‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 4)Chapitre 35 sur 51 · Voir saint Thomas d'Aquin, ouv, ete · texte numérisé non relu

Voir saint Thomas d'Aquin, ouv, ete

trad. Goschler ndr. cit,

N'oublions pas, en outre, que l'Eglise avait fait beaucoup pour humaniser et régulariser la Poursuite criminelle. Après bien des yhi hésitations et des diversités d'opinions privées, et à l'encontre de Th préjugés populaires invétérés, elle avait, par la voix et l'influence de ses pontifes, réussi à purifier les mœurs judiciaires du duel et des autres épreuves appelées ordalies ou jugements de Dieu. 1 Innocent III venait, de Plus, d'y introduire une autre réforme importante, en substituant à la Poursuite particulière, trop sou- [A vent arbitraire, la poursuite d'office et la méthode inquisitoriale,

d’après laquelle, le juge, recevant des rapports dignes de foi sur ni} un crime ou un délit, est tenu er vertu même de sa charge de rechercher la vérité du fait et de son auteur, d'entendre jes témoins, de recueillir avec un égal soin les motifs d'accusation, de justification et d'excuse, pour baser sur ces actes un jugement équitable, 2 Il était donc naturel que l'Eglise, également avide de justice et portée à la commisération, fit tous ses efforts pour établir le tribunal de l’Inquisition sur des bases de parfaite impartialité.

à Les inquisiteurs étaient choisis parmi les esprits les plus sages,

| les plus prudents, les plus désintéressés. On leur adjoignit des

experts ou assesseurs non moins recommandables, 3 Des peines

1! particulièrement graves châtiaient le faux témoignage et l'incul- 1 pation malicieuse du crime d’hérésie. L'inculpé, de son côté, était sûr de trouver dans de nombreuses précautions et garanties Juridiques une protection efficace. La torture devait son origine aux tribunaux séculiers ; des Fapes la condamnèrent 4, et lorsque l'Inquisition crut plus tard devoir l'employer, elle fut l'objet de

1—E. Vacandard, Etudes L'Eglise et les Ordalies.

2— Dictionnaire encyclopédique, vol. cit., p. 431, 3— Vacandard, L'Inquisition, p. 165.

4— Gaffre, ouv. cit., p. 42,

de critique et d'histoire religieuse, 1905:

esse sn

dispositions spéciales prises par l’antorité religieuse pour prévenir tout abus possible de la force. 1 Quant au supplice du feu, c'était une peine empruntée au droit romain par les légistes du moyen âge, et, nous le savons, seule la puissance civile l'avait décrétée et l'appliquait. 2

De tout cela il résulte qu'aucune raison sérieuse ne justifie les violentes invectives et les paroles malveillantes lancées par tant d'écrivains hostiles ou inconsidérés cotre l'Eglise au sujet de l’Inquisition. Les cruautés qu'on lui reproche accusent, à coup sûr, l'influence regrettable des passions humaines ; elles ne sauraient, équitablement, être regardées comme la condamnation des tribunaux qui en furent l'occasion.

De bonne ou de mauvaise foi, il arrive trop souvent que l'on confonde l’Inquisition romaine avec l’Inquisition espagnole, établie au quinzième siècle, et différant, par plusieurs côtés, du tribunal inquisitorial en usage depuis plus de deux cents ans déjà dans divers pays.

Ce fut surtout pour protéger l'Espagne contre l'action, à la fois antireligieuse et antinationale, des Juifs et des Maures baptisés et relaps que les souverains de cette contrée, Ferdinand et Isabelle, érigèrent, avec l'approbation de Rome, le célèbre tribunal connu dans l’histoire sous le nom d'Inquisition espagnole.

Ce tribunal était mixte : ecclésiastique sans doute, puisque le Saint-Siège avait concouru par bref spécial à son institution, et que ce bref autorisait les personnages d'Eglise à y siéger; S mais politique aussi, vu la part considérable prise par les souverains

1— Dictionnaire etc., vol. cit., p. 432.

