‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 30 sur 51 · ARE UE · texte numérisé non relu

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populaire, Jean-Baptiste de la Salle ? Et n'est-ce pas encore cette même monarchie qui peut se glorifier d’avoir donné naissance à l'immortel “ Monsieur Vincent, ” dont Ozanam et ses amis ne furent, en réalité, que les généreux disciples et les fervents imitateurs ?

Un prélat distingué 1 a écrit deux livres bien connus et justement appréciés, où éclate ce frappant contraste que, si la foi au dernier siècle à remporté de brillantes victoires, le doute de son côté a fait de nombreuses victimes.

En effet, l’un des fr. ,is les plus amers et en même temps les plus communs Gu régime de la séparation et du règne de toutes les libertés, c'est le scepticisme. Lorsque tant de théories rivales se donnent libre carrière, lorsque tant de systèmes religieux et irréligieux se croisent, se combattent, se disputent l'empire des âmes, cette audace de la pensée, s’attaquant à tout et remettant tout en question, amène comme fatalement la lassitude des | esprits, l’'émiettement, le morcéllement de la doctrine. L'intelli- | gence faussée et désemparée perd la vérité de vue ; elle se prend à douter ; elle ne sait plus où jeter l'ancre de ses convictions et de ses croyances.

Rien de plus vrai que cette parole d’un écrivain français 2 :“ Une nation chrétienne n’est pas dans l'ordre, lorsque la vérité y a, 1 pour unique garantie de sa liberté, la liberté de toutes les erreurs.” || Ce régime dissolvant n’a pas seulement pour effet de briser ; l’unité des intelligences et d'entamer, par l'erreur et le doute, l'intégrité des doctrines. 11 fait plus : par la tolérance des maux auxquels il ouvre la porte, il énerve et déprime les âmes ; il les marque d’une empreinte de modérantisme flasque et résigné ; il les habitue à voir d’un œil indifférent les violations du droit, à

1— Mgr Baunard, auteur de La foi et ses victoires et Le doute et ses victimes.

2— M. A. de Margerie, cité par Mgr Baunard, Hist. du Card. Pie, t. II, p. 205 (2e éd.)

assister impassibles aux triomphes de l'injustice, à couvrir même d'un manteau de faciles excuses les lâchetés de la conscience et les habiletés d'une politique plus préoccupée d'elle-même et de la satisfaction de ses convoitises que des vrais intérêts de ceux qu’elle doit servir.

Où s'arrêtera le mal ?

Dès que cesse l'union entre l'Eglise et l'Etat, ce dernier, s'enfermant dans le cercle rétréci de ses vues et de ses ambitions terrestres, ne tarde pas à retirer à la vraie religion toutes ses préférences, et à la mettre avec les autres cultes sur un pied de parfaite égalité. Et parce que, de nos jours, beaucoup n’ont pas honte de professer pour la nature, leur seul dieu, le culte exclusivement dû à l’Etre suprême, le pouvoir publie, par complaisance pour ce naturalisme abject, ou pour n’en pas heurter les opinions et les compromissions, se fait athée.

Or, l'athéisme d'Etat lève les dernières barrières qui pouvaient prémunir et protéger la société contre le despotisme. Lorsqu'une nation ne croit plus à Dieu, qu'elle l'a banni de ses parlements, de ses prétoires, de son armée, de ses écoles, de ses hôpitaux, de sa vie sociale tout entière, toute règle de morale disparaît à ses Yeux ; toute notion du juste et de l'injuste s'efface dans sa conscience. Il ne reste plus, chez ceux qui gouvernent, que l'âpre volupté d’un pouvoir sans frein, et, chez ceux qui sont gouvernés, que l'ardente appétition d'une part égale dans cette juuissance.

D'un côté, les puissants du jour, jaloux de l'influence exercée par l'Eglise sur les âmes et impatients des obstacles que sa doctrine oppose aux passions frémissantes, se dressent dans leur orgueil et tournent contre elle, sinon la brutalité du glaive, du moins les formalités et l'astuce traîtresse des lois : c'est le césarisme.

