Lettre pastorale de :894 citée plus haut
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On attribue à un maître de la morale antique cette parole d’un sens si profond: « L'esprit des enfants n’est Pas un vase que nous avons à remplir, c’est un foyer qu'il faut échauffer.» S'il en est ainsi, «où, s’écriait M. le comte de Mun l, ira-ton chercher la flamme, où irat-on demander le secret de ce qui est grand et de ce qui élève, si ce n'est à la religion? Qui pourra parler à un enfant de dévouement, de respect, d'abnégation et de sacrifice, sans lui parler de Dieu et sans chercher, ailleurs que sur la terre, des perspectives qui attirent son cœur et qui décident son courage ? »
C'est donc pour mieux accomplir ie travail d'éducation reti. g'euse et de formation morale auquel elle se livre, que l'Eglise veut aussi ét simultanément s'occuper d'instruction profane. C'est dans cet espoir qu'elle ne s'épargne aucun souci, qu’elle ne recule devant aucun sacrifice pour établir des écoles primairés, pour créer et entretenir des maisons d'enseignement secondaire, pour fonder, jusque de ses propres deniers, des universités ?, Ces institutions, lorsqu'elle les dirige elle-même, s’impréguent plus fortement de son esprit ; les enfants et ies jeunes g°us qui en sortent, connaissent mieux les principes de la religion, sont plus au fait de leurs devoirs, et portent plus vaillam. ment leur nom de chrétien.
Il n'en faut pas davantage pour démontrer combien, par une extension très naturelle et très légitime de sa mission, l'Eglise est justifiable de mettre la main à l’œuvre de l'instruction ct de l'éducation générale,
Tâche laborieuse, mais sublime. L'histoire nous a appris comment, dès les premiers siècles du christianisme et jusqu'à nos jours, les papes, les évêques, les fondateurs d'ordres et d’instituts religieux s’en sont acquittés. Leur succès n’a eu d’égal que lenr dévouement. L'Eglise à vraiment créé l'éducation
1, Discours, I]. Discours bolit., t. 1, p. 330, 3e éd.
2. C'est le cas, on le sait, de l'Université Laval fondée exclusivement aux frais du Séminaire de Québec.
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populaire !; l'instruction secondaire et l'instruction supérieur lui doivent leurs meilleurs progrès et leurs plus utiles conquêtes
De nos jours, il est vrai, ces services rendus par le catholi cisme À la cause des lettres sont méconnus; ils n’en constituen pas moins l’un des faits les plus considérables de l'histoire, et c« fait, par une sorte de prescription séculaire, se transforme en ur droit sacré. On ne tient pas école pendant dix-huit siècles pour le plus grand bien de la jeunesse, et sous l'œil appro bateur des peuples et des rois, sans y avoir ou sans ÿ acauéri: quelque droit.
Le souvenir d'une œuvre si bienfaisante et si odieusement calomnié: inspirait à M. le comte de Mun cette protestation émue *: «Celle qui, pendant quinze siècles, avait, pour ainsi dire, tenu la France entre ses bras comme une mère porte son enfant, guidant ses [as à travers les âges barbares, adoucissant peu à peu ses mœurs à mesure qu’elle versait la foi dans les âmes, formant son esprit et cultivant son intelligence, c'était l'Eglise catholique. Laissez moi Ja saluer d'un hommage fili! et dévoué. Chaque jour eile est abreuvée d’outrages et ce calomuies, et jusque daus les palais législatifs on la renie, on l’aceuse, on la condamne: c'est l'heure pour ses fils de se serrer étroitement autour d'elle et de lever son étendard plus haut que jamais. »
Ce que M. de Mun disair si éloquemment de l'Eglise de France, n'est pas moins vrai des autres pays où le christianisme a pénétré: l’évangélisation des peuples les plus déchus comme les plus barbares, leur civilisation progressive, leur formation morale et intellectuelle, leur éducation scciale, furent l'œuvre des mêmes auôtres ; elles se sont accomplies pur la même foi, par la mème
charité, par les mêmes dévouements,
“1 glise est la propre mère de Fécoie, si lon prend ce mot dar d'établissement de formation pour les masses” (Keprésentation à eveques de Bavière au roi, 1864: dans Godts, ous. cit, p. 772).
2, Cuv, Ct ici, D: 350.
