‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 31 sur 51 · IE IS · texte numérisé non relu

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Cet argument, d'apparence plausible pour ceux que les mots peuvent séduire, n’a pas trompé l'œil éclairé des pontifes romains. Léon XIII, dans son Encyclique aux catholiques de France 1, mentionne le vœu libéral “ que l'Eglise soit réduite à la liberté de vivre selon le droil commun à tous les citoyens ”; puis il s'empresse de faire remarquer que c'est là “une situation précaire ”, et que, si en certains pays les catholiques doivent la subir, ils ne seuraient indéfiniment et universelleme

Le droit commun ! Est-ce bien là tout ce tout ce qu’il faut revendiquer pour une société d’un rang à part, d'un caractère manifestement surnaturel, et qui, pour ce motif, l'emporte incomparablement sur toutes les institutions sociales : Pour une religion qui est la seule vraie, la seule investie par Dieu du droit de vivre, de s'organiser, de se développer, d'étendre son action sur les individus et sur les peuples ? S'en tenir au droit commun, n'est-ce pas ravaler l'œuvre divine au niveau des œuvres humaines, n'est-ce pas mettre le Créateur sur le même pied que sa créature et prétendre imposer une loi sociale à Celui de qui

toutes les sociétés dépendent ?

Sans doute la liberté du droit commun sans entraves, vaut mieux

nt s’en coatenter.

qu’il faut souhaiter,

, quand elle s'exerce que la persécution ; mais elle vaut moins que la protection d’une puissance politique alliée et bienveillante. “ Avec lu liberté, l'Eglise passe ; avec la protection, elle est aidée ; avec la liberté, elle n’a qu’une force, la sienne ; avec la protection, elle en a deux, la sienne et celle qu'on lui prête. La liberté entoure l'Eglise de concurrences plus ou moins ardentes, qui lui disputent les esprits. Elle n'a contre leurs attaques que la ressource de sa parole, de sa prière et de son sang. Elle livre des combats héroïques qui la sauvent, sans sauver toutes les âmes dont elle est la gardienne. L'Eglise est résignée à sa destinée ; cependant on lui pardonnera aisément

1—16 fév. 1892.

d'en regretter une autre, non Pas parce qu'elle est plus douce, mais parce qu'elle assure mieux, avec son règne, l'honneur de Dieu et les intérêts des individus et des peuples, ” 1

Ce n’est pas ce que pensent certains écrivains, admirateurs fervents du catholicisme américain, et l’un d'eux invite les catholiques d'Europe à aller voir aux Etats-Unis l'Eglise “ débarrassée par un Pape de génie des vieilles entraves que l'on prenait pour des soutiens ”. 2? Ce pays, où plus qu'ailleurs peut-être prévaut le droit commun, revêt aux yeux de plusieurs, à travers le mirage des distances, une sorte d'auréole: là est l'avenir du christianisme, là est l'idéal de l'Eglise.

Certes, nous nous garderons bien d'être injuste envers une contrée qui, Dieu merci, ne se contente pas d’ériger à la liberté des statues et d'en célébrer les gloires, mais qui, en outre, lui permet de vivre et de se mouvoir, de susciter et de couvrir de son ombre tutélaire les associations civiles et religieuses les plus recommandables,

C'est grâce à cette liberté, garantie dès le début par la constitution des Etats fédérés et, dans la suite, par les Législatures locales, que le catholicisme américain, auquel l'immigration n'a cessé d'apporter les plus précieuses recrues, s'est singulièrement développé, qu'il a formé et agrandi sa hiérarchie, qu'il a créé, avec l'organisation matérielle du culte, les œuvres de plus en plus nombreuses, de plus en plus florissantes, d'instruction, de piété, de charité et de bienfaisance sorties de son sein, etrépandues sur tout le territoire de la grande république.

D'autre part, nous ne saurions partager l'illusion confiante et l'optimisme par trop naïf de ceux qui, se laissant éblouir par ces

1—R. P. At, Levrai et le faux en matière d'autorité et de liberté, d'après la doctrine du Syllabus, t. IT, pp. 341-42 (6e éd.)