D'un autre côté, les masses populaires, que n'éclairent plus les lumières de la foi, que ne retient plus dans l'ordre l'idée de Dieu, de conscience, de vie future, dont on a inconsidérément proclamé les droits sans mentionner les devoirs, ces masses inquiètes,

affamées, pleines de désirs, se lèvent et s’ébranlent ; elles portent Ja main sur tout ce que les siècles avaient respecté ; elles se jettent à l'assaut de tout ce qui, jusqu’à ce jour, faisait la force, la prospérité, la stabilité des peuples : c'est le socialisme.

Ce ne sont pas là de simples déductions aprioristiques que nous faisons ; c'est plutôt de l'histoire contemporaine que nous rappelons. Le spectacle de certains pays d'Europe, de la marche que les idées libér:! -: y ont suivie et de l'abîme qu’elles y ont creusé, fait voir, mieux ave tous les raisonnements, où mène le tolérantisme qui, séparax: : société de la religion, la livre de gaîté ce cœur à toutes !:s ::-bitions, à toutes les dépravations et à toutes les erreurs.

A côté de ces tristesses s'offrent, nous l’avouons, de consolantes perspectives et des motifs sérieux d'espérer. Jamais, par exemple, depuis plusieurs siècles, l'épiscopat français n'a paru plus fortement ni plus universellement uni au Saint-Siège que le lendemain du jour où la France officielle consommait l'acte de séparation de la société civile et de la société religieuse. Voudrait-on, par hasard, exploiter ce fait au profit du libéralisme et en faire honneur au régime des libertés modernes ? La conclusion serait plus que risquée, et il y aurait lieu de répondre que ce resserrement de l'unité catholique,—chose remarquée non seulement en France, mais Cans tous les pays,—loin d'être due à la liberté, provient en ligne directe du renforcement de l'autorité et de l'infaillibilité pontificale solennellement affirmées par le concile du Vatican. Or, personne n’ignore quelle attitude d'hostilité ouverte ou latente prirent les libéraux, même les libéraux catholiques, à l'endroit de ce grand acte dogmatique de l'Eglise universelle.

Rien done d'étonnant que, depuis plus de cent ans, Rome n'ait laissé passer aucune menifestation importante du libéralisme et aucune expression retentissante des doctrines séparatistes, sans protester contre ces théories pernicieuses et sans les condamner dans les termes les plus formels.

Quand ls Révolution française, issue de causes diverses mais surtout de l’orgueil luthérien et voltairien, fit avec fracas éclater tous les cadres de l'ancienne société chrétienne pour arborer sur ses débris l'étendard d’une liberté absolue de pensée et d'action, Pie VI ne fut pas lent à élever la voix et à prendre la défense des vrais principes religieux et sociaux si violemment attaquée. 1

Plus tard, quand Lamennais de ses mains fiévreuses reprit le drapeau libéral pour le planter, en chantant l'hymne de la liberté, sur le palais des chefs d'Etat et jusque sur les murs de l'Eglise, Grégoire XVI dans sa célèbre Encyclique Mirari vos 2 n'hésita pas à réprouver cette entreprise téméraire. Le Pontife remontait à la source du libéralisme né de l'opinion perverse que toutes les religions sont Lines, et il montrait du doigt, avec une énergie rare, les funestes conséquences de cette doctrine.

Plus tard encore, quand le libéralisme assagi, mais non anéanti, par la condamnation de l'Avenir, voulut profiter du congrès de Malines pour définir son Programme et tenter, par un coup d'éclat,

de conquérir l'opinion publique, Rome s'émut et Pie IX saisit cette occasion de frapper, en la démasquant, une erreur d'autant plus dangereuse qu'elle semblait se produire sous une forme plus subtile. Il le fit en deux actes mémorables qui eurent un immense retentissement : l'Encyclique Quanta cura, 3 et le Syllabus. L'Encyclique, dirigée contre les erreurs du temps présent,

1— Allocution consistoriale du 29 mars 1790 ; Bref au card. de la Rochefoucauld, 18 mars 1791 ; Allocution consistoriale du 17 juin 1793.

