LA THÈSE SÉPARATISTE
Messieurs,
Nous savons ce que pense l'Eglise, ce qu'il nous faut penser nous-mêmes des rapports qui, d’après le plan divin et conformément aux enseignements du droit chrétien, doivent exister entre la société religieuse et la société civile. Cette doctrine, suffisamment claire en elle-même et directement établie par la démonstration que nous en avons faite, se précise et se confirme davantage, si on la met en regard du système qui repousse comme une servitude,—servitude de l'Etat selon les uns, servitude de l'Eglise selon les autres —l'union de ces deux puissances, et qui préconise hautement leur séparation.
Séparation, ici, ne veut donc pas dire simplement distinction, délimitation des deux pouvoirs: elle signifie autre chose. Elle comporte, dans son concept essentiel, absence ou rupture des relations d'alliance stable et d'entente cordiale qui font que l'Etat met ses institutions et ses lois en harmonie avec celles de l'Eglise, et qu’il prête, au besoin, à l'autorité religieuse le concours de ia force dont il dispose.
Ainsi entendue, la séparation entraîne trois conséquences nécessairement liées entre elles : premièrement, la négation de toute religion d'Etat ou, comme l'on dit en pays anglais, de toute Eglise “ établie ”; secondement, l'entière liberté, sinon la parfaite égalité de tous les cultes devant la loi ; troisièmement, la liberté
de l'enseignement et la liberté de la presse en matière religieuse. Ce sont là les traits essentiels du régime séparatif, quoique ce régime puisse varier, selon que l'Etat incline vers l'athéisme et e la sécularisation des services publics, ou qu’il retienne dans ses lois organiques et l'exercice de ses fonctions un fond de christianisme et de morale au moins naturelle.
En effet, les tenants du système de la séparation, dans l'opposition qu’ils font à l'union de l'Eglise et de l'Etat, ne se tiennent pas tous dans les mêmes limites ; ils n'obéissent. pas tous aux mêmes motifs, et ne se proposent pas tous le même objet.
Les uns,—et ce sont les libéraux sectaires de toutes nuances, athées, naturalistes, déistes,— veulent un Etat sans foi, sans culte, sans alliance avec l'Eglise et sans engagement envers elle, pour deux raisons : d’abord, pour que le pouvoir séculier garde en toutes choses une indépendance souveraine, et ne subisse l'influence d'aucune autorité religieuse ; ensuite, pour que ce même pouvoir, moins gêné dans ses mouvements, puisse plus à son aise et par des lois plus arbitraires réglementer, contrôler, asservir la liberté de l'Eglise et entraver le fonctionnement de ses institutions.
C'est cet esprit qui, en France, a depuis trente ans inspiré toutes les lois politico-religieuses à tendance séparatiste ; et c'est lui qui finalement, par l'abrogation du Concordat et par le vote de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, a poussé vers son terme et odieusement couronné cette législation tracassière : les discussions, auxquelles ce grave sujet a donné lieu, en font foi ; le texte législatif lui-meme en est une preuve manifeste. 1
1— Parlant de la loi de séparation, M. Méline, républicain modéré, disait aux auteurs de cette loi: “ Nous ne pouvons pas l’accepter, parce que nous estimons qu’elle ne réalise pas la véritable liberté religieuse. Ilsuffit de pénétrer dans l'examen des articles pour découvrir que vous ne donnez la liberté d’une main que pour la retirer de l’autre (Sénat, séance du 6 décembre 1905.
La politique de séparation rentre aussi dans le programme des catholiques libéraux :
même l'article fonda Non pas qu'à l'instar des ine ndent, en l'isolant de l'élément qui, en réalité, n'est
c'est d'assurer à l'Egl
souvent, disent-ils, et avec trop d'âpreté, les gouvernements de l'ancien régime lui ont Aisputée, transformant en moyen d'asservissement le lien traditionnel qui les unissait à la société religieuse. Pour en arriver là, ils prêchent avec ardeur et proclament du haut de toutes les tribunes le credo libéral, c’est-à-dire une protection égale accordée à tous les cultes, la tolérance de toutes les doctrines, l'octroi de toutes les libertés bonnes et mauvaises,
C'est au dernier siècle que le catholicisme libéral a grandi et fait école ; mais sa naissance date de plus haut.