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Au reste, jamais l'Eglise, en réclamant pour elle le droit d'enseigner même les lettres profanes, et de dispenser aux laiques sous toutes les formes, et À travers toutes les phases scolaires, les bienfaits de l’éducation, ne se montra exclusive. Loin de là, nous l’avons vu, —et il est bon de le redire, —quand, sous l'ancien régime, la liberté d'enseigner, une liberté sage et honnête, se trouvait en péril, c'est à Rome comme au palladium de tous les droits que les opprimés avaient recours, et c'est Rome en effet qui prenait leur défense en élevant contre les accapareurs et les envahisseurs, fussent-ils clercs ou moines, la barrière de son autorité.
L'Eglise ne s’est jamais opposée, elle ne s'opposera jamais à ce que, dans de justes limites, l’enseignement soit libre.
Toutefois, lorsque d’autres mains que les riennes ouvrent des écoles, et que d’autres éducateurs que ses ministres en assument la direction, eile ne saurait fermer les yeux sur ces entreprises et rester à l'écart. Au contraire, il lui faut veiller à ce que dans ces écoles l'instruction religieuse et l'éducation morale reçoivent toute l'attention et tous les soins qu'elles méritent.
A cette fin, les juristes chrétiens lui attribuent un double rôle, un rôle négatif, et un rôle positif.
[ls lui reconnaissent d’abord le droit de répression et de contrôle sur les institutions scolaires de toutes sortes, sur toutes les branches de l’enseignement qui se donne, comme aussi sur tous les maîtres qui en sont chargés. C’est une conséquence directe, nécessaire, de la mussion juridique de gardienne de la foi et de la morale dont l'Eglise a été investie. « Faites en sorte, écrivait Léon XIII aux évêques de Hongrie !, qu’il ne manque pas d'écoles recommandables par l'excellence de l'éducation et de la probité des maîtres; et que ces écoles relèvent de votre autorité et soient placées sous la surveillance du clergé. Nous vouions que cela s'entende, non seulement des écoles élémentaires, mais aussi de celles où l’on étudie les belles-lettres et les hautes
it. Encvel, Ouod multum, 22 août 1886.
sciences !, » Cette autorité des évêques et cette surveillance du clergé constituent, dans tous les établissements scolaires, comme un solide rempart contre les doctrines perverses et les hommes pernicieux ou imprudents qui les patronnent.
Mais une attitude purement défensive ne suffit pas. On atte:d davantage de l'Eglise, et ses pouvoirs .‘ vastes, et si appropriés à tous les besoins, comportent en effet une action plus étendue, et une influence pos/tire sur la marche des écoles.
Les papes l’ont enseigné à plusieurs reprises? « Il est, dit Léon XIII #, souverainement injuste d’exclure du domicile des lettres et des sciences l’autorité de l'Eglise catholique, car c'est à l'Eglise que Dieu a donné la mission d'enseigner la religion, c'est-à-dire la chose dont tout homme a besoin pour acquérir le salut éternel.. La sagesse politique elle-même conseille de laisser aux évêques et au clergé l-ur part dans l'instruction et l'éducation de la jeunesse,» Or, cette participation dans l'œuvr éducatrice serait illusoire, si l'Eglise ne pouvait prescrire ni exiger tout ce qu'elle juge nécessaire pour garantir l'efficacité de la formation religieuse et morale des enfants et des jeunes gens.
Parlant en particuiier de l'école primaire, Pie IX écrivait à l'archevêque de Fribourg #: « Les écoles populaires sont print palement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux; c’est pourquoi l'Eglise a toujours revendiqué le droit
1, Dans le concordat conclu en 1825 entre Pie IX et l'empereur d'A ilest dit: “Les évéques veilleront avec soin à ce que dans aucune br l'enseignement il n'y ait rien de contraire à la religion catholique et teté des mœurs” {Godts, our, cit, p. So).
2 “Tes évêques, en vertu de leur charge pastorale, dirigeront éd ï de la jeunesse dans fous les établissements d'instruction, soit ; SOu , es” (Concordat cit., Godts, ibid., p. Kos).—"L'enseignement fout
de la jeunesse catholique, dans toutes les écoles, tant publiques :
doit étre conforme à la doctrine de la religion catholique ” (Id. did Ka