2—“ Le bûcher, écrit M. Lea, écrivain peu suspect de tendresse pour l'Eglise, n'a fait comparativement que peu de victimes.” (Dans Vacandard, ouv. cit. p. 249), 3—Pastor, Fistoire des Papes depuis la fin du moyen âge (trad. Raynaud), t, IV, pp. 369-376.

espagnols dans son érection et son organisation, et vu la présence de jurisconsultes laïques dans le Cons

La conséquence fut

s politiques du pouvoir royal. Des abus s le Saint-Siège protesta ontre le gré de Ferdinand

8 ‘tirèrent en cour de Rome, cassèi ion, excommunièrent plus d’un inquisiteur. a, en 1519, les inquisiteurs de Tolède. Outre Léon X, Grégoire XIII chercha à adoucir les procédés de ce tribunal; Paul III se Plaignit amèrement de l'Inquisition d'Espagne et prit sous sa protection ceux qui s’opposèrent à son introduction dans le royaume de Naples. ” 1 Ajoutons que l’Inquisition espagnole, partageant en cela le sort de l'Inquisition romaine, a été manifestement calomniée. On a déuaturé le caractère des peines portées par ce tribunal et exagéré à plaisir le nombre des victimes, Les autodafés (représentés comme d'immenses brasiers, allumés et attisés par les

es actes de grâce, ou à de réconciliation avee

1— Dictionnaire ency, 2— Ibid, p. 439.

3— Pastor, ou. cit., p. 376.

clopédique etc, vol. cit., p. 437.

ence Assurément, et nous ne songeons nullement à le dissimuler, l'Inquisition espagnole commit des fautes, des injustices, des pour cruautés ; mais sûrement aussi, par le rempart ferme et redouté des qu'elle éleva contre l'hérésie, elle rendit à l’tspagne les plus vbus signalés services. Et si ce pays, mieux que tent d'autres, n pu ; 4 esta jusqu’à l'heure actuelle, et malgré l'effort des sectes, conserver 4 and son union officielle avec Rome, l'esprit religieux de sa monarchie } en et de ses institutions, n'est-ce Pas aux rigueurs inquisitoriales 4 en qu’il le doit ?

ent En France, les doctrines hérétiques eurent plus libre cours et des causèrent, nous le savons, plus de troubles. Le protestantisme s à français se montra remuant, agressif, séditieux. Ses agissements Lux et ses progrès inquiétaient au plus haut point le chef de l'Eglise, “ sè- Pie V, qui s’en ouvrit dans plusieurs lettres. “ Le vandalisme des | lus Huguenots était notoire. On ne parlait que de prêtres massacrés, urs d'églises pillées, profanes, incendiées, détruites, partout où ils les vassaient en armes. Et ce n'était là, dit le pontife, que les moinde dres de leurs forfaits. Ils avaient osé attenter À la dignité 20- royale et essayé de s'emparer de Charles IX. La perturbation \. à qu'ils jetaient dans l'Etat et leurs attaques dirigées contre la : rt religion catholique formaient des crimes de lèse-majesté à In fois a humaine et divine” 1 Un écrivain 2 à résumé en ces quelques | et mots la situation faite à la France par les menées protestantes : À é- “ Conspiration à l'intérieur, complicité à l'étranger, révolution ! es sociale et religieuse, usurpation féodale et politique. ” Ar. à Pie V, tout préoccupé de conjurer de si grands maux et de 1 conserver à la France son unité religieuse et nationale, ne se fit pr 1- pas faute d’exciter et de réchauffer le zèle de Charles IX contre les ! u hérétiques, “ tout en demandant qu'on leur fit une guerre ouverte À À

1— Vacandard, Etudes de critique et d'histoire religieuse: Les Papes et if la Saint-Barthélémy, p. 229, F 2— Le comte de Falloux, Hist. de saint Pie V,t. I, p. 221 (2 éd.)

a rneinits ii rète

et qu'on les châtiat d'après les lois existantes.” 1 Grégoire XIII, son successeur, ne pensa Pas autrement ; et l’histoire impartiale, Pièces en main, démontre que si ces deux pontifes désirèrent l'anéantissement de l'influence protestante en France, ils n'eurent aucune part dans l'attentat du 24 août 1572, terrible hécatombe qui, par l'ambition cruelle d’une femme et l'explosion farouche des haines populaires, fit parmi les protestants un si grand nombre de victimes, 2 Nos adversaires crient hautement à l'intolérance de l'Eglise et rejettent volontiers sur elle la responsabilité de crimes qu'elle n'a ni commis ni approuvés. Mauvaise foi et calcul : ils espèrent par là détourner l'attention publique de leur propre intolérance 3 et de leur propres méfaits Quels sont, en effet, ceux dont la clameur bruyante, grosse d'injures pour les pontifes romains, retentit à travers tent de journaux, tant de pamphlets, tant de

