AN FE LE
Il importe assurément qu’une nation qui veut être forte, jouisse de l’unité morale; que tous ses membres, liés ensemble par une communion intime de pensées et de sentiments, par la profession d’une même foi, par l'attachement aux mêmes traditions d'émulation intellectuelle, de patriotisme soucieux, de vaillance, de générosité et de gloire, vivent sans haines et sans dis. cordes sous les plis respectés d’un même drapean.
Cette unité, les nations chrétiennes, par intermittence du moins, l’ont connue. Elle provenait moins de l’action et de l'attitude de l'Etat que de l'influence prépondérante exercée par l'Eglise sur les hommes et les institutions, notamment sur la famille et sur l’école. L'Etat y contribuait par son alliance sincère avec l'autorité catholique. Depuis que ces liens séculaires se sont relâchés et même brisés, l'unité rnorale des peuples. atteinte dans son principe, n’a fait que décroître. Est-ce l'enseignement civique qui la reconstituera? On coucevrait qu'un prince chrétien, plus fier des marques de son baptême que des fleurons de sa couronne, se fit, nouveau Charlemagne, sous le contrôle et avec l’aide de l'Eglise, l'artisan d’une telle œuvre. On ne conçoit pas que du sein de ministères variables comme le caprice po;u.ure, composés d'hommes à doctrines flottantes et officiellement étrangers à toute idée religieuse, puisse sortir, par uu enseignement public même imposé à tous, l’unité morale d'une nation.
La foi et la vérité unissent; la négation et l'irréligion divisent.
Au moins le monopole scolaire n'est-il pas, entre les mains du pouvoir souverain, l'unique moyen d'imprimer à l’enseignement une direction patriotique et de créer une véritable éducation nationale ?
Education nationale: voilà un mot d'une sonorité bien caressante pour l'oreille; voilà aussi une formule d'une élasticité et d'un vague décevants. Que veut-on dire par 1à? Si on interroge ceux qui ont inventé ce mot ou qui exploitent le plus volontiers cette formule, leur réponse, multiple de formes, révèle les
mêm s visées d'intérêt et d'ambition. Pour Danton et Robes. pierre, l'éducation nationale n'est pas autre chose que la propagande des principes révolutionnaires; pour le fondateur du monopole de 1808, c'est la diffusion de l’idée napoléonienne ; pour le chancelier Bismark, c’est l'unification germanique par l'école; pour Floquet et Jules Ferry, c’est la formation de l’âme républicaine; pour Combes, Briand et consorts, c’est l'éducation auticléricale, antichrétienne, antireligieuse. Pour tous, c’est l'empreinte, mise sir des Âmes ingénues, de l'esprit, des doctrines, des préventions et des préoccupations du pouvoir existant 1, Théorie imonstrueuse qui légitime les pires «.tentats, et qui, arrachant l'enfant aux auteurs de ses jours, !: jette comme une pâte inerte et une argile grossière dans un vaste moule d’airain !
Aussi bien, si les mots n'ont pas perdu leur sens, et s’il est permis d'appeler national ce qui répond aux be oins les plus élevés d'une nation, nous estimons qu’en dehors de l'enseigne ment d'Etat et des écoles qui le distribuent, il existe une éducation vraiment nationaie capable de façonner des hommes
intègres, de donner à la patrie des fils instrrits et des citoyens dévoués.
Par quoi, en effet, l'homme se prépare:t il à bien servir son pays? De quels éléments se compose cette qualification honorable qui le rend apte aux fonctions dirigeantes, aux professions utiles et aux labeurs féconds? De deux choses principales, de science et de conscience, d’une somme plus ou moins grande de savoir et d'un attachement ferme et religieux au devoir, Par un savoir proportionné aux situations diverses de la société, l'homme peut jouer avec honneur le rôle que ses concitoyens lui confient ou que les circonstances lui imposent. Si de plus,
rés contradicteur qua: * L'enseignement national: leouel ? celera? des majorités nes. On aura le Dieu de Jules Simon comme aujourd'hui, où celui
: pendant toute une législatur: ou pas de Dieu du tout pour quatre me voix de majorité.” (Comte de Mun, Discours et
pp. 279-2$0).
écrits divers, t.
en son âme éclairée, se joint aux co .ctions de la foi le senti. ment intense du devoir, s’il sait et s’il comprend ce qu’il doit À Dieu, ce qu’il doit à ses semblables, ce qu’il doit au grand COTps politique dont il fait partie, on le verra, toujours égal à lui. même, actif, loyal, désintéressé, se dévouer à toutes les bonnes causes, placer le bien commun au-dessus du bien privé, appuyer de sa parole, de ses actes, de sa fortune, les intérêts de la reli. gion, de l'honnêteté et de la justice.
Cette éducation n'est-elle pas, au sens le plus vrai du mot, nationale ?
Or, qui mieux que l'Eglise, qui mieux que les parents péné. trés de son esprit, qui mieux que les maîtres formés à son école, peut la donner? Cest l'honneur du catholicisme de tenir large. ment ouvertes, et sans cesse jaillissantes, les sources d’eau vive où les sociétés puisent leur force et leur grandeur. C'est le propre de la vraie Eglise d'imprimer à toutes ses œuvres un cachet patriotique en même temps que religieux, de rie jamais séparer en son amour le culte ën vrai et le cuite du bien, d'as. socier aux connaissances qui ornent l'esprit les préceptes qui dirigent la vie. Pour elle, l'éducation n'est pas seulement une parure, c'est une armure. Elle en revêt avec un égal souci toutes les âmes et tous les peuples; car elle a le secret, dans sa merveilleuse souplesse, de pouvoir dominer, sans les briser, les différences ethniques, et de rester invariablement elle-même tout en mêlant sa sève à celle de toutes les nations.