L'alliance de l'Eglise et de l'Etat était à peine contractée que déjà des voix s'élevaient Pour la rompre, et en appelaient, comme aujourd’hui, à la modération et À la tolérance. L'empereur Gratien, dont saint Ambroise fut l'intime conseiller, dans son zèle très louable contre la superstition païenne, avait un jour fait disparaître du sénat de Rome l'autel que, de date immémoriale, le paganisme y avait élevé à la déesse de la Victoire. Gratien mort, il se fit parmi les païens, en faveur de la restauration de cet antique symbole, un mouvement d'opinion. Symmaque, préfet de Rome et personnage très considéré, fut chargé de rédiger et de présenter la requête par laquelle on espérait arracher au nouvel empereur une sentence favorable. Plusieurs membres Chrétiens du conseil d'Etat, précurseurs éloignés de nos libéraux modernes, semblaient, par politique, disposés à appuyer la demande de Symmaque ; mais l'énergie et la logique d'Ambroise furent assez puissantes pour neutraliser ces influences et faire rejeter
par le prince Valentinien et son conseil ls requête du sénat romain. !
Ce qu'un païen réclamait jadis au nom des faux dieux, des chrétiens et des catholiques l'ont naguère demandé et le demandent opiniâtrément tous les jours au nom d’une fausse paix, d'une charité mal comprise, d'une modération devenue pour eux une sorte de fétiche. Symmaque conviait tous les hommes à sacrifier sur l'autel de la victoire ; eux convient toutes les religions à sacrifier sur l'autel de la liberté.
Cette école, qui eut Lamennais pour chef, et dont Montalembert s'est fait à divers reprises, mais surtout au congrès de Malines ? (1863), l'interprète le plus éloquent comme le plus convaincu, compte encore dans tous les pays d'illustres représentants. Mgr Bonomelli en Italie, Mgr Ireland aux Etats-Unis, l'abbé Klein en France, pour ne citer que des noms ecclésiastiques, peuvent être considérés comme des porte-drapeau autour desquels se range toute une armée de clercs et de laïques.
1— Saint Ambroise, par le duc de Broglie, pp. 70-78 (5e éd.»
2— Citons ce passage très caractéristique de l’un des deux discours prononcés en cette occasion par le grand orateur : “ Je pose hardiment cette formule : dans l’ordre ancien, les catholiques n'ont rien à regretter ; dans l'ordre nouveau, rien à redouter. Contre les dangers inséparables de la démocratie, nous aurons, pour lutter, les ressources immortelles de la liberté. J'entends par liberté la liberté tout entière, non pas la liberté politique sans la liberté religieuse ; j'entends simplement la liberté moderne, la liberté démocratique fondée sur le droit commun et sur l'égalité, réglée par la raison et la justice. Pour moi, j'avoue franchement que, dans cette solidarité do la liberté du catholicisme avec la liberté publique, je vois un progrès immense. "—L'historien de Montalem. bert, le P. Lecanuet, dans la vie qu'il en a écrite, ainsi que dans un ouvrage plus récent, L'Eglise de France sous la troisième république, se fait, avec un talent plus brillant que sûr, l’apologiste déclaré des catholiques libéraux. Ses appréciations ne doivent, très souvent, être accueillies qu'avec une légitime défiance.
Si ces hommes, dont nous ne voulons ni contester la valeur ni suspecter les intentions, n'osent s'attaquer directement à la fhèse abstraite de l'union de l'Eglise et de l'Etat, par contre avec quel enthousiasme ils se rabattent sur l'hypothèse de la société actuelle dont les conditions s'opposent en plusieurs pays à la réalisation de l'idéal catholique! De cette hypothèse, acceptée comme pis aller par l'Eglise et par ses docteurs. 1: vont jusqu'à faire un système qu'ils exaltent, une théorie qu HS proposent en termes absolus comme la raison dernière Piogris reliyieux et social. 1
C'est ce système que nous allon: exeiain tte théo::: que nous croyons devoir combattre.
L'œil fixé sur la lumière des principe: et san à iv dans le détail des faits, nous dison: que le sépuratisine quelles que soient du reste les visées de ses défenseur st une ‘doctrine fausse, spécieuse, pleine de périls, une doctri *bsolument
condumnable et formellement condamn ct que les raisons,
invoquées pour la soutenir, ne sauraieul :‘ister À un examen sérieux.
C'est une doctrine fausse.
