L'ÉCOLE NEUTRE ET LAÏQUE
Plusieurs fois déjà, au cours de cette étude, nous avons en l'occasion de mentionner l'insidieuse formule qui, depuis la Révolution, retentit sur les lèvres de tous les dignitaires du maçonnisme !, de tous les docteurs et de tous les poutifes de la libre pensée, et dont les termes presque sibyllins, — école neutre et laïque, école gratuite, école obligatoire, —recèlent tout un programme d'idées et d'action, lequel va se propageant et se réali. -ant dan: bon nombre de pays.
Le moment est venu d'examiner cette formule et d'en approfondir le sens. Commençous par ce qu'on appelle la neutralit et la laïcité de l’école.
Victor Hugo a écrit ?:
l'école est Sanctuaire autant que la chapelle. i.iphabet que lPentant avec le doigt epele Contient sous cuaque lettre une vertu: le cœur S'éclaire doucement à cette humble lucur.,
Est ce de l'école neutre ex laïque que doit s'entendre cette stance laudative de l'illustre, et jnstement suspect, versificateur français? ty atil vraiment dans l'enseignement étranger à toute nensée religieuse une vertu éducatrice et moralisatrice
"La Franc-maçonnerie n'a pas oublié qu'elle a vaillamment contris
la preparation et au succes de la loi sur l'obligation, Va gratuité et
de instruction primaire. Macé, Circulaire du 10 mars 188 y à l'Ori Paris (dans Godts, Sanctificetur educatio, p. 28).—Voir l'abbé JL-Ant Huot, Le fléau maçonnique, Québec, 1616 PP. 45-47, 137-100
2 Morceaux choisis: Poésie, P. 402.
ns en is la >s du de la cutre 1 pro-
réali-
PpDTOif
(32 rate
cette iteur rer À
trice
toute-puissante sur le cr-1r des élèves et digne d’être célébrée par les poètes ?
C'est ce qu’il importe de voir.
L'appellation d'école neutre, pendant longtemps seule usitée, se rencontre principalement dans les contrées anglo-saxonnes ; l'appellation d'école /aïgue prévaut à l'heure actuelle dans les pays de race latine, notamment en France. Et quoique ces deux expressions aient ceci de commun qu’elles s'appliquent aux institutions d’où l’enseignement confessionnel est formellement banni, l'usage cepeidant semble y attacher une certaine diversité de signification.
La neutralité scolaire, mettant toutes les religions sur un même pied, prétend n'en heurter et n’en attaquer aucune; la laïcité (ainsi nommée moins à raison des personnes enseignantes qu'à cause des choses enseignées) se pose en adversaire déclaré du cléricalisme, c’est-à-dire du catholicisme. Celle-ià a un sens moins combatif, celle-ci arbore sans déguisement ses couleurs. L'une cependant n'est en réalité que l’abontissement de l’autre, et c'est au tempérament français, aussi ardent pour le mal que pour le bien, qu'est due cette évolution agressive de la neutralité! « L'idée laïque, dit Georges Goyau !, dans la phase où elle est définitivement entrée, exclut Dieu. On était laïque au temps des premières lois scolaires en extrayant des divers credo religieux ce qu’ils avaient entre eux de commun; on n'est laïque, aujourd'hui, qu’à la condition de pulvériser ce résidu suprême et de le faire balayer sans merci par le souffle de la raison. La première victime de cette évolution de l'idée laïque, c'est Dieu, »
Au reste, il s’en faut bien que, même dans l'école simpiement neutre, Dieu reçoive les hommages qui lui sont dus. La place qu'on lui fait, — quand toutefois il lui en reste une, —est plus nominale que réelle, et par cela qu'on prive l'enfant de tout enseignement religieux déterminé, surtout de tont enseignement
le d'aujourd'hui, 2me série, P. 213.
catholique, on frustre cette jeune âme du nutriment principal et nécessaire auquel elle a droit.
Ne craignons pas de le dire: l’école neutre est une calaité,
Elle repose sur l'erreur.
Elle se maintient par l'injustice.
