans l'ordre de la Providence, doivent servir d'instruments et de moyens pour obtenir les biens spirituels et les trésors célestes ? La même relation, la même subordination doit donc exister entre la puissance civile et la puissance religieuse.—C'est cet argument qu'invoquait le cardinal Antonelli dans sa dépêche du 19 mars 1870 au comte Daur : “ Si, disait-il, la félicité temporelle, qui est la fin de la puissance . civile, est subordonnée à la béititude éternelle, qui est la fin spirituelle du sacerdoce, il s’en suit que les deux pouvoirs, dans la poursuite de leurs fins respectives, sont, d’après la mêne loi, subordonnés l'un à l'autre ; car la hiérarchie des facultés dépend de la corrélation des fins auxquelles elles sont destinées. ”

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Ce rapport de subordination de l'Etat à l'Eglise, Léon XIII, après saint Thomas, 1 l'assimile en quelque sorte au lien qui unit l'âme et le corps. “Il est donc, dit le Pontife 2, nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné non sans analogie avec celui qui dans l'homme constitue l'union de l'âme et du corps. On ne peut se faire una juste idée du caractère et de l'harmonie de ces rapports qu'en considérant la nature de chacune de ces deux Puissances, et en tenant compte de la noblesse et de l'excellence de leurs buts respectifs, Puisque l’une & pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts ter. restres, et l'autre de procurer les biens célestes et éternels, ”

Déjà l'illustre cardinal Bellarmin 5 avait développé la même pensée en des termes si clairs et si appropriés qu'il nous semble à propos de les reproduire textuellement : “ Les deux pouvoirs, écrit-il, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, sont dans l'Eglise comme l'esprit et la chair dans l'homme... Dans l'homme, la chair est jointe à l'esprit et, comme ils ne forment qu'une seule personne il faut entre eux une certaine subordination et une certaine connexion, La chair cn effet est soumise, et l'esprit Commande. L'esprit ne se mêle Pas aux actions de la chair, mais il la laisse accomplir tous ses actes comme elle les accomplit chez

les brutes ; cependant, lorsque ces actes nuisent à la fin de l'esprit lui-même, il commande à la chair, la châtie et, si cela est néces saire, ordonne des jeûnes et d'autres pénitences, même an Fix d'un certain dommage et d’un certain affaiblissement pour le corps ; il force la langue à se taire, les youx à ne Pas regarder, et ainsi de suite... De même la puissance politique a ses princes, ses lois, ses tribunaux, ses jugements, et la Puissance ecclésiastique ses évêques, ses canons, ses décisions. L'une a pour fin la paix temporelle, l'autre le salut éternel, Parfois elles se trouvent

1— Sum. theol., II-ITæ, Q. LX, a. 6, ad 3, 2— Encycl. Immortale Dei.

3— Controv., t. I, de Rom. Pontif. 1. V, c. 6.

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