Cette proposition, conséquence immédiate des principes établis dans notre précédente leçon, devrait, ce semble, rallier tous les suffrages, sinon des rationalistes étrangers à la foi chrétienne, au moins de tous ceux qui se targuent de catholicisme, et qui n'ont pas perdu la notion vraie de l'Eglise et de son rôle dans le monde.
En effet, que prétendent les libéraux et qu'allèguent-ils à l'appui de leurs prétentions ?—que l'Etat n'est pas juge en matière religieuse, et que, fût-il juge compétent, il lui siérait mal de s'inféoder à une Eglise quelconque, alors que toutes les opinions, que toutes les religions, que tous les cultes ont un égal droit à sa tolérance et à sa protection.
1—Cf. leçon première, pp. 22-23
Ainsi parlent nos adversaires, sans se douter de l'erreur pro- ‘ fonde sur laquelle ils basent leur système.
L'Etat, disent-ils, n’est pas juge en matière religieuse. —Sans doute nous ne demandons pas au pouvoir séculier de sortir de sa sphère, de s'ériger, à la manière de empereurs de Byzance, en tribunal théologique, et d’y faire comparaître pêle-mêle, à côté de Jésus-Christ, Bouddha, Mahomet, Photius, Luther et Calvin, Voltaire, Rousseau, Renan. Un autre tribunal, plus élevé et plus compétent que le sien, a depuis longtemps prononcé sur ces questions d’un interêt si vital pour les individus et les sociétés. Dieu lui-même, par la bouche de son Fils adorable, nous a révélé la seule religion qui puisse sauver le monde ; il l’a entourée de signes certains, de témoignages infaillibles, d'éclatantes démonstrations ; il l’a confiée à une Eglise dont la pérennité seule suffrait à prouver qu’elle est d’origine divine. Tous, par conséquent, sans distinction d'âge, de condition, de pays, sont tenus de l’embrasser : ils le peuvent, et ils le doivent.
Ce que donc nous demandons à l'Etat, ce que l’on est en droit d'exiger de lui, de l’homme ou du groupe d'hommes qui le représente, c'est de ne pas fermer les yeux à la lumière qui éclaire tout esprit droit et toute âme sincère ; c'est d'agréer comme sienne la religion du Christ ; c'est de ne pas fair à cette religion l'injure de la mettre sur le même pied que les religions fausses, mais de lui donner dans les lois, dans les institutions, dans les conseils politiques, la place que sa divinité réclame ; c'est, en un mot, de faire régner Dieu sur la société,
L'Etat ne saurait se dérober à ce devoir, sans outrager le Maître suprême des hommes et des nations, sans jeter le mépris à la face de son Eglise, sans nier la fin surnaturelle à laquelle tout dans ce monde doit être subordonné et vers laquelle tout doit tendre, 1 sans transgresser la plus grave et la plus impérieuse de toutes ses obligations.
1— Pie X, Encycl. Vehementer, 11 fév. 1906.
Mais, reprennent les libéraux en chœur, toutes les opinions, toutes les croyances religieuses n’ont-elles pas, par le fait de la liberté humaine née elle-même de la bonté de Dieu, un égal droit à la protection ou à la tolérance de l'Etat ?
C'est le nœud du système cent fois délié par la main des théologiens catholiques et cent fois renoué par le zèle obstiné de nos adversaires,
Nous l'avons dit, il n'y & qu'une seule religion vraie : una Jides, unum baptisma. 1 Toute religion, en dehors d'elle, est fausse toute opinion religieuse qui la contredit est une erreur. Or, l'erreur n'a pas de droits. Elle est la négation de la vérité, comme le mal est la négation du bien; elle ne devrait pas être. Elle sème la division, le désordre, l'anarchie dans les facultés mentales ; sa présence est une menace pour la paix de l'âme, pour l'unité de la vie intellectuelle et la sérénité de la pensée.
C'est ce qui explique la rigidité dogmatique du catholicisme, cette intolérance de doctrine qui poursuit sans pitié, partout où elle apparaît, l'erreur religieuse, intolérance dont l'Eglise ne saurait, sans se renier elle-même, se départir un seul instant. Tout. fois, —et nous l'expliquerons mieux ailleurs—il est des circonstances qui rendent légitime la tolérance civile ou sociale d'une religion fausse : c'est de la prudence politique. Mais si parfois, pour éviter de plus grands maux, l'Etat peut et doit se montrer tolérant à l'égard des faux cultes, ces cultes eux-mêmes n'ont aucun droit à la liberté que les gouvernements leur octroient.