Elle est la cause de ruines innombrables et d’irréparables malheurs.
L'éducation, nous l'avons prouvé, doit, pour être complète, atteindre et façonner l’homme tout entier. Ce n’est pas assez qu'elle forme son corps et qu’elle infuse e: son esprit les notions grammaticales, littéraires ou scientifiques, par lesquelles s’élabore son avenir terrestre. S'en tenir là, c'est s'arrêter à une conception toute naturaliste de l'être humain et de ses destinées. Le naturalisme est en effet le principe de l’école neutre. Il fait systématiquement abstraction du surnaturel. 11 dérobe aux regards de l'enfant les grands et sublimes horizons de la vie future. Il enferme son intelligence dans le cercle vulgaire de connaissances toutes profanes; il frappe d’anémie son esprit et son cœur. Ne se préoccupant que de l'instruction utilitaire qu'il dispense, il néglige les soins les plus indispensables à la culture morale de l'âme et il livre le jeune homme sans lumière et sans défense à ia perversité de ses instincts.
Qui ne sait où la passion grandissante mène celui dont elle à fini par se rendre maîtresse ?
Seule la religion, par ses vues si hautes et si pures et son action si pénétrante, pourrait faire échec aux appétits déréglés, Mais sous le régime de l'écue neutre, l'accès à l'intelligence et at cœur de l'enfant lui est interdit. La souveraineté de Dieu sur toute créature, et en particulier sur la créature raisonnab'e, est méconnue: les réclamations de son Eglise, à qui il a légé l'empire des âmes, sont foulées aux pieds; le cri indigné des parents expire sans écho sur leurs lèvres, et l'être cheri, qui devait tronver dans les enseignements de l'école une reproduction agrandie des leçons fortifiantes de Ia famille, n'v rencontre
rincipal
alatuité,
parables
mpiète, as assez notions es s'éla- >r à une ss desti.
neutre, | dérobe le la vie gaire de esprit et tilitaire bles à la lumière
it elle a
n action Mais ce etai
su?
-produc-
»HICONÎTÉ
en général que le mépris de la conscience et l’oblitération de l'idée même de Dieu.
C'est de la part de l'Etat la violation de tous les droits, conséquence de la transgression du plus sérieux et du plus impérieux de tous les devoirs, celui de favoriser, au lieu de l’entraver, l'éducation morale et religieuse de l’enfance et de la jeunesse.
L'Eglise ne cesse de gémir sur les suites funestes de l'erseignement ueutre et sur les ruines qu’il accumule dans les âmes et dans la société. Maintes fois, et en des termes qui ne laissent place à aucune équivoque, les Papes l’ont condamné !, convaincus «que d'innombrables et graves dangers menacent un Etat où l'enseignement et le spstème d’études sont constitués en dehors de la re‘igion et, ce qui est pire encore, contre elle *». En effet, dans les écoles de ce genre «on voit se multiplier une génération insouciante des biens de l’àr :, ignorante de ia religiou, souvent impie *». Tout contribue à former de tels hommes, la nature même d'un enseignement d'où le nom de Dieu est le plus souvent exclu, le prosélytisme de maîtres sans foi et sans principes, le contact de condisciples chez qui l’indocilité, l'erreur, ie vice précoce, ont fait de tristes ravages f.
Avec quel soin, quelle précision de doctrine et quelle énergie de langage Léon XIII mettait naguère le peuple canadien luimême en garde contre les périls de l’école neutre, aucun d'entre nous n'a pu encore l'oublier. Le Pontife disait 5:
I ne saurait être permis à nos enfants d'aller demander le bienfait de l'instruction à des écoles qui ignorent la religion catholique ou qui la combattent positivement, à des écoles où sa doctrine cit méprisée ct ses pri-
cipes fondamentaux répudiés. Que si l'Église l'a permis quelque part, ce n'a
1. Syllabus, prop. 48 ;—Encyel. Nobilissina Gallorum gens, 8 fév. 1884, etc. 2, Léon XII, encyel, Officio sanctissimo, 22 dec. 1887.