EXAMEN DES RAISONS ALLÉGUÉES EN FAVEUR DE L'ENSEI- GNEMENT D'ÉTAT
Nous croyons avoir démontré que l’œuvre éducatrice, par sa nature même, est affaire des parents et de l'Eglise, et que l'Litat n’y peut prendre part en vertu d'une attribution régulière, mais seulement pour des raisons accidenteiles et d'une façon sup. plétive.
C’est la thèse que de graves autorités religieuses, de hautes et nombreuses considérations tirées de la philosophie chrétienne ct de l’histoire de l'éducation, nous permettent d'appeler catho lique. Muis cette thèse a ses opposants. Et au seul énoncé des conclusions qu'elle comporte, les partisans de l’enseignement par l'Etat se récrient: ils allèguent, à l'appui du senti. nent contraire, fo.ce arguments que la loyauté nous fait un devoir de ne point passer sous silence.
Examinons d'abord les raisons qu'invoque l’absolutisme poli tique pour attribuer à l'Etat, en matière d'enseignement, une réelle onnipotence et un droit de monosole.
On dit: L'enfant est un être faible, naïf, sans défiance, acceptaut de ses maîtres avec une égale candeur toutes les croyances vraies ou fausses, toutes les opinicns bonnes où mauvaises Pour se protéger contre cette oppression de son esprit impuissant ct de sa liberté naistinte, il lui faut l'aide d’une force supérieure. C'est l'Etat qui, en se réservant ie droit de l’ensciguer, sera son protecteur.
Est-ce bien là l'ordre voulu et établi par la nature, et ne risque-t-on pas, pour échapper à certains abus, de commettre une
lourde méprise et nne flagrante injustice? I] y a chez l'enfant faiblesse physique en même temps qu'infirmité morale: son COrps, non moins que son Âme, requiert des soins assidus. Quels sont ses proter.c.rs is et ses tuteurs naturels, sinon ceux qui l'ont conçu ans leu céeur ivant de l'engendrer par leur chair, et en qui la ?r vidence à ris, pour ce fruit de leürs entrailles, des trésors « tonté #1 de teriresse, des réserves de dévouement et de patience, des !uinilres, des intuitions, des discernements, qu'on chercherait vainement ailleurs? Les parents peuvent se tromper dans l'éducation de leurs enfants, dans l’enseignement qu'ils leur donnent ou dans le choix des maîtres qu'ils leur .estinent, Ce serait, d'autre part, une erreur beaucoup plus rave que de voulcir, pour prévenir ce malheur éventuel, ren,e.ser l'ordre fondameutal des droits et des devoirs tracés et constitués par Dieu lui-même,
Du reste, peut-on rétorquer, «de quel Croit l'Etat moderne vient-il parler d'enseignement erroné ? Quelle qualité a-t il pour parier dé veiité ou d'erreur? Ne s'est:il pas interdit, de luimême, tout accès sur le domaine des pensées, des opinions et des croyances? S'il ny a pas de vérité officielle, de vérité d'Etat pour les adultes, comment y en aurait-il pour les enfants?» 1!
La contradiction est manifeste.
Un second argument de l’école absolutiste, c'est que l’action exclusive de l'Etat dans le domaine de l’enseignement est nécessaire pour créer t maintenir, chez une nation, son unité morale. « Il ne faut pas, dit Faguet : en exposant pour le combattre cet argument cher aux étatistes français, il ne faut pas deux Frances, il ne faut pas deux pays; il faut maintenir l'unité morale du pay:. L'Etat seul, en donnant aux enfants les idées de M. le ministre de l'Instruction publique, à l'exclusion de toutes autres, maintiendra l'unité morale du pays ». L’objection est spécieuse, et plus spécieuse que sérieuse.