‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 25 sur 51 · TES · texte numérisé non relu

TES

RS tennis

D io PSS DEEE

nus

d'Aquin se demande 1 si l'apostasie d'un prince chrétien est suffisante pour motiver sa déchéance et délier ses sujets du serment d'allégeance. Et l'angélique docteur, après avoir, pour s'y appuyer, rapporté le témoignage de Grégoire VII, n'hésite pas à répondre affirmativement. “ L'Eglise, dit-il, peut prononcer une sentence de condamnation contre ceux qui, après avoir professé la foi, l'abandonnent ; et c'est à bon droit que par ce jugement elle prive les princes chrétiens de toute autorité sur leurs sujets fidèles: car l'expérience démontre que cette autorité entre leurs mains s'exercerait au grand détriment de la religion.” L'auteur de la Déjense de lu déclaration de 1682 a cru trouver, contre le pouvoir indirect des Papes sur la puissance temporelle, un argument concluant dans le fait qu'aux premiers siècles de l'Eglise les chrétiens obéissaient fidèlement aux princes païens, et que cette obéissance humble et résignée, ils ne la refusèrent pas même à Julien l’Apostat. Si cet auteur (qui n’est autre que le grand Bossuet), mettant de côté les préjugés régaliens dont il était imbu, eût pris soin de rechercher dans les écrits des docteurs la vraie pensée catholique sur ce grave sujet, il aurait vu comment saint Thomas, en son langage ferme et lumineux, avait déjà, quatre siècles à l'avance, refuté l'objection gallicane. Se faisant à lui-même, dans l'ouvrage cité plus haut, ? cette objection qu'on nous, oppose, l'Ange de l'Ecole répond: “ L'Eglise des premiers temps n'était pas encore a88€Z puissante pour dicter ses volontés aux princes terrestres. C'est pour cela qu'elle laissa, quoique à regret, les fidèles obéir à Julien l'Apostat dans les choses non contraires à la foi, afin d'éviter un plus grand mal.” Rien de plus clair et de plus sensé.

Au surplus, le pouvoir indirect de l'Eglise dans l'ordre temporel s'appuie sur des raisons vraiment décisives.

1— Sum. theol., Il-Ilæ, Q. XII, art. 2.

2 Ibid., ad 1.

Fondée par Jésus-Christ Pour promouvoir les intérêts spirituels de l'humanité, gardienne zélée et incorruptible de la moralité et de la justice, cette divine société, personne ne le niera, se doit à elle-même de poursuivre l'iniquité partout où elle écinte, que ce soit dans la conscience des fidèles, sur les marches des trônes.

elle le juge opportun, évoquer quelles qu’elles soient, celles

ne voyonsénergiquement

et après un examen

et de la fin de l'Eglise et de l'Etat, établi

le principe fondamental de la prééminence sociale et juridique

de l’Église, par suite, de la subordination corrélative de J'Etat.

Or, cette hiérarchie de nature des deux sociétés, cette coordina-

tion de leurs fins et de leurs fonctions respectives, entraîne nécessairement une hiérarchie et une coordination de devoirs.

L'Eglise est supérieure à l'Etat : jamais donc les intérêts de ce

dernier, si importants soient-ils, ne doivent porter préjudice aux

intérêts religieux ; et s’il arrive

ion aux animadversions du Pape et des é

enr ne: -

Pareillement, l'Etat est subordonné à l'Eglise dans la mesure où sa fin, purement temporelle, se rapporte à la fin spirituelle de l'humanite. L'homme est fait pour le ciel : c'est le terme le ses travaux, la raison d’être de sa vie: tout, en regard de ce but, doit lui servir plus ou moins prochainement, plus ou moins eflectivement, d'instrument et de moyen. Si done parfois l'Eglise, dans ses efforts pour nous conduire vers nos suprêmes destinées, à besoin du concours de l'Etat, elle peut exiger ce Concours. Elle peut, pour faire exécuter ses ordres, réclamer des pouvoirs publies le service de la force et l'autorité du glaive. Elle peut demander aux sociétés démocratiques, en faveur d'une cause qui lui est chère, l'appui de l'opinion, le suffrage de l'électeur, le travail du législateur. Nous en avons vü, dans ce pays même, des exemples encore récents. ! Et, en tout cela, c'est du pouvoir indirect sur les choses temporelles que l'Eglise fait usage.

Ce pouvoir, il est vrai, n'a pas toujours recouru aux mêmes moyens ni fait appel aux mêmes sanctions.

Les premières influences dont l'Eglise dispose, sont l'exhortation, la prière et le blâme. « Le père, écrivait le pape Innocent II à l’empereur Alexis III, le père qui aime son fils le reprend de ses fautes, et Dieu réprimande et châtie ceux qu'il aime. Aussi ne faisons-nous que remplir le devoir de notre charge de pasteur en conjurant, gourmandant, blâmant, non seulement les simples fidèles, mais les empereurs et les rois eux-mêmes, et, que cela leur plaise ou non, en les exhortant à faire la volonté de Dieu.” ?

Alors que l'exhortation et le blâme ne suffisent pas, l'Eglise, si elle le croit utile, n'hésite pas à y ajouter les censures. Jadis, par la bouche d'un grañd évêque, elle interdisait à un empereur

Page 1