Dieu, insistent nos contradicteurs, n'a-t-il pas créé dans l’homme la liberté du bien et du mal? Et, s'il en est ainsi, n'est-il pas juste que l'Etat couvre de sa protection ce don du ciel, en laissant fleurir toutes les libertés vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises, qui en sont comme la conséquence naturelle et le fatal développement ?
1— Eph. IV, 5.
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Il est vrai, Dieu, qui voulait faire de l’homme un être méritant, lui a donné, avec l'existence, la liberté physique de faire le bien et le mal; mais sur cette liberté il a en même temps, —ce qu'ou ne remarque pas assez, —greffé l'obligation morale de ne faire que le bien et d'éviter tout ce qui lui est contraire. Et c'est pour rendre cette fuite du mal plus facile, c'est pour protéger l’homme contre sa propre faiblesse et l’élever en quelque sorte au-dessus de lui-même, qu’il le comble de lumières et de dons célestes, qu’il lui dispense par le ministère de ses prêtres les bienfaits d’une éducation religieuse, qu'il a créé autour de lui cette vaste atmosphère de christianisme où pendant si longtemps, grâce à l’heureuse alliance de l'Eglise et de l’Etat, flottaient et se déployaient à l'aise les principes de la foi catholique et les préceptes de la morale évangélique. Loin donc d’être justifiable de favoriser, par une froide indifférence, la diffusion de l'erreur et la liberté du mal, c'est le rôle de l'Etat d'aider l’homme, par des lois chrétiennes, par des actes et des décisions conformes aux directions religieuses, à surmonter les obstacles que l'ignorance, les préjugés, les passions font surgir sur sa route. Nier ce rôle, c’est méconnaitre l’une des fonctions principales du pouvoir politique. 1
Comment donc des catholiques sincères, des ecclésiastiques éminents ont-ils pu s'éprendre d'amour, s’engouer pour le régime séparatif jusqu’à le considérer comme un progrès véritable sur le passé, jusqu’à le proposer comme l'unique sauvegarde du présent et l'infaillible panacée de l’avenir ?
1— “ Lorsque les rois ne servaient pas encore le Seigneur, quand ils méditaient de vains projets contre Dieu et contre son Christ, l'impiété ne pouvait être réprimée par les lois, puisqu'elle y trouvait plutôt sa force... Mais depuis que la parole prophétique: Tous les rois l'adoreront et toutes les nations le serviront, a commencé à s’accomplir, quel est l'homme sensé qui voudrait dire aux princes: N'ayez aucun souci de savoir par quels hommes l'Eglise de votre Seigneur est honorée et par quels autres elle est combattue dans votre empire ? Il vous importe peu de savoir qui, dans vos Etats, s'adonne à la piété, et qui tient uno conduite sacrilège?"” (8. Augustin, Epist. 185 ou 50, n. 20).
La réponse est facile: il Y à dans cette manière de concevoir la société quelque chose de spécieux, des dehors de beauté, de générosité et de grandeur propres à séduire les esprits ardents et les cœurs enthousiastes. C'est ce qui a donné naissance à “ l'illusion libérale. ”
On s’illusionne d'abord sur la puissance de la vérité, et l'on dit et l'on répète qu'elle n’a rien à craindre des libertés qui ont cours dans la société moderne, 1
Certes, considérée dans l'ordre purement objectif, la vérité jouit d’une vertu intime, d’une force d'expansion, de persuasion, de démonstration, que n’a pas l'erreur, et qui lui assure sur celle-ci une victoire absolue et définitive. Immuable et indestructible, elle n’a rien à redouter de l'épreuve de la lutte, du choc des opinions, des libres manifestations de la pensée religieuse. Mais en est-il ainsi dans l’ordre subjectif ? Placés en face des contradictions, des chassés-croisés de l'esprit humain, naïfs spoctateurs de cultes nouveaux et commodes, auditeurs très crédules de harangues captieuses et de perfides insinuations, combien d'hommes, incapables de se hausser jusqu'aux régions lumineuses d'où la vérité plane sur le monde, se laissent prendre aux pièges qui leur sont tendus et trébuchent misérablement ! Le mal a ses séductions, l'erreur ses fascinations. Ce qui se passe en France et ailleurs, nous le Prouve surabondamment.