2— 15 août 1832.—Le R. P. Lecanuet (Montalembert, t. 1, pp. 269 et suiv.) laisse entendre que si Lamennais eût écrit de nos jours ce qui inquiéta il Y à 60 ans la Cour romaine, Rome n’eût pas songé à le blâmer, parce que, dit-il, depuis cette date la Papauté ‘a évolué. ” L'Avenir fut condamné Pour des questions de doctrine (tbid. P. 324), et la doctrine de l'Eglise ne change pas plus avec la démocratie que sous les monarchies. Pie X vient de le prouver,

3—8 déc. 1864.

décrivait ces erreurs en elles-mêmes et dans leurs résultats; puis elle indiquait à grands traits l'enseignement doctrinal qu'il importe d'y opposer.

Nous en détachons la page suivante qui touche de plus près à notre sujet: “Il ne manque pas aujourd'hui d'hommes qui, appliquant à la société civile l'impie et absurde principe du naturalisme, osent enseigner que la perfection des gouvernements et le progrès civil exigent que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie religion et les fausses. De plus, contrairement à la doctrine de l’Ecriture, de l'Eglise, des Pères, ils ne craignent pas d'affirmer que le meilleur gouvernement est celui où l’on ne reconnaît pas au pouvoir l'obligation de réprimer, par ls sanction des peines, les violateurs de la religion catholique, si ce n'est lorsque la tranquillité publique le demande. Partant de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, fatale à l'Eglise et au salut des âmes, et qualifiée par notre prédécesseur de délire, que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré dans tout Etat bien constitué; et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles qu'elles soient, par la parole, per l'impression ou autrement, sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse la limiter. Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent ni ne considèrent qu'ils prêchent une liberté de perdition ”: liberté, ajoute l'Encyclique, qui permet de résister à la vérité, qui bannit la religion, qui éteint la vraie notion de la justice et du droit, qui substitue à ces choses sacrées la force de l'opinion publique ou des faits accomplis et la morale de l'intérêt.

Après Pie IX, Léon XIII, le grand docteur des temps modernes, à qui personne ve reprochera d’avoir méconnu les aspirations de son époque, jugea lui aussi très opportun de remettre sous les yeux

des peuples l'enseignement catholique concernant l'organisation de la société chrétienne, Les deux Encycliques Zmmortale Dei 1 et Libertas præstantissimum 2 où, à la lamièro des vrais principessur la nature de l'Eglise et de l'Etat, les questions de libéralisme sont traitées avec tant d'autorité et de précision, resteront comine des modèles de clarté doctrinale et de sagesse pontificale,

Pie X à son tour est venu ajouter à cette série d'enseignements dogmatiques et de condamnations apostoliques portées contre le libéralisme. Dans son Encyclique Vehementer provoquée par la loi de séparation des Eglises et de l'Etat en France, il réprouve hautement la thèse séparatiste comme funeste à la société civile autant qu'à la religion, puis il déplore et il dénonce la politique néfaste qui, par une insolente législation, vient de briser l'alliance traditionnelle du Saint-Siège avec la grande nation française.

Impossible done, en cette matière, de se méprendre sur la véritable pensée de l'Eglise.

Aussi, les libéraux les plus attachés aux croyances catholiques sont-ils, pour ne pas rompre avec ces croyances, condamnés à se faire comme deux mentalités ou deux consciences, l'une pour la théorie, l'autre pour la pratique. En théorie, sans doute, la foi leur interdit de croire que l'Eglise puisse à tort condamner la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; mais, en pratique, de combien de prétextes, de raisons juridiques, de considérations historiques, ils s'ingénient à couvrir et à envelopper le système qui leur est cher !

C'est ainsi que, pour amener l'Eglise à accepter de bon cœur et sans regret du passé le régime séparatif, ils se plaisent à décrire et à vanter les bienfaits du “ droit commun ”, comme si cet état social d'égalité pour tous et de liberté pour tout, pour le faux comme pour le vrai, pour le mal comme pour le bien, offrait à la religion les meilleures conditions de prospérité et de succès.

MICROCOPY RESOLUYION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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