Moir Lescœur, ous, cit, ch. III, IV, et V
2. Ce témoignage de M. Guillot, juge d'instruction et membre de l'Institut, fuit partie de l'enquête ouverte par le figaro en 1806 sur l'augmentation de la
inalité des jeunes (Goyau, L'école d'aujourd'hui, 1re série, pp. 331-332).
faire d’un législateur suprême. Dans la pratique, dans la vie de tous les jours, dans le premier Âge surtout où le caractère se forme et se pénètre des motifs durables de se déterminer, ce verbiage est sans action comine sans portée. L'enfant que l’on ne dirige pas vers les choses supérieures, en le dirigeant vers Dieu, qui ne se sent pas sous le regard et sous l’action de Dieu, cet enfant devenu homme, ira à son plaisir, à son intérêt. Il n'attend même pas d'être homme. Dès maintenant, il traite de vieilles lunes tout ce qui lui coûte, tout ce qui lui pèse, le sacrifice, le devoir, l'honneur même. En même temps que l'idéal religieux, tout autre idéal a disparu. Les sans-patrie sont de même souche que les sans-Dieu. Dans la poitrine des enfants souflent déjà les haines. les envies, les jalousies, la soif des jouissances qui consument leurs âmes. »
Nous n'accordons même pas ce que, au point de vue philosophique, M. Guillot semble disposé à concéder, savoir, qu’il peut exister une morale sans religion et sans notion de Dieu.
Par morale, en effet, l'usage universel veut qu’en entende le caractère de bonté, de probité, d'honnêteté, que revêtent nos actes accomplis sous l’impérieuse loi du devoir et digues, pour cette raison, d’une récompense proportionnée à leurs mérites. Or, s'il est permis, par une abstraction de l'esprit, et sans évoquer immédiatement l'idée de Dieu, de concevoir ce qui est bon, juste et honnête, cette justice toutefois, et cette honnêteté, et cette bonté, reposent en définitive sur la sagesse et les perfections divines. C'est à la lumière de la loi naturelle et par une application de cette règle aux actes humains que la moralité de nos opérations est constituée, et la loi naturelle elle-même, dont notre raison est le siège, n’est pas autre chose que la participation et le reflet en chacun de nous de la loi éternelle !, c’est-àdire de la raison de Dieu*.
1. Saint Thomas d'Aquin, Som. théol., I-I1æ, Q. XIX, a. 4 et Q. XCI, a. 2. 2. Le comte de Mun, dans un dialogue qu'il suppose entre inspecteur et instituteur, fait plaisamment toucher du doigt l'inanité de la morale laïque. “1 faut enseigner la morale à vos élèves.—Laquelle, celle du catéchisme ou
Une morale sans Dieu ressemble donc à un édifice sans fonde-
Et cette morale fût-elle possible qu’elle resterait inefficace, et dépourvue de sanction. «L'homme doué de raison et de liberté a, dit le P. Chabin !, l'obligation absolue de faire le bien et d'éviter le mal, de pratiquer la justice, de se conformer au droit, de suivre la règle du devoir. Mais quelle est la raison fondamentale de cette obligation, la cause preinière de ce lien spirituel qui enchaîne absolument la volonté humaine? L'école athée et matérialiste répond en recourant à la nature, aux conveuances sociales, au droit du peuple réuni en société, Les philosophes spiritualistes, d'accord avec les théologiens et tous les vrais savants, affirment la nécessité de s'élever jusqu'à Dieu, car lui seul a l’autorité suprême ou le droit de commander absolument et sans appel.» La loi naturelle, règle de nos actions, suppose un législateur d'où elle émane, et qui puisse lui donner la force d’obliger. Elle comporte en même temps, comme garantie d'efficacité, une sanction souveraine, cette sanction de la vie future dont Dieu dispose, et qui consiste dans le châtiment certain du vice et la récompense non moins assurée de la vertu. C'est d'un côté un frein, et de l'autre un ressort. La morale sans Dieu en est privée. Portalis disait vrai en «l'appelant une justice sans tribunaux.» Elle ne peut avoir de prise sur l’humauité dégénérée.
Léon XIII l’écrivait naguère dans son encyclique À fart vos : ‘Sans religion, point d'éducation morale digne de ce nom ni
de l'Ancien Testament ? — Non, non, pas de religion. — Mais, alors, que leur dirai-je?— Eh bien! qu'il faut faire leur devoir, devenir d'honnètes garçons, bien travailleurs, bien savants et bien dévoués à la République, — Mais s'ils me demandent ce que c'est que d'être honnète? — Vous leur direz que c'est de faire ce qui est bien et de ne pas faire ce qui est mal. — Et s'ils me demandent ce que c'est que ce qui est mal? — C'est ce qui est défendu. — Par qui? — Par la loi. — La loi de qui? — De M. Jules Ferry.” (Discours, t. Il: Disc. polit., t. 1, page 371, 3e éd.).
1. Les vrais principes du droit naturel, bolitique et social, pp. 10-11.
SE PESTE CSSS
vraiment efficace ; attendu que la nature même et la force de tout devoir dérivent de ces devoirs primordiaux qui relient V’homine à Dieu, à Dieu qui commande, qui défend, et qui appose une sanction au bien et au mal. C'est pourquoi vouloir des âmes pourvues de bonnes mœurs et les laisser en même temps dépour. vues de religion, c'est chose aussi insensée que d'inviter à ia vertu après en avoir ruiné la base ».
Rien ne le prouve d'une façon plus claire et plus tristement éloquente que le flot montant, sous le régime de l'école neutre et de l'école laïque, de la criminalité juvénile.
Déjà au lendemain de la Révolution qui avait banni des écoles publiques toute connaissance des lois divines et toute pratique des devoirs religieux, le vicomte de Bonald laissait échapper ce cri d'une âme justement alarmée !: «Il y a à peine dix ans de ce renversement total de la raison de tous les siècles, et déjà les terribles effets s'en font sentir. Il faut que le gouvernement dépense en procédures criminelles ce qu’il épargne en instructions religieuses, et qu'il punisse des actions, puisqu'il a renoncé à diriger les volontés ».
En 1833, M. Guizot, du haut de la tribune parlementaire, jetait, À son tour, aux oreilles de ses contemporains ces graves paroles qui étaient à la fois une constatation et un avertisse. ment 2: « Messieurs, prenez garde À un fait qui n’a jamais éclaté peut-être avec autant d’évidence que de notre temps: Île déve loppement intellectuel, quand il est uni au développement moral et religieux, est excellent; mais le développement intellectuel tout seul, séparé du développement moral et religieux, devient un principe d'orgueil, d'insubordination, d’égoisme, et par cotséquent un danger pour la société. »
E: Législation prüunitite considérée far la raison, t. IL: De l'éduca y dans la société, ch. IT