Que dirait-on d’un père de famille assez confiant dans la puissance et l'efficacité de la vérité, pour permettre à ses enfants toutes sortes de relations, pour leur suggérer toutes sortes de lectures, pour leur ouvrir toutes les portes du doute et tous les chemins de la libre pensée ? Pareil optimisme, surtout chez un catholique, paraïtrait à bon droit voisin de la folie, Ne raisonnons pas autrement, lorsqu'il s'agit de la société. Dans l'état de nature déchue,
1— 4 Loin que l'ordre soit détruit par le libre combat de l'erreur contre la vérité, c'est ce combat même qui est l'ordre primitif et éternel”. Paroles de l'Avenir, 12 juin 1831).
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nos conditions d’infirmité intellectuelle et morale exigent que la vérité soit aidée, protégée par les pouvoirs publics contre les dangers de l'erreur et contre les abus de la liberté.
La liberté ! Assurément, c'est, dans son sens le plus élevé, une belle et noble chose ; c'est en même temps un mot sonore, une expression enchanteresse dont la magie, étrange, mystérieuse, éblouit les plus grands esprits. Et là est pour l’école libérale la source la plus féconde et l'aliment le plus ordinaire de ses illusions 1. C'est à la liberté que cette école emprunte son nom : elle en chante passiomnément les louanges ; elle place en elle son plus grand espoir;elle-attend d'elle et d’elle seule toutes les grandes initiatives, toutes les œuvres généreuses, tous.lés progrès bienfaisants, et jusqu'aux triomphes les plus éclatants de la foi.
Pourtant, est-il sage d'espérer de la liberté plus que de l'autorité? N'y a-t-il pas péril à lui faire la voie large, à la laisser se précipiter sur la pente glissante, sans guère se préoecuper du frein supérieur qui seul pourra la retenir et la sauver ? Liberté et autorité ne sauraient se séparer: elles doivent marcher de front et agir de concert, dans un ferme et harmonieux équilibre. Ce sont deux fcrces-sociales qui se complètent l’une l’autre, qui se subordonnent l’une à l’autre, et qui, privées de ce mutuel contrepoids, aboutissent fatalement, l’une à l'anarchie, l’autre au despotisme. L'autorité sans la liberté produit la tyrannie ; la. liberté sans l'autorité engendre la licence, et une licence souvent
1— On connait la célèbre inscription de la Roche-en-Brény : “ Dans cet oratoire, Félix, évêque d'Orléans, a distribué le pain de la parole et le pain de la vie chrétienne à un petit troupeau d'amis, qui, depuis longtemps habitués à combattre ensemble pour l'Eglise libre dans la Patrie libre, ont rensuvelé le pacte de vouer de même le reste de leur vie à Dieu et à la liberté ”’ (12 oct. 1862). Présents : Alfred, comte de Falloux ; Théoeph. Foisset, Aug. Cochin, Charles, comte de Montalembert ; absent de corps, wais présent d'esprit, Alfred, prince de Broglie. (Voir Louis Veuillot, par Eug. Veuillot, t. III, ch. 16, 6e éd.)
Nous ne le savons nçaise, où la liberté, te fauve, commit en accumula plus d'horreurs, lança
malsaines que ne fit l'absolutisme royal dans l’espace de plusieurs siècles.
La formule si chère à l'école libérale, “ L'Eglise libre dans
trouve son équivalent dans cette autre formule moins équivoque, mais aussi moins rassurante : “ L'erreur libre dans l'Etat libre. ” 1
Ce qui-n'a pas peu contribué à entre l'illusion-créée par le prisme trompeur de la liberté
la société de Saint-Vincent-de- Pa,
notre admiration.
naquirent sous le régime des libertés modernes, peut-on sûrement conclure
cence directe et le produit-nécessai fait si bon marché, n'a-t-il pas, grandir des œuvres analogues et XIX: siècle est fier de ses Laco:
XVII° ne montre-t-il Pas avec orgu Si, à travers mille alternatives d’ ment chrétien contemporain s'est conselants, n'est-ce pas, d'autre
Part, sous l’ancienne monarchie qu'est né et qu'a travaillé li
nfatigable apôtre de l'instruction
1 — C'est le titre d’une brochure écrite, par M. Du Val de Beaulieu Veuillot, ouv. et endr. cité.)
peu après le congrès de Malines, et qui eut l'approbation de Rome (Eug.