2— L'abbé Klein, Préface de l'ouvrage: L'Eglise et le siècle, par Mgr Ireland.

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progrès, perdent presque entièrement de vue les douloureuses réalités auxquels ils sont mélés.

En ce pays de libéralisme juridiquement établi, sur cette terre où fleurit la neutralité constitutionnelle en matière religieuse, non seulement les catholiques ne doivent attendre des gouvernements aucune protection, mais, à raison même de leurs croyances, ils se voient très souvent l'objet d’une réelle hostilité administrative et d’un ostracisme politique des plus injustes. 1

On a dit que le christianisme formait la base du droit public des Etats-Unis. Cette assertion est inexacte, tution fédérale, l'Etat américain ne patronne comme il n’en peut prohiber aucune. 2 Si les premiers Etats fédérés furent rédigées dans u cet esprit, dans les constitutions plus récentes, à fait place à la liberté religieuse la plus absolue. Tout au plus certains actes officiels portent-ils la trace d’un vague déisme et de sympathies protestantes dont les catholiques n’ont pas lieu de se réjouir.

A dire vrai, l'Eglise catholique des Etats-Unis paye cher les avantages matériels et la situation sociale dont elle jouit. Et, si elle possède pour elle-même et Pour ses œuvres la liberté du bien, à combien de dangers ses enfants ne se trouvent-ils pas exposés par suite de cette liberté enfiévrée du mal qui sévit par toute l’Union et qu'aucune loi ne réprime ! Les écoles publiques sont pour ceux qui les fréquentent des foyers actifs d'irréligion et de’ dépravation. Une atmosphère de naturalisme, de sensualisme, de matérialisme, pèse sur la nation entière : tout en est imprégné, les lois, les mœurs, la littérature, la presse, les

D’après la constiaucune religion, constitutions des n esprit chrétien,

1— Les catholiques sont, en fait, e tout où ils ne forment pas des grou d’avoir dans l'ensemble de l’ de leurnombre”, p. 63, 4e éd.)

2— Ibia., pp. 23.

xclus des fonctions publiques parpes très compacts, et ils sont loin Union des positions officielles en proportion (Claudio Jannet, Les Etats-Unis contemporains, t. II,

théâtres. Aussi, que de catholiques, cédant à l'influence du milieu, perdent la foi de leurs pères et vont grossir les rangs du protestantisme ou de l'incrédulité ! 1

L'Eglise américaine a fait et ne cesse de faire des pertes cruelles, que les conversions relativement peu nombreuses opérées autour d’elle parviendront difficilement à compenser.

Léon XIII avait donc bien raison de dire, dans son Encyclique Lonyingua oceani 2, aux évêques américains : “ Il faut se garder d’une erreur : qu'on n’aille pas conclure que la meilleure situation pour l'Eglise est lle qu'elle a en Amérique, ou bien qu'il est toujours permis et utile de séparer, de disjoindre les intérêts de l'Eglise et de l'Etat comme en Amérique. En effet, si la religion catholique est honorée parmi vous, si elle est prospère, si même elle s'est accrue, il faut l'attribuer entièrement à la fécondité divine dont jouit l'Eglise, qui, lorsque personne ne s'y oppose, lorsque rien ne lui fait obstacle, s'étend d'elle-même et se répand. Pourtant, elle produirait encore bien plus de fruits, si elle jouissait non seulement de la liberté, mais encore de la faveur des lois et de la protection des pouvoirs publics. ”

Paroles plus sages et plus autorisées ne pouvaient clore plus grave débat.

1— 4 Près des trois quarts des Américains vivent complètement en dehors de la pratique positive et suivie d’un culte ” (Ibid. p. 25).—Voir aussi J. Tardivel, La situation religieuse aux Etats- Unis, pp. 144.45 : cet ouvrage est à lire.

2— 6 janv. 1895,

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