1—Vacandard, ibid P.239.— Quiques lignes auparavant, l'érudit écrivain parle avec un certain mépris des idées médiévales de Pie V, renouvelées, dit-il, des Hébreux, et qui ne sont qu’une forme relative, passagère de la pensée humaine. Si ces idées, dans la société, n'eussent fait place au libéralisme né de l’amoindrissement du Principe d'autorité et du libre examen, On ne verrait pas de nos jours le pouvoir civil en proie à tant de crimes anarchiques, ni la France chrétienne se débattre, meurtrie et pantelante, sous la botte des juifs et des franc-maçons.—Il est bon de rappeler que Pie VI, fidèle à la pensée de ses prédécesseurs, dans une allocution du 26 septembre 1791, appela l’édit de Nantes rendu par Henri IV en faveur des hérétiques un “ édit ruineux et funeste qui à été la source principale des maux qui bouleversent aujourd’hui le royaume et la religion, édit,

pour ce motif, ccndamné dès son origine par le Siège apostolique ’ (Onclair, De la Révolution et de la resta:

turation des vrais Principes sociaux, t. III, p. 238).

2— Vacandard, ouv. cit ÿ—aussi Lefortier, Premières guerres de la religion en France.

3— Cf. Janssen, L'Allemagne et la Réforme (trad. de l'allemand), t. V, D. 488 et suiv.

La Saint-Barthélemy et Les

livres remplis de calomnies et de haine ? Quels sont les dénon- <iateurs les plus empressés et les plus violents de l’” -quisition romaine ? Notons-les bien : les apologistes de l'inquisition protestante et de Luther écrivant qu'il faut assommer le Pape 1; Jes panégyristes de l'inquisition huguenote et de Cal in faisant brûler à petit feu Michel Servet : 2 les défenseurs de l’astncieuse et san- &uinaire politique d’Elizabeth d'Angleterre ; les prôneurs de l'inquisition jacobine et les louangeurs de ces monstres à tête humaine, fils de révolution, qui trempèrent leurs mains dans le sang le plus pur de la France. 3

Les méthodes inquisitoriales furent pour l'Eglise un moyen nécessaire de défense ; elle avait à sauvegarder l'intégrité de sa foi, le trésor de ses traditions, la vie menacée de ses institutions. Les sectes, qui ont rempli l'histoire de l'infamie de leurs actes et du bruit de leur brigandage, naquirent d'une pensée de révolte, et elles ne se livrèrent à tant de cruautés que pour faire triompher l'erreur, l'injustice et le mal.

Le contraste est frappant.

L'Eglise, dans sa lutte contre l'hérésie, fut sévère, mais juste ; l'hérésie, luttant contre l'Eglise, n'a été qu'injuste, brutale et

“sanguinaire.

“ La tolérance, a écrit le comte de Falloux, n'était pas connue des siècles de foi, et le sentiment que ce mot nouveau représente ne peut être rangé parmi les vertus que dans un siècle de doute. ” 4 Cette remarque, entendue, comme elle doit l'être, de la tolérance civile, est juste. Et elle nous livre le secret de la différence notable qui existe entre la conduite de l'Eglise et des souverains catholiques du moyen âge et la conduite de l'Eglise et des gouvernements modernes, même catholiques, à l'égard de l'hérésie.

1— Gaffre, ou. cit, p. 175.

2— Ibid, p. 290.

3— Ibid., pp. 327 et suiv.

4— Ou. cit., Introd., p. 37-38.

Contre l'hérésie naissante les pouvoirs p’.blics devaient sévir : nous avons vu pourquoi. Contre les hérésies établies et fixées par des racines déjà vieilles dans le sol des nations, ils peuvent et doivent user de tolérance. Voilà pourquoi, si l'édit de Nantes fut une faute, sa révocation tardive ne saurait, croyons-nous, être considérée comme digne d'approbation.

“ L'Eglise, dit pertinemment l'abbé Moulart, 1 n’use point de son pouvoir contre ceux qui errent par ignorance dans la foi, ni

contre ceux qui, nés de parents depuis longtemps étrangers à la religion catholique, élevés dans les préjugés et 1

reconnaissent pas l'autorité de l'Eglise, ni, contre ceux qui ont falsifié la forme e baptême. L'Etat doit imiter cette conduite de l'Eglise, 11 faut politiquement tolérer les sectes dissidentes qui existent en vertu d'un fait historiquement accompli. Dans ces circonstances, il n'est plus question de conserver l'unité religieuse, puisqu'on la

suppose brisée ; mais on cherchera à la rétabli: par les moyens de douceur et de persuasion, ”

’aveuglement, ne à plus forte raison, t la matière essentielles du

Ces paroles laissent suffisamment voir les procédés de zèle bienveillant et de prudente charité dont les catholiques useraient envers les protestants, si ceux-ci dans les contrées où ils dominent

présentement, venaient, un jour ou l’autre, à perdre la prépondérance et le pouvoir.

1— Ouv. cit., p. 317.

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