Rien donc ne démontre la nécessité ni même l’utilité, en matière d'enseignement, d'un monopole de l'Etat. Cela est si vrai, et l'Eglise a tant de fois, et en des termes si clairs, revendiqué les droits d'une liberté scolaire équitable qu'aucun catholique digne de ce nom ne voudrait, que nous sachions, prendre la défense d’un pareil système. Tous s'accordent à le réprouver. Là où le dissentiment se produit, c'est plutôt, nous l'avons vu, lorsqu'il s'agit d'un enseignement d'Etat coexistant avec l'enseignement libre. Dans une étude récente que nous avons déjà citée, l'abbé Barry, suivant de près les traces du D' Bouquillon,
sentiloit à COTps à lui.
Jnnes puyer î reli.
mot,
péné.
icole,
liqué lique re la A ver.
S VU, l'endéjà lon,
concède à l’Etat un droit propre, spécial et habituel d'enseigner, et, pour démontrer ce droit, il fait appel à toutes les ressources de la dialectique et de l'histoire !,
Voyons ce que vaut cette argumentation.
L'auteur s'appuie d'abord sur la liberté générale d'enseigner, et prétend que l'Etat, société d'hommes instruits, possède, à titre commun avec les particuliers, et les ass siations, quelles qu’elles soient, le droit de tenir école.
Sous des dehors de vérité, cet argument recèle de périlleuses équivoques.
Il importe, en premier lieu, de bien distinguer l'enseignement proprement dit, qui est une œuvre d'éducation, de l'enseignement pris dans son sens large pour un Échange quelconque d'idées, une expression, une communication de sentiments et de doctrines. I/Etat qui discute, légifère, et juge, l'Etat qui met un frein aux débordements de l'erreur, use dans ces fonctions du droit incontestable de traduire et d'imposer sa pensée : il fait acte de gouvernement et, si l’on veut, d'enseignement »pr0prement dit. S'en suitil qu'il peut aussi, et avec l'autorité que requiert la mission éducatrice, ouvrir des écoles et des collèges, vattirer les enfants et les jeunes gens, ct s'y livrer, sans franchir les bornes de sa juridiction, à l'œuvre de leur formation intellectuelle, morale et religieuse? Voilà ce que nous nions.
Ft qu'on ne dise pas que tous, ir lividus et corporations, jouissent du droit mème proprement dit d'enseigner, S'il est vrai, en effet, que le pouvoir d'enseignement n’est pas exclusif, on ne saurait, d'autre part, lui reconnaître une liberté absolue et sans Hmites. L'éducation, par sa nature, est œuvre de
lumière, de discipline, et de vertu. C'est dire qu'elle ]}
Éésuppose des conditions de science, de tact, de moralité, lesquelles ne se trouvent ni chez tous les particuliers, ni an sein de toutes les associations : autrement, le premier vagabond venu pouriait s'installer dans
oil d'ensciguer, pp. 200 et suiv.
une tribune scolaire, et un club sportif quelconque serait qua. lifié pour conduire une école. L'éducation requiert en outre, de la part de ceux qui en sont chargés, un pouvoir et une juri. diction que seuls les parents, de concert avec l’Église, possèdent par droit naturel, et qu'il n'appartient qu’à eux d'exercer direc. tement ou de déléguer à des magisters de leur choix. Cela étant, comment soutenir que le gouvernement civil, incarné dans des homines d’aptitudes pédagogiques douteuses, parfois absolument nulles, puisse de son chef, et sans le secours des pères de famille, assumer la tâche d'enseigner, c'est-à-dire d'or. ganiser, de diriger, et de départir à sa guise l'instruction de l'enfance et de la jeunesse ? !
Il le peut, reprennent nos contradicteurs, parce que l'éduca. tion importe souverainement an bonheur des nations, et que c'est le droit de l'Etat d'assurer, par tous les moyens possibles, ce bonheur à ses sujets. D'ailleurs, s'il est permis à l'Eglise d'enseigner pour former de bons chrétiens, pourqroi l'Etat n'au. rait-il pas le droit «d'octroyer un enseignement distinct et propre » ? pour former de bons citovers ?
Cet argument porte à faux pour deux raisons: d’abord, parce qu'il prouve trop; ensuite, parce qu'il prouve mal.
Si, en effet, l'État pouvait, par un droit propre et spécial, faire tout ce qui importe au bien de la société, où s'arrêterait sou intervention? N'importe-t-il pas hautement que les mariages soient bien asiortis, les terres cultivées avec soin, les industries minières, textiles, forestières, sagement conduites? Lit, queique graves et considérables qu'ils soient, ces intérêts jnetiñeraient-ils le pouvoir civil de prétendre, par des 1èglements spéciaux, con-
. Voir Conway, LhévSrate List, DD. Et-14701 03, ION-1OH, 111-112 pas que Phtat, en soi, m'a point de doctrine Au contr atbrmons quil en doit avoir, dans la mesure que demaade l'inteltis tit t (ON 1 | \ { Cimet Ssag et éclaire he est € 1 Et ë 1 seiencr tre chose ! L Le Î Ài1 Î sl Le { L: 1
sert à bien gouverner
2, Harry, GE: El, CD, 2T]
| quaoutre, e juri.
èdent direc-
Cela Carné arfois 's des
d'or.
on de
duca t que sibles, “glise u'au-
parce
écial, terait riages stries elque nt-1ls