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LES DROITS DE L'ÉGLISE EN MATIÈRE SCOLAIRE

Si les parents donnent à l'enfant, né de leur amour, la vie du corps, c’est l'honneur de l'Eglise, propagatrice de la foi et dispensatrice des trésors divins, de faire éclore en son âme une vie plus haute, et d'y jeter, comme en un fertile sillon, des semences surnaturelles de vérité et de vertu. Combien grande est sa mission, et combien juste le titre, que cette mission lui a fait décerner, de mère de chrétiens !

Mère: l'Eglise porte noblement ce nom sacré; elle remplit admirablement cette fonction auguste; elle en accepte voiontiers les charges, elle en possède sans contredit tous les droits; et c'est pourquoi, fermement, opportunément, elle revendique sa part d'action dans l’œuvre de l'éducation de l'enfance et de la jeunesse,

Dès l’union contractuelle des époux, par l'autorité qu'elle exerce sur le sacrement de mariage et par les grâces qu'elle répand sur ceux qui le reçoivent, elle atteint pour le bénir, l'eufant qui va naître, aux sources mêmes de la vie. Elle se penche tendrement sur son berceau; elle suit d’un œil attentif ses premiers pas, elle surveille et inspire ses premières paroles; elle fait aux parents, qui sont comme ses mandataires naturels ! et ses représentauts obligés au foyer de la famille, un impérieux ?

1. “Cum patres christiane instituant filios quatenus ipsi membra Fi lesie sunt, hinc fit ut sint organa naturalia Ecclesiæ, quia juris nature et ut Ecclesia utatur opera patrum pro christiana institutione filiorum, cumulati cum aliis suis ministris ” (Cavagnis, /nst. Jur, publ. eccl., vol. IL, p. 31, éd. 3).

2. Voir à ce sujet la belle lettre pastorale de NN. SS. les Archevéques et Evèques des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa sur

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devoir de veiller sur lui, de réprimer ses caprices, de lui apprendre les premiers bégaiements de la prière, d'initier son esprit aux premières idées religieuses, sa conscience aux premières responsabilités du devoir.

Les parents se rendent-ils assez compte de l'importance de leur rôle et des conséquences sérieuses, Pour ne pas dire décisives, qu’entraîne l'exercice des fonctions délicates de l'éducation domestique ?

Quoi qu'il en soit, et de quelque manière que cette tâche préalable soit remplie, ce n’est encore, chez l'enfant, qu’une initiation bien imparfaite aux connaissances que la vie chrétienne requiert et aux obligations et aux pratiques qu'elle impose. Son esprit vient À peine de s'éveiller, de s'extérioriser et de prendre contact avec les objets qui l'entourent. A mesure que se fera le travail de sa formation, que se dérouleront sous ses regards surpris les champs de plus en plus variés de l'instruction, les horizons de plus en plus élevés de la science, il faudra que l'Eglise, dans sa maternelle sagesse, soit là pour lui dire quel usage faire de cette instruction et quel profit tirer de cette science. Il faudra que sa main, forte et douce, ingénieuse et tendre, à Ja fois divine et humaine, pétrisse et façonne cette âme jeune et naïve, et la pénètre tout entière de foi, de religion et de vertu.

C'est pour cela que de tout temps l'Eglise catholique a réclamé comme une attribution propre de sa charge, et comme une fonction capitale de son ministère, le droit d'enseigner.

N'est-elle pas en effet un ponvoir essentiellement enseignant ? N'a-t-elle pas reçu de Celui qui est la source de tout droit, et le principe de toute autorité, un mandat sacré dont les termes ne souffrent aucune restriction, et qui lui confère de la façon la plus solennelle la mission d’instruire tous les hommes et de Porter aux oreilies de toutes les nations les enseignements de

l'Education, 19 mars 1804 (Mand, des Evêques de Québec, nouvelle série, vol. IV).

Dieu et les commandements de sa loi? «Toute puissance, dit Notre-Seigneur à ses apôtres, m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes Les nations, leur apprenant à observer fout ce que Je vous ai commandé 1.»

Ces paroles établissent sur les bases inébranlables du droit divin le magistère ecclésiastique; et ce magistère, sans lequel l'évangélisation des âmes et la conquête spirituelle du monde eussent Cté impossibles, constitue l’un des pouvoirs les plus essentiels et les plus féconds de l'Eglise, celui d'éclairer les esprits, de régir les consciences, d'orienter les générations vers leur fin suprême. Le Maître des hommes, et le fondateur souverain du christianisme, voulut lui-même en investir les apôtres et, dans la personne des apôtres, tous les chefs et tous les minis. tres futurs de l'Eglise. « Quelle ouissance subalterne aura le droit de leur barrer le passage? Quelle politique osera jeur défendre d'enseigner? Qui osera faire dépendre leur enseigne. ment d'un placet royal, ou d’un diplôme du gouvernement, où du permis d’un ministre de l'instruction, où d’un iuspecteur de la sécurité publique, ou d’un directeur des cultes, ou d'un échevin, ou d’un commissaire de police ??»

Le pouvoir d'enseigner, conféré par Jésus-Christ à son Eglise, ne s'étend sans doute directement et Principalement qu'aux dogmes révélés et aux vérités morales qui forment l'objet de l'enseignement religieux, et qui éclairent et dirigent les rapports surnaturels de l’homme avec Dieu. Dans ce domaine, la puissance ecclésiastique, chargée, à l’exclusion de toute autre, des intérêts spirituels, jouit d’un monopole. L’Apôtre l’a marqué clairement en maints endroits de ses épîtres *, et un jour il n’hésita pas À prononcer l’anathème # contre quiconque prêcherait un autre évangile que celui dont Dieu l'avait fait